C’est un fait divers qui pourrait bien faire évoluer la loi concernant la diffusion de deepfakes pornographiques. En Espagne, un adolescent de 17 ans a été interpelé, alors qu’il avait généré et diffusé des images deepfakes de ses camarades de classe nus. Le jeune homme espérait les revendre sur des plateformes à caractère sexuel.
Une affaire d’ampleur inédite
Les deepfakes pornographiques impliquant les célébrités ne sont malheureusement pas inédites. Il y a un peu plus d’un an, les images générées par IA de la chanteuse Taylor Swift poussaient la Maison Blanche à faire évoluer la législation autour de ce type de contenu. Cette fois pourtant, ce sont de parfaits inconnus qui sont concernés. L’affaire débute dans la région de Valence, ou seize lycéens et lycéennes découvrent sur les réseaux sociaux, des clichés truqués où ils apparaissent entièrement nus, dans des situations à caractère sexuel. Certains contenus sont proposés à la vente au sein même des établissements voisins.
Le signalement initial est fait par une lycéenne dont l’identité est usurpée sur un faux compte, suivi par une plainte collective et une enquête express de la Garde civile. Accès aux adresses IP, recoupements techniques : le dispositif judiciaire identifie rapidement l’un des élèves comme auteur présumé, désormais poursuivi pour corruption de mineurs. Derrière l’affaire, c’est tout le rapport de la société à la responsabilité numérique qui se trouve bousculé.
Criminaliser la diffusion des “deepnudes”
Face à ce type de dérive, le gouvernement espagnol veut jouer les précurseurs. L’exécutif de Pedro Sánchez, alerté par d’autres précédents, avait déjà déposé en mars 2025 un projet de loi pionnier à l’échelle européenne, en entendant criminaliser toute vidéo ou photo à caractère sexuel créée avec l’IA, sans consentement explicite.
Le texte prévoit, après son passage devant le Congrès, de punir non seulement les auteurs, mais aussi ceux qui relaient ou profitent de ces contenus.
L’Europe, où l’Espagne fait figure de précurseure, s’apprête à suivre attentivement la portée d’un texte qui, pour la première fois, classe l’infraction de deepfake sexuel au même rang que la pédopornographie ou le cyberharcèlement.
Au-delà de la sanction pénale, l’affaire pose la question de la formation à la citoyenneté numérique : comment éduquer les jeunes à la maîtrise, mais aussi à l’éthique, des nouveaux outils de manipulation d’images avec IA ? Quelle responsabilité incombe aux éditeurs d’outils génératifs ? À l’heure où (presque) n’importe qui est en mesure de générer des images artificielles via un algorithme intelligent, la protection de la vie privée et des mineurs passe par une mobilisation générale, mais surtout, par une avancée du droit.
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