Alors qu’on pensait le numérique comme des axes d’avenir de l’éducation, le gouvernement a décidé de serrer la vis sur le Pass Culture : le budget dédié au streaming, à la presse en ligne et aux livres audio est désormais coupé de moitié, au profit d’usages jugés plus “vertueux”. De quoi inquiéter celles et ceux qui combattent depuis des années la hiérarchie culturelle qui veut opposer la “bonne littérature” au reste du marché.
Voici ce qui change concrètement
Un arrêté publié au Journal officiel le 30 décembre 2025 revoit les règles d’utilisation du Pass Culture, en particulier pour les offres numériques. Le montant cumulé maximum pour les offres en ligne est désormais fixé à 50€, contre 100€ jusqu’à présent. Sont concernés, les abonnements à des services musicaux, les œuvres audiovisuelles, les jeux vidéo, les livres audio, mais aussi les conférences et la presse dématérialisée. Cette limite s’applique sur la durée totale de validité du crédit individuel, et non par année ou par plateforme.
Les livres numériques, qui étaient auparavant explicitement exclus de ce plafond, ne sont plus mentionnés dans le nouvel arrêté, ce qui laisse planer un flou sur la position gouvernementale à leur sujet.
Coup de frein assumé sur le numérique
Ce tournant intervient dans un contexte de réforme globale du Pass Culture, marqué par une baisse des crédits individuels et une priorité croissante donnée aux budgets collectifs (alloués aux sorties scolaires notamment). Le dispositif est désormais structuré en deux temps : 50€ à 17 ans, puis 150€ à 18 ans, pour une utilisation jusqu’aux 21 ans de l’utilisateur.
La réduction du plafond pour le streaming et la presse numérique s’inscrit dans une logique budgétaire, mais aussi idéologique : pousser les jeunes vers des achats physiques (livres, places de cinéma, concerts) et des expériences réelles plutôt que vers des abonnements dématérialisés.
Le papier contre l’écran
Pour les utilisateurs, ce plafonnement à 50€ va mécaniquement limiter la possibilité de financer des abonnements longue durée, les privant d’un accès culturel à long terme. À l’inverse, les librairies, salles de cinéma, lieux de spectacle ou bibliothèques pourraient voir ce recentrage comme une opportunité : le livre reste déjà la première catégorie réservée sur le Pass Culture (environ 40% du crédit dépensé en 2024), devant le cinéma et la musique.
Mais cette orientation pose surtout une question de fond : dans un paysage culturel où les pratiques jeunes sont massivement numériques, limiter le numérique revient-il à accompagner les usages ou à les restreindre artificiellement ? En filigrane, le Pass Culture glisse progressivement d’un chèque individuel et libertaire, à un outil d’accès à une catégorie précise de culture. La réduction du plafond numérique n’est pas un simple ajustement technique : c’est un signal politique sur la hiérarchie des pratiques culturelles jugées légitimes, et sur la place que l’État entend laisser au numérique dans l’éducation culturelle des jeunes.
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