Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes, ou est-ce une solution de facilité qui ne règle rien ? C’est la question explosive que pose Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? (tout est dans le titre), le nouvel opus de la collection Les Nouvelles Lettres Persanes coédité par Usbek & Rica et Robert Laffont. Disponible en librairie depuis le 9 octobre 2025 pour 5€ seulement, ce mode d’emploi citoyen débarque pile au moment où plusieurs pays, dont la France, semblent prêts à franchir le cap d’une interdiction
L’Australie a sauté le pas, l’Europe hésite encore
L’ouvrage collectif dirigé par Serge Tisseron décortique les enjeux d’une mesure controversée, au cœur d’un débat international en pleine ébullition. Et le timing de publication n’est pas un hasard : en décembre 2024, l’Australie votait une loi historique, avec l’interdiction totale des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, et entrée en vigueur prévue en décembre 2025. TikTok, Instagram, Facebook, Snapchat, mais aussi YouTube… toutes les plateformes sont concernées, avec des amendes titanesques pour les récalcitrantes.
Plus proche de nous, le Danemark a suivi la trace début octobre 2025, la Première ministre Mette Frederiksen annonçant vouloir interdire l’accès aux réseaux sociaux jusqu’à 15 ans, avec possibilité de consentement parental dès 13 ans.
En France, le débat s’intensifie aussi. Emmanuel Macron s’était engagé en juin 2025 à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans si l’Union européenne ne s’en chargeait pas dans les prochains mois. Depuis juillet 2025, le cadre européen du Digital Services Act (DSA) autorise désormais les États membres à fixer un âge minimal d’accès aux réseaux sociaux et à obliger les plateformes à vérifier l’âge de leurs utilisateurs. Reste la question centrale : comment faire appliquer ces mesures sans tomber dans un fichage généralisé, protégé par le RGPD ?
Éviter les réponses toutes faites
Loin des postures binaires et des logiques de confrontation, l’ouvrage de Tisseron propose trois voix singulières et épistolaires. Anne Cordier, professeure en sciences de l’information et de la communication, s’adresse directement au Président de la République. Spécialiste des pratiques informationnelles des adolescents, elle démonte les discours moralisateurs qui réduisent les jeunes à une génération inconsciente, en montrant combien leur rapport au numérique est complexe et socialement déterminé. Un discours salutaire à notre époque.
Nadia Daam, journaliste et romancière, quant à elle, parle à sa fille, victime en 2017 d’une violente campagne de cyberharcèlement après avoir dénoncé le sabotage d’une ligne téléphonique anti-harcèlement de rue. Son témoignage intimiste résonne avec la réalité brutale du numérique.
Enfin, Grégoire Borst, professeur de psychologie et de neurosciences de l’enfant à l’Université Paris Cité et membre de la Commission Enfants et écrans créée par Emmanuel Macron en janvier 2024, interpelle Mark Zuckerberg. Le fondateur de Meta, était sommé de s’expliquer devant le Sénat américain au début de l’année dernière, s’était finalement excusé face aux familles de victimes.
Un livre qui pose les vraies questions
Peut-on vraiment empêcher les mineurs d’accéder aux réseaux sociaux ? Est-il efficace de légiférer à l’échelle nationale quand les plateformes se moquent les frontières ? Ne faudrait-il pas plutôt réguler plus fermement ces espaces de débat et d’expression au lieu d’en exclure les plus vulnérables ? Et surtout, quelles alternatives proposer à une génération pour qui Snapchat, TikTok ou Instagram constituent le principal espace de sociabilisation ?
Le livre, dirigé par Serge Tisseron — psychiatre, membre de l’Académie des technologies et créateur de la règle 3-6-9-12 pour encadrer l’usage des écrans, refuse les réponses simplistes. Car si la France, le Danemark et l’Australie mènent l’offensive, les experts continuent de s’interroger : l’interdiction ne risque-t-elle pas de pousser les jeunes vers des zones encore plus sombres d’Internet, comme on le voit avec les restrictions autour des sites pornographiques.
Face à une industrie qui marchandise nos enfants et affine ses algorithmes pour maximiser l’addiction, ce petit ouvrage pourrait bien devenir l’un des essais les plus nécessaires de l’année. Si la réponse n’est pas dans ce livre, on vous en conseille vivement la lecture tant il est passionnant.
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