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Non, le phénomène des Labubu n’est pas si débile (on vous explique pourquoi)

Les Labubu ne sont ni les premiers, ni les derniers gadgets qui envahissent les sacs des adolescents.

Impossible de passer à côté des figurines Labubu, ces mini-créatures designées par l’artiste Kasing Lung, issues du croisement improbable entre un lapin sous amphétamine et une peluche pour enfants. Devenus un véritable phénomène culturel, les petits monstres s’arrachent à prix d’or, grâce à la redoutable stratégie marketing de Pop Mart, qui commercialise et distribue la licence à l’international.

Vous trouvez la mode des Labubu absurde, un peu débile, carrément nulle ? Vous n’êtes pas les seuls. Mais derrière le phénomène, toisé de haut par bon nombre d’adultes, se cache une longue lignée d’objets à l’aura régressive. Que celui ou celle qui n’a jamais collectionné de gadgets inutiles nous jette la première pierre.

Diddl, Labubu, Kiki… la peluche comme totem générationnel

Avant Labubu, il y avait les Diddl (ces souris à grandes pattes nées en Allemagne) et leurs dérivés papier, carnets, gommes, porte-clés, suscitaient la même frénésie collective auprès des écoliers et collégiens des années 90-2000. Posséder la gomme rare, la feuille à lettre rose, le carnet collector, c’était intégrer une communauté, afficher ses goûts, parfois même son pouvoir d’achat dans la cour de récré. Encore avant, la peluche Kiki flanquée de sa tétine devenait la star des cours d’école.

Prisés par les enfants, mais aussi par les ados et les adultes, les Labubu agissent comme des doudous portatifs, qui jouent le rôle de tampon entre l’enfance et l’adolescence, puis d’ancre mémorielle à l’âge adulte.

Des marqueurs identitaires

Pourquoi ces gadgets, objectivement inutiles, nous poursuivent-ils aussi longtemps ? Parce qu’ils servent de liant social et de miroir identitaire. Le scoubidou, qui a envahi les cours de récré dès les années 70 en France, relevait à la fois de l’activité manuelle, du rituel collectif et de l’étendard social. Les années 90 et 2000 ont vu fleurir des objets iconiques portés ostensiblement au cou, sur les trousses ou les sacs de cours. Derrière leur aspect gadget, ces breloques étaient de puissants marqueurs d’appartenance (à une génération, un style, une tribu) et de transition identitaire.

De Diddl à Labubu, l’objet se ritualise : on n’achète plus une simple babiole, mais un passeport pour une micro-société de collectionneurs, influenceurs et créateurs de contenu. Le phénomène est logiquement exacerbé par les réseaux sociaux, au point de transformer un épiphénomène en badge social d’ampleur internationale, avec ses codes, son cours de marché, ses collectionneurs.

La blind box comme expérience de collection

Si les Labubu plaisent aussi aux adultes, c’est aussi parce que l’expérience d’achat compte autant que la figurine en elle-même. L’effet blind box, qui n’est pas sans rappeler les lootboxes dans le monde du jeu vidéo, offre à chaque figurine son histoire, sa rareté, mais aussi sa valeur spéculative sur un marché en plein boom. Le phénomène Labubu n’est qu’une vague parmi les autres, et participe à réactualiser une mécanique psychologique aussi vieille que la société de consommation : le retour à l’enfance passe par l’appropriation d’objets doudous, colorés, doux et rassurants… sur un marché où il faut des moyens d’adultes pour en profiter pleinement.

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