La guerre en Ukraine est, depuis plus de quatre ans maintenant, un terrain d’expérimentation militaire où les deux armées ont dû apprendre à bricoler avec les moyens du bord pour tenir bon face à l’ennemi. L’exemple le plus connu étant certainement les drones FPV modifiés en atelier au début par quelques bricoleurs, qui, aujourd’hui représentent l’une des armes les plus importantes du conflit. Aujourd’hui, elle en produit à une cadence industrielle, estimée à 1,2 million de drones par an. De manière générale, le conflit a poussé les deux pays à faire de l’interopérabilité civile-militaire le garant de la sécurité de leurs soldats sur le front.
Robots tueurs, algorithmes d’IA de reconnaissance des chars, systèmes de brouillage électronique, exploitation intensive de l’OSINT (Intelligence en sources ouvertes)… Jamais une guerre d’usure n’avait autant forcé les armées à adopter la culture du « fail fast, learn faster » propre aux startups de la Silicon Valley. La dernière illustration en date : le 7ème Corps d’assaut aérien ukrainien a diffusé fin mars une vidéo montrant ses soldats équipés d’exosquelettes dans une tranchée d’artillerie boueuse, à proximité de Pokrovsk, dans l’est du pays.

Hypershell : partenaire involontaire de l’Ukraine
L’engin en question n’était pas du tout destiné à un usage militaire puisqu’il s’agit d’un exosquelette vendu par Hypershell, une entreprise chinoise spécialisée dans les exosquelettes grand public, dont l’entrée de gamme démarre à 899 euros. L’Hypershell Pro X pèse à peine 2,4 kg, s’enroule autour de la taille et des jambes et est également équipé d’un harnais dorsal.
Selon le 7ème Corps, il soulagerait l’effort musculaire des des jambes des soldats qui le portent de 30 % ; quand on sait qu’un artilleur transporte quotidiennement entre 15 et 30 obus, chacun pesant autour de 50 kg, on comprend mieux pourquoi l’armée a jeté son dévolu sur ce modèle.
Vitalii Serdiuk, commandant adjoint du 7ème Corps d’assaut aérien, a confirmé que les soldats testeurs « s’épuisent moins, travaillent plus vite et maintiennent leur efficacité au combat plus longtemps ». Le dispositif permet également de soutenir une course à près de 20 km/h sur de longues distances, contre 10 à 13 km/h pour un jogging moyen.
Nos confrères de Presse-citron l’avaient même testé l’année dernière, dans le cadre de ce pourquoi l’entreprise le vend : la course et la randonnée. Comme vous pouvez le voir sur la vidéo YouTube ci-dessous, il intègre également des algorithmes d’IA qui analysent la démarche en temps réel et ajustent les paramètres mécaniques selon le profil de l’utilisateur, renseigné via une application mobile connectée.
Hyppershell a d’ailleurs réagi à la nouvelle ; on imagine bien qu’elle n’avait en aucun cas prévu que son produit soit détourné pour finir sur le front russo-ukrainien. Elle a pris soin de préciser que ses « exosquelettes sont conçus pour un usage civil, allant des activités de plein air à l’aide à la mobilité, en passant par des applications professionnelles telles que la recherche et le sauvetage. Hypershell ne commercialise ni ne vend ses produits à des fins militaires, et nous ne soutenons ni ne cautionnons aucune utilisation militaire de notre technologie ».
Comme les fabricants de tous les drones civils (DJI, Autel Robotics) aujourd’hui qui, quotidiennement détruisent des blindés russes, l’entreprise n’a que peu de prise sur ce que ses clients font, in fine, de ses produits. Elle n’est donc pas la première à se retrouver dans cette position commerciale peu confortable, et ne sera certainement pas la dernière. La bonne foi du fabricant n’est donc pas à remettre en cause ici, elle est très probablement réelle.
Mais à partir du moment où il est possible de se procurer une technologie peu onéreuse et vendue librement sans restriction d’usage contractuelle, celle-ci est, par définition, hors de contrôle une fois qu’elle a quitté son usine. Hypershell peut condamner l’usage militaire de ses exosquelettes autant qu’elle le souhaite, DJI a bien tenté par le passé, et cela n’a rien changé. Il n’y a aucune réelle raison de croire que son cas puisse être différent, encore moins dans le cadre d’un conflit qui a fait de la réaffectation technologique une doctrine à part entière.
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