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Netflix jure fidélité aux cinémas français malgré le rachat de Warner Bros

Lors d’une soirée organisée par Canal+ ce mardi 16 décembre, Ted Sarandos a répondu aux inquiétudes des exploitants de salles et de l’industrie cinématographique française concernant le rachat de Warner Bros. Le prochain Le Seigneur des anneaux depuis votre salon ? On était sur place.

Le patron de Netflix a fait une arrivée surprise à l’événement The Original+ organisé par Canal ce mardi 16 décembre. Au terme d’une présentation de plusieurs heures face aux abonnés de la plateforme française, Ted Sarandos est venu évoquer l’avenir de Netflix en France et dans les cinémas. Face à Maxime Saada, président du directoire de Canal+, le co-PDG de la plateforme s’est exprimé sur l’expérience sur le grand écran et les conditions du rachat de Warner Bros.

Il faut dire que la transaction inquiète l’industrie, le N rouge ayant boudé le grand écran en France depuis son lancement. Si certains films profitent en effet d’une exploitation limitée aux États-Unis —  À couteaux tirés ou Frankenstein — la réglementation française empêche l’entreprise de faire de même dans l’Hexagone. Maintenant, les professionnels craignent que, pour favoriser son catalogue, le N rouge ne saute la case cinéma dans nos vertes contrées avec les productions Warner Bros.

Une perspective tout sauf réjouissante pour les exploitants. En 2024, les films du studio étaient aux plus hautes marches du classement des métrages les plus vus en France. 4,2 millions d’entrées pour Dune, deuxième partie ou encore 1,7 million pour Beetlejuice Beetlejuice, le box-office français va-t-il devoir se passer de ces recettes dans un avenir proche ? Ted Sarandos répond et évoque, sans le dire, la chronologie des médias.

La chronologie des médias dans le viseur de Netflix

Ce dispositif hexagonal prévoit que, pour protéger les salles obscures, les films proposés au cinéma doivent patienter 17 mois avant de rejoindre le catalogue d’une offre SVoD. Si certains accords permettent à des entités comme Disney+ de réduire cette fenêtre à 9 mois, Netflix n’a pas réussi à passer sous la barre des 15 mois (contre 36 avant 2022). Dans l’Hexagone, le N rouge a saisi le Conseil d’État pour contester une exception culturelle française. En avril dernier, la plateforme déposait un recours contre la chronologie des médias et espérait obtenir une fenêtre de 12 mois contre 15 à l’heure actuelle. Elle évoquait une “situation clairement déséquilibrée” alors que Disney+ venait d’obtenir une fenêtre de neuf mois après s’être engagée à investir de 20 à 25% de son chiffre d’affaires en France dans la création audiovisuelle locale.

Dans ce contexte pour le moins tendu, Sarandos rassure les professionnels et le public. Il sera toujours question de favoriser l’expérience en salles pour les films de la librairie Warner Bros. “Concernant la distribution en salles, un point que j’ai abordé au fil des ans a semé la confusion quant à nos intentions. Notre intention quand nous rachetons Warner Bros est de continuer à distribuer les films du studio avec les fenêtres d’exploitation traditionnelles. Et c’est fenêtre vont aussi être appliquées dans le cadre de l’accord avec Canal+ (6 mois). 

L’expérience de Warner Bros dans le domaine comme argument

Celui qui a à plusieurs reprises qualifié les cinémas de modèle “dépassé” met désormais en avant l’expérience de Warner Bros dans le domaine, studio centenaire qui a fait du grand écran son fond de commerce. Netflix explique que ce rachat est une occasion d’entrer par la grande porte et de s’aventurer sur des contrées inexplorées. “Nous n’avons jamais fait ça par le passé, parce que nous n’avons jamais détenu de véritables mécanismes de distribution par le passé. Nous monétisions nos films par nos souscriptions, parce que c’est de cette manière que nous développions l’entreprise le plus rapidement”. 

Il ajoute n’avoir aucune intention de nuire “à ce secteur de quelconque manière”.Donc, nous allons continuer de faire opérer Warner Bros Studios de manière indépendante et sortir les films traditionnellement au cinéma. Nous savons que c’est très important pour les gens en France”. Ces déclarations de Ted Sarandos interviennent plusieurs jours après que le président de la Fédération nationale des exploitants de salles de cinéma ait tiré la sonnette d’alarme. Il indiquait le 6 décembre dernier à Variety : “Nous espérons que les autorités de la concurrence aux États-Unis et en Europe examineront très attentivement les conséquences potentielles de cette opération. Warner Bros a toujours eu une ligne éditoriale bien définie et produit des blockbusters qui plaisent aux cinéphiles. C’est le plus européen de tous les grands studios américains”. 

Rappelons que si Warner Bros et Netflix sont parvenus à trouver un accord de rachat, les autorités américaines et européennes de la concurrence doivent se pencher sur cette transaction qui offrirait au N rouge une position hégémonique dans le domaine du streaming par abonnement. Donald Trump a récemment promis de se pencher sur le dossier, alors que Paramount Skydance, détenue par un proche de la Maison-Blanche faisait une OPA hostile quelques jours après l’annonce du rachat. L’affaire est donc loin d’être conclue pour Netflix qui devra lancer une opération de charme à Hollywood comme en Europe, où de nombreux organismes se sont déjà opposés à ce rachat.

Reste que ces promesses engagent surtout Netflix sur le terrain des intentions. Tant que le rachat de Warner Bros n’aura pas franchi l’épreuve des autorités de la concurrence, en Europe comme aux États-Unis, le discours de Ted Sarandos relève autant de l’apaisement que de la stratégie. En France, où la salle reste un pilier culturel autant qu’économique, Netflix n’a sans doute pas d’autre choix que de jouer la carte du cinéma… au moins pour l’instant.

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