Notre vaste Univers a manifestement un sens de l’esthétique très particulier. Alors que nous pensions avoir tout vu en matière d’exoplanètes bizarres (plus de 6 000 exoplanètes confirmées en 2025), le télescope James Webb (JWST) vient de braquer ses miroirs sur PSR J2322-2650b. Un nom barbare pour un monde qui ressemble à un ballon de football américain (ou de rugby, ils se ressemblent un peu) perdu dans le vide, et dont l’atmosphère ferait rêver n’importe quel joaillier : des diamants y tomberaient sous forme de pluie.
James Webb en a pourtant vu des vertes et des pas mûres depuis son lancement en 2021 : galaxies impossibles, trous noirs précoces, géantes de glace ou de gaz… à croire que le catalogue était épuisé. Mais pour le coup, PSR J2322-2650b est peut-être l’objet le plus étrange qui lui ait été donné d’observer.
Une planète passée au rouleau compresseur gravitationnel
PSR J2322-2650b possède une masse comparable à celle de Jupiter, elle est donc 300 fois plus lourde que la Terre : un beau bébé, donc. Si cette planète a perdu sa rondeur pour arborer une silhouette de ballon ovale, c’est à cause de son voisinage toxique. Elle forme avec son étoile ce que les astronomes appellent un système « veuve noire ».
L’étoile en question est un pulsar : le cadavre d’une étoile morte qui tourne sur lui-même à une vitesse vertigineuse en balayant l’espace de jets de radiations, comme un phare cosmique extrêmement rapide. La planète en est si proche qu’elle se fait passer à la moulinette : la gravité monstrueuse du pulsar l’étire comme de la pâte à modeler, d’où sa forme de ballon de rugby ou de citron (ellipsoïdale).
PSR J2322-2650b reçoit des doses de radiations si intenses de la part de son pulsar qu’elles chauffent son atmosphère au point de la faire s’évaporer dans le vide spatial. Jour après jour, elle perd donc de la matière, un processus d’érosion extrême qui, sur de très longues échelles de temps, pourrait finir par dépouiller la planète d’une grande partie de sa masse.. Pour Peter Gao, du Carnegie Earth and Planets Laboratory, la surprise a été totale : « Je me souviens qu’après avoir reçu les données, notre réaction collective a été : “C’est quoi ce délire ?” ».
Un climat de luxe
En plus de sa forme, l’autre surprise de PSR J2322-2650b tient à son atmosphère. En analysant la lumière filtrée par son atmosphère, le télescope James Webb a détecté une signature chimique là encore, très improbable, même pour une exoplanète : une domination écrasante de l’hélium et du carbone. La majorité des autres exoplanètes sont entourées de mélanges gazeux que l’on peut comparer, de loin, aux planètes de notre Système solaire (hydrogène, méthane, eau, etc.). Ce n’est donc pas ici que l’on trouvera un quelconque signe de vie, son environnement est bien trop hostile pour cela.
Dans ce chaudron à haute pression, les chercheurs estiment que le carbone pourrait former d’épais nuages de suie. Soumis à des conditions extrêmes de température et de pression au sein de l’atmosphère, ces particules pourraient alors se cristalliser. Comme le carbone, une fois atteint un certain seuil de compression, peut changer de structure et se muer en diamant pur. Selon l’équipe de Peter Gao, ces cristaux pourraient se former en altitude avant de retomber vers la planète sous forme de pluie.
Aucun de nos modèles théoriques de formation planétaire ne permet, à ce jour, de comprendre comment PSR J2322-2650b a pu se former. Elle est donc le pur produit d’un ensemble de phénomènes astrophysiques dont nous n’avons même pas idée et que nos théories n’ont pas encore formalisés. L’observation d’un tel monde nous oblige à reconnaître que nos modèles ont été élaborés à partir d’une conception peut-être trop parcellaire des environnements stellaires, insuffisante pour expliquer l’existence de certains objets célestes. Une pensée malgré tout pour Gao et son équipe, qui doivent certainement être en train de se demander combien d’autres planètes du même genre attendent encore d’être découvertes.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.