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Réchauffement climatique : un phénomène rare rend certains glaciers extrêmement dangereux

Parmi les millers de géants endormis éparpillés aux quatre coins des zones glaciaires, certains se réveillent plus violemment que les autres. Pour ne rien arranger, le réchauffement climatique empire le phénomène.

Si l’écrasante majorité des glaciers fondent sans provoquer aucun dégât (tout du moins, immédiatement), certains d’entre eux déclinent d’une toute autre manière. Sous certaines conditions, ils peuvent se détacher de leurs socles rocheux pour entamer une glissade que plus rien ne freine. Ce phénomène, appelé « surge glaciaire », concerne environ 1 % des glaciers mondiaux ; lorsqu’il se produit, ces colosses peuvent se déplacer à des vitesses ahurissantes, parfois 10 à 100 fois supérieures à la normale.

Pourquoi est-ce dangereux ?

Un glacier est une masse colossale d’eau pouvant peser de 50 millions à plusieurs milliards de tonnes ; il est retenu uniquement par la force de friction et la gravité qui l’appuient contre son socle. En temps normal, l’eau de fonte circule sous cette masse via un réseau de tunnels qui l’évacuent vers l’extérieur et la glace reste ainsi solidement ancrée au sol rocheux. Plus le glacier est lourd, plus il écrase la glace contre la roche, ce qui exerce une force de frottement colossale : lorsqu’il fond, il avance seulement de quelques centimètres par jour, car il est freiné par sa propre base.

Chez les glaciers victimes de surge, ce réseau de tunnels est obstrué et l’eau de fonte ne peut plus s’évacuer correctement. Elle s’accumule sous la glace, monte en pression, soulève l’énorme masse de glace de quelques millimètres seulement, et cette pression annule la friction : le glacier décroche alors de son socle et patine sur un film d’eau pressurisé.

Dans certains cas, il peut arriver qu’un glacier avance de 60 mètres par jour ; ses parois sont broyées par les contraintes mécaniques, créant des crevasses et des seracs qui saccagent la zone où il se déplace.

En progressant ainsi hors de son lit habituel, la langue glaciaire peut entraver le cours d’une rivière voisine et créer un barrage naturel complètement branlant. Derrière ce mur de glace nouvellement formé, des millions de m3 d’eau gonflent ce réservoir improvisé, et lorsque la pression est trop intense ou que le glacier se fracture davantage, le barrage peut céder sans prévenir.

Lorsqu’une telle crue survient, les eaux, chargées de blocs de glace et de débris, pulvérisent tout sur leur passage. Dans le Karakoram (nord du Pakistan), entre 2019 et 2022, le glacier Shisper, en l’espace de quelques mois, a entamé une poussée fulgurante vers l’avant, venant percuter de plein fouet le lit d’une rivière s’écoulant de la vallée voisine du glacier Muchuhar.

Le barrage ainsi formé, de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur, a complètement bloqué son écoulement. En mai 2022, sous l’effet d’une vague de chaleur précoce qui a accéléré la fonte, la pression de l’eau est devenue insupportable pour le barrage de glace. Ce dernier a lâché brutalement, libérant une vidange de lac glaciaire d’une violence extrême, qui a tout ravagé sur son passage.

Cette inondation éclair a dévalé la vallée de la Hunza, en provoquant d’énormes dommages matériels, à commencer par le pont de Hassanabad sur la Karakoram Highway (voir vidéo ci-dessus). Cette route est l’unique voie terrestre reliant le Pakistan à la Chine, une artère vitale pour le commerce et le ravitaillement de ces régions isolées. Après cette surge, des villages entiers ont perdu leurs terres cultivables et la région s’est trouvée coupée du reste du monde.

Surge
Infographie représentant le déroulé d’une surge glaciaire. © NotebookLM avec Journal du Geek

Les surges existaient bien avant que l’Homme n’apparaisse sur Terre, car elles font intrinsèquement partie du cycle de vie de certains glaciers. Néanmoins, elles tendent à devenir plus difficiles à anticiper qu’auparavant en raison du réchauffement climatique dans certaines régions du globe (Arctique, Himalaya, Andes, Asie centrale, notamment), car la hausse des températures et la modification des régimes de précipitations perturbent l’équilibre thermique de ces géants. Pour le moment, aucune tendance homogène n’est encore établie à l’échelle mondiale, mais ces épisodes pourraient faire l’objet d’une surveillance plus étroite dans les décennies à venir. Si le phénomène s’accélère, son coût humain et financier risquerait, par conséquent, de s’envoler également.

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