La transition houleuse d’OpenAI est enfin terminée ; l’entreprise a officiellement complété son processus de recapitalisation pour devenir une société à but lucratif, au grand dam d’Elon Musk et de ses autres détracteurs.
Lorsqu’elle a été fondée en 2015, OpenAI était une entreprise à dimension quasi philanthropique. Le projet consistait à créer une organisation à but non lucratif centrée sur le développement d’une IA « librement accessible ». Plus spécifiquement, l’objectif était d’arriver au stade de l’intelligence artificielle générale (ou AGI), un système capable de surpasser les humains dans toutes les tâches intellectuelles les plus rentables.
Mais cet idéal a vite volé en éclats face à la réalité du marché. L’entraînement de grands modèles de langage comme GPT-4 nécessite d’investir des sommes colossales dans de l’infrastructure informatique de pointe. L’entreprise a vite réalisé que cette structure non lucrative ne lui permettrait jamais d’encaisser une telle charge financière, et qu’elle devait donc emprunter une autre voie.
Une transformation progressive
OpenAI a donc décidé de créer une filiale à « profit plafonné », inféodée à l’entreprise à but non lucratif originelle. Cela ressemblait au compromis parfait, puisque cette structure permettait de conserver le contrôle de l’organisation tout en ouvrant les portes à des investisseurs tiers pour financer son activité.
Quand cette filiale a officiellement émergé en 2019 sous le nom d’OpenAI LP, les gros poissons de la tech n’ont pas tardé à flairer la bonne affaire. Ni une ni deux, Microsoft s’est engouffré dans la brèche en injectant plusieurs milliards de dollars dans le fer de lance de l’industrie, s’offrant du même coup un accès privilégié à ce précieux filon technologique. Au grand dam du cofondateur Elon Musk, qui a assimilé ce partenariat à une « trahison flagrante de l’accord fondateur » et a même lancé une action en justice pour faire annuler l’opération.
Mais ce n’était qu’un début. En 2024, OpenAI a annoncé son intention de transformer sa branche à profit plafonné en véritable structure à but lucratif, nettement moins dépendante de la branche à but non lucratif. Et c’est désormais chose faite : après un long processus légal, l’entreprise a déclaré dans un billet de blog du 28 octobre que cette reconversion est officiellement terminée.
La branche commerciale mène la danse
La première différence, c’est que les deux têtes du géant ont changé de nom. La branche non lucrative OpenAI Inc. devient OpenAI Foundation, tandis qu’OpenAI Group, la nouvelle structure à but lucratif, vient remplacer l’ancienne OpenAI LP. Mais surtout, le lien qui les unit a radicalement changé.
Auparavant, OpenAI Inc. exerçait un contrôle direct sur l’activité d’OpenAI LP ; c’était donc la branche à but non lucratif qui restait le cerveau du couple et avait le dernier mot sur toutes les décisions stratégiques. Dans la nouvelle structure, OpenAI Group devient la société mère, avec son propre conseil d’administration. L’ancienne organisation à but non lucratif, de son côté, est reléguée au rang de simple actionnaire majoritaire.
En pratique, cela signifie que la branche lucrative devient beaucoup plus autonome ; même si l’autre versant conserve une voix au chapitre, il ne pourra plus contrôler directement les décisions commerciales.
Au-delà de la gouvernance, cette décision a aussi des conséquences économiques très concrètes. Par l’intermédiaire d’OpenAI Group, l’entreprise peut désormais émettre des actions et attirer davantage d’investisseurs de grande envergure. En d’autres termes : plus de flexibilité financière et un potentiel de croissance bien plus important, au prix d’une dépendance accrue aux actionnaires et aux fluctuations du marché.
Cap sur l’AGI
Au bout du compte, cette mue marque la fin d’une époque et acte plus ou moins la disparition de la philosophie originale d’OpenAI. Toute la question, c’est de savoir si cela permettra effectivement à l’entreprise d’atteindre ses objectifs initiaux. Cette transformation va-t-elle propulser l’entreprise tout droit vers l’AGI… ou accélérer l’explosion de la « bulle de l’IA » anticipée par de nombreux experts ? Rendez-vous dans quelques années pour les premiers éléments de réponse… entre deux vociférations d’Elon Musk, qui ne manquera sans doute pas cette occasion d’incendier la stratégie de son ancienne écurie.
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