C’est la date à marquer au fer rouge pour tout fan Star Wars qui se respecte. Le 4 mai, le monde entier célèbre l’imaginaire de George Lucas grâce à des événements organisés par Lucasfilm et ses partenaires, avec des produits dérivés exclusifs ou tout simplement en se lançant dans un marathon de tous les films et de toutes les séries proposées depuis 1977. Cette édition 2026 a néanmoins une saveur particulière, elle marque le début d’une nouvelle ère pour la galaxie très très lointaine. En janvier dernier, la directrice de Lucasfilm Kathleen Kennedy annonçait son départ après 14 années à la tête du mythique studio. La vétérane d’Hollywood n’a pas eu un mandat de tous les repos, entre énormes succès au box-office, choix créatifs douteux et déception d’une grosse partie du public. L’heure est au bilan, à distribuer les bons et les mauvais points d’une saga en quête d’équilibre.
La naissance du “Legacyquel”
À peine trois ans après le rachat de Lucasfilm par Disney, alors que Kennedy est la nouvelle présidente du studio, Star Wars revient au cinéma avec Le Réveil de la Force. Mickey a beaucoup à faire pour convaincre les spectateurs, les aficionados de l’univers n’ayant pas tous été convaincus par la proposition de George Lucas au début des années 2000. Au fil des ans néanmoins, la trilogie consacrée aux jeunes années d’Anakin Skywalker a trouvé certains adeptes, une génération pour qui Star Wars ne se limite pas à Luke Skywalker, Han Solo et Leia Organa. Le Réveil de la Force arrive dix ans après La Revanche des Sith et entend réunir tous les adorateurs de Star Wars sous sa coupe. Celles et ceux qui aiment le trio originel d’abord, mais aussi et surtout les jeunes spectateurs. La galaxie très très lointaine a toujours été une licence à destination des plus jeunes, à qui l’on peut vendre quantité de produits dérivés une fois la séance terminée.

C’est avec cette idée en tête que Lucasfilm recrute J.J Abrams pour mettre en scène le très attendu Star Wars 7. Un opus qui évolue autour d’une nouvelle génération de personnage, Rey et Finn en tête d’affiche. Mais ils ne sont pas seuls dans cette entreprise, ils peuvent compter sur Harrison Ford et la regrettée Carrie Fisher pour les aider à naviguer dans cette mythologie particulièrement dense.
Cette approche trouvera d’ailleurs un nom : “legacyquel”. C’est le journaliste Matt Singer qui l’utilise en premier dans les colonnes de ScreenCrush. Un mot valise qui réunit l’idée de suite (sequel) et d’héritage (legacy). Le Réveil de la Force initie un mouvement qui trouvera un écho certain à Hollywood. S.O.S. Fantômes, Indiana Jones et même Jurassic Park, toutes les sagas emblématiques des années 80-90 s’y mettront entre 2015 et 2020. La nostalgie et le renouveau pour faire recette, l’idée était trop belle.
Le fan service ne suffit pas
Lucasfilm sortira auréolé de succès avec un box-office à plus de deux milliards de dollars pour le réalisateur de Super 8. Sauf que, derrière ces sommes colossales engendrées, l’image de Star Wars s’effrite et les suites vont rencontrer plus de difficulté à convaincre. Les chiffres restent faramineux, mais les fans, souvent la génération ayant grandi avec la première trilogie, voient les grosses ficelles utilisées pour faire cohabiter toutes les générations Star Wars au cinéma. Ils trouvent par la même occasion les parfaits coupables : Kathleen Kennedy et Disney.
Il faut dire que la firme ne semble pas motivée que par le défi créatif que représente un retour de Star Wars au cinéma. Les enjeux sont nombreux, entre l’ouverture de zones dédiées dans les parcs Disneyland, la vente de produits dérivés et l’arrivée prochaine d’une plateforme de streaming par abonnement. S’il faut avouer que l’économie parallèle de Star Wars a toujours été une composante essentielle à son succès, l’arrivée de Disney dans l’équation fait entrer l’imaginaire de Lucas dans une nouvelle dimension… parfois au détriment de la cohérence narrative.

Preuve s’il en fallait une que Lucasfilm fait du fan service son moteur, Palpatine sera ressuscité pour les besoins du dernier film, faute d’un autre antagoniste assez convaincant. Un ultime affront pour les premiers spectateurs de Star Wars, qui ne tariront pas d’arguments pour prouver que ces Star Wars ne sont plus que la pâle copie de leurs aînés. Le fan service ne suffit plus, la licence semble être en panne d’inspiration. Mais ce désamour d’une partie du public pour la franchise s’explique-t-il seulement par un abus des clins d’œil et autres références ?
Une vision unique est nécessaire
Derrière l’échec de la dernière trilogie Star Wars, relatif, (les trois films auront rapporté près de 5 milliards de dollars à eux seuls) se cache aussi un évident chaos en coulisses. Si J.J. Abrams était à la réalisation du premier métrage, c’est Rian Johnson qui a été recruté pour mettre en image la suite baptisé Les Derniers Jedi. Le retour d’Abrams pour L’Ascension de Skywalker entretient un flou concernant la direction voulue par Disney, mais il a toujours été question de confier chaque film à des réalisateurs différents.
J.J Abrams qui avait fait renaître Star Trek au cinéma, avait déjà procédé de telle manière, il avait défini un nouveau canevas pour l’univers avant de laisser d’autres cinéastes peindre les histoires qui devaient approfondir la mythologie. Abrams sera néanmoins contraint de revenir pour l’ultime chapitre, après la mort de Carrie Fisher et le départ de Colin Trevorrow à la réalisation. Sauf qu’au lieu de poursuivre sur la voie initiée par Johnson, qui avait lui-même tranché radicalement avec Le Réveil de la Force, Abrams s’est évertué à revenir aux fondamentaux de son premier volet.

Une absence de cohérence qui se ressentira dans chaque minute de la conclusion et qui poussera les fans à tirer la conclusion suivante : Star Wars s’est perdu et plus rien ne peut la sauver. Disney a tiré les mêmes leçons de cet échec d’estime, puisque, sept ans après L’Ascension de Skywalker, la firme semble vouloir abandonner les histoires de Jedi et de Skywalker pour raconter la galaxie très lointaine autrement.
D’abord aux côtés du chasseur de primes Din Djarin dans The Mandalorian & Grogu dès le 20 mai, puis avec des personnages tout à fait inédits dans Starfighter par Shawn Levy et avec Ryan Gosling. Preuve s’il en fallait une que Lucasfilm ne sait plus quoi faire de son intrigue principale : “la lutte entre les Jedi et les Sith”, les films annoncés en 2023 : New Jedi Order et Dawn of the Jedi semblent être au point mort. Ils n’ont été que brièvement évoqués à la dernière Star Wars Celebration, après d’importants départs dans les équipes créatives des deux projets.
Prendre des risques paie
Entre 2015 et 2019 au cinéma, tout n’est en revanche pas à jeter chez Star Wars. Outre la solide proposition de Rian Johnson, que l’on continuera de défendre, c’est finalement Rogue One par Gareth Edwards qui s’en sort le mieux sur la durée. Le projet a beau évoluer en marge de la trilogie principale, il est finalement ce qui ressemble le plus à Star Wars à son meilleur. C’était pourtant un risque monumental pour Disney et Lucasfilm : revenir aux événements qui précèdent Le Réveil de la Force et introduire des personnages inconnus.

Mais par la pertinence de son propos, le soin accordé au développement de ses personnages autant que sa mise en scène, Rogue One frappe juste. Et le public est au rendez-vous, le film récoltera plus d’un milliard de dollars au box-office mondial. Il convaincra la presse et les spectateurs, renforçant l’idée que Star Wars a tout intérêt à abandonner la dynastie Skywalker pour raconter la galaxie sous un nouveau prisme.
Ce n’est d’ailleurs pas une surprise si des années plus tard, sur Disney+, c’est aussi la galaxie de Rogue One qui s’en sort le mieux. Son préquel Andor n’a certes pas rencontré le succès escompté, les audiences sont tragiquement faibles, mais la critique et le public sont emballés. Les deux saisons imaginées par Tony Gilroy se sont illustrées comme la meilleure série Star Wars en prises de vues réelles.
Et après ?
Maintenant que Kathleen Kennedy passe la main, l’avenir de Star Wars au cinéma est plus que jamais incertain. Pour l’heure, la licence semble vouloir se concentrer sur des projets unitaires, des aventures au coeur de la mythologie, mais qui n’ont pas vocation à faire avancer l’histoire avec un grand H. Autrefois promis comme une conclusion à toutes les séries développées par Dave Filoni, The Mandalorian et Grogu semble avoir revu ses ambitions à la baisse pour se concentrer sur le duo.
Il faut dire que les millions de personnes s’étant déplacées au cinéma pour voir les derniers films Star Wars ne se sont pas toutes ruées sur Disney+ pour regarder The Mandalorian à sa sortie en 2019. Jon Favreau doit donc s’assurer que son histoire reste intelligible pour celles et ceux qui ne connaissent pas les personnages, et l’évolution de leurs dynamiques.

Le mois de mai 2026 sera ainsi décisif pour Star Wars, qui entre dans une nouvelle ère et doit composer avec les erreurs commises depuis 2015 et une présence accrue de la saga dans l’espace médiatique depuis le lancement de Disney+. Retrouver la galaxie très lointaine n’est plus un événement et ces sept années d’absence au cinéma ont été comblées par quantité de séries et de productions dérivées. “Telle est la voie” comme dirait l’autre…
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