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Loi Duplomb : y a-t-il vraiment de l’acétamipride dans les colliers antipuces ?

Interdit en 2020, l’acétamipride pourrait bientôt être réautorisé dans les champs français via la loi Duplomb. Le gouvernement assure que cette molécule est inoffensive. Pourtant, de nombreuses voix scientifiques et citoyennes alertent sur ses effets sur les abeilles et sur notre santé.

En quelques jours, le nom d’une molécule autrefois inconnue du grand public est devenu un véritable sujet politique : l’acétamipride. Interdit depuis 2020 en France mais toujours autorisé dans l’Union européenne, ce pesticide issu de la famille des néonicotinoïdes pourrait faire son retour dans les campagnes françaises avec la loi Duplomb récemment adoptée. Le gouvernement défend cette réintroduction au nom de la productivité agricole, notamment dans les filières de la betterave et de la noisette.

Pas d’acétamipride dans les colliers antipuces

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a assuré sur Franceinfo que la substance est jugée sans danger par les autorités scientifiques européennes. Selon elle, « l’acétamipride est présent dans tous les insecticides domestiques, dans les colliers antipuces que les enfants caressent sur leur canapé ». Une affirmation reprise mot pour mot par Arnaud Rousseau, président du principal syndicat agricole, la FNSEA. Problème : c’est faux.

Une simple vérification dans la base de données officielle des médicaments vétérinaires permet de constater qu’aucun collier antipuces autorisé en France ne contient d’acétamipride. En revanche, certains renferment de l’imidaclopride, un autre néonicotinoïde interdit en agriculture mais encore utilisé en médecine vétérinaire.

Côté biocides, seule une minorité des produits à usage domestique contiennent de l’acétamipride : 21 % dans la catégorie des insecticides pour le grand public, et moins de 1 % sur l’ensemble des 40.000 produits référencés.

La dangerosité de l’acétamipride ne fait pas consensus, mais les alertes s’accumulent. Selon l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), la molécule ne tue pas les abeilles sur le coup, contrairement à d’autres néonicotinoïdes, mais elle modifie leur comportement et peut perturber leur capacité à polliniser. Une mauvaise nouvelle pour les cultures dépendantes des insectes pollinisateurs, comme le colza ou le cassis, dont les rendements peuvent chuter de 30 à 60 % en cas de pollinisation insuffisante.

Du côté de la santé humaine, les signaux d’alerte sont aussi présents. Dès 2013, l’EFSA estimait qu’une exposition excessive à l’acétamipride pouvait endommager le système nerveux. En 2016, l’agence recommandait de relever son niveau de dangerosité, de « nocif » à « toxique en cas d’ingestion », tout en évoquant un potentiel risque cancérogène. En 2024, elle pointait encore de « grandes incertitudes » sur ses effets sur la santé humaine, en appelant à de nouvelles données.

Des chercheurs alertent notamment sur les effets de la molécule sur le développement du fœtus. Une exposition à l’acétamipride pendant la grossesse pourrait avoir un impact sur le développement des enfants. D’autres études suggèrent un lien possible avec le diabète ou les maladies rénales, même si leur portée reste limitée faute d’échantillons suffisamment larges.

Malgré ces inquiétudes, certains agriculteurs assurent ne pas pouvoir s’en passer. Le produit est jugé indispensable contre des nuisibles comme le puceron vert, capable de compromettre jusqu’à 30 % de la production de betteraves. Des solutions alternatives existent — parfums répulsifs, pièges — mais elles sont jugées moins efficaces.

Face au retour annoncé de l’acétamipride, plus de 1,6 million de Français ont signé une pétition pour réclamer son interdiction définitive et, à tout le moins, pour que la loi Duplomb fasse l’objet d’un débat à l’Assemblée. Un chiffre qui traduit un malaise croissant autour de l’usage des pesticides dans l’agriculture. Et qui rappelle que, même quand une molécule est autorisée en Europe, elle peut ne pas être tolérée par l’opinion publique. Pour trancher, il faudra sans doute aller plus loin que les slogans et regarder de plus près les données scientifiques.

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