James Cameron n’a pas la langue dans sa poche. Après avoir plusieurs fois exprimé ses craintes sur les conséquences d’un éventuel rachat de Warner Bros par Netflix, lors d’interviews notamment, le papa de Terminator s’adresse directement à la sous-commission de l’antitrust, de la politique concurrentielle et des droits des consommateurs.
Il a adressé une lettre au sénateur Mike Lee pour évoquer les conséquences que pourrait avoir une telle transaction sur le secteur culturel américain. “Je suis fermement convaincu que le projet de vente de Warner Bros Discovery à Netflix sera désastreux pour l’exploitation cinématographique en salles, à laquelle j’ai consacré ma vie”.
Un acteur important
Dans sa missive, Cameron rappelle l’importance de Warner Bros pour le secteur. Le studio propose en moyenne 15 films par an sur le grand écran. Ce sont autant de productions qui pourraient à terme disparaître de la programmation des cinémas au profit de celle du streaming.
Il évoque notamment la promesse de Ted Sarandos, dirigeant de Netflix. L’homme d’affaires s’est engagé à proposer les films Warner Bros au cinéma pendant au minimum 17 jours. “C’est ridiculement court. Les films à gros budget peuvent rester à l’affiche pendant des mois. La plupart des professionnels du cinéma estiment que la fenêtre d’exploitation minimale devrait être de 45 jours, et beaucoup préconisent même 60 jours”.
C’est l’un des gros points de friction de ce rachat de Warner Bros par Netflix. Jusqu’ici, la plateforme de streaming n’a que très peu misé sur le grand écran pour ses productions d’envergure. Le plus souvent, elle consiste en une exploitation limitée sur un petit nombre d’écrans avant une arrivée sur le streaming.
Invité du podcast The Town par Matthew Belloni, Ted Sarandos a de son côté promis de maintenir du fonctionnement actuel de Warner Bros, à savoir 45 jours d’exclusivité en salles, puis les formats dématérialisés et enfin la sortie en streaming par abonnement. Il avait réaffirmer son objectif lors d’une conférence Canal+ en décembre dernier.
Une promesse qui rassure évidemment ses détracteurs mais qui pourrait être une promesse en l’air. Surtout que le PDG de Netflix n’a évoqué que les projets en cours. Quand sera-t-il des films qui n’ont pas encore été promis à une sortie en salles ?
Une économie en danger ?
Outre la perspective d’une activité en salles amputée de ses plus grosses sorties, James Cameron a abordé les retombées économiques d’une telle transaction. Dans sa lettre, le réalisateur rappelle la puissance de l’industrie culturelle américaine. “Sur un film Avatar, j’emploie plus de 3000 personnes, dont beaucoup travaillent jusqu’à quatre ans. Si de tels films ne sont plus financés en raison d’une contraction accrue du marché, que le rachat de Warner Bros par Netflix ne fera qu’accélérer, de nombreux emplois seront perdus”.
Il ajoute : “Alors que le déficit commercial américain est une préoccupation majeure, l’un des plus importants secteurs d’exportation des États-Unis sera durement touché. Les États-unis ne sont peut-être plus leaders dans la production automobile ou la sidérurgie, mais ils restent le leader mondial du cinéma”.
À point nommé
La lettre adressée par James Cameron, le 10 février, intervient à un moment clé de l’affaire. Après avoir refusé les avances de Paramount Skydance, qui a intenté une action en justice et lancé une OPA hostile de 103 milliards de dollars, Warner Bros. a finalement accepté d’entamer sept jours de négociation. Netflix est impliqué dans ces discussions qui doivent se clore le 23 février.
Quant aux régulateurs, ils planchent encore sur le dossier et doivent estimer les conséquences d’un rachat de Warner Bros par Netflix sur l’industrie culturelle. Reste à voir si James Cameron sera invité à témoigner et si sa parole fera pencher la balance en la défaveur du N rouge.
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