Il y a des pays qui légifèrent, et des pays qui régulent. Depuis janvier 2025, le Royaume-Uni impose à tous les sites diffusant du contenu pornographique accessible depuis son territoire de mettre en place une vérification d’âge “hautement efficace”. Un an plus tard, un premier bilan vient confirmer l’efficacité du dispositif : 76 sites sous enquête, plusieurs amendes déjà tombées, et une logique d’escalade qui s’applique de plus en plus systématiquement aux plateformes récalcitrantes. Cette semaine encore, Ofcom a durci le ton contre deux opérateurs.
Deux sites dans le viseur
La dernière sanction remonte au 31 mars 2026. Ce jour-là, Ofcom, le gendarme britannique des communications, a notifié First Time Videos LLC, la société qui opère FTVGirls.com et FTVMilfs.com, d’une “détermination provisoire” : selon le régulateur, l’entreprise aurait failli à ses obligations au titre de l’article 81 de l’Online Safety Act, qui porte spécifiquement sur la vérification d’âge. First Time Videos dispose désormais de vingt jours ouvrés pour présenter ses arguments de défense, avant qu’une décision finale ne soit rendue.
Au même moment, Ofcom a annoncé l’élargissement de son enquête en cours contre Web Prime, l’opérateur derrière cinq plateformes : anysex.com, fapality.com, mylust.com, xcafe.com et yourlust.com. Ouverte en septembre 2025 pour manquement à la vérification d’âge, l’enquête s’étend désormais à un second chef d’accusation : le non-respect d’une injonction formelle d’information envoyée par le régulateur en février 2026. Face aux soupçons des autorités, Web Prime n’a même pas pris la peine de répondre.
Une mécanique qui commence à faire vraiment mal
Pour comprendre la portée de ces annonces, il faut réaliser l’importance de l’arsenal légal dont dispose Ofcom. Les amendes peuvent atteindre 18 millions de livres sterling ou 10 % du chiffre d’affaires mondial, selon le montant le plus élevé. Mais le régulateur peut aller plus loin, en obtenant d’un tribunal qu’il contraigne les fournisseurs de paiement et les annonceurs à couper les ponts avec une plateforme non conforme.
À la fin de l’année dernière, AVS Group Limited, opérateur de plusieurs sites adultes, avait écopé d’une amende d’un million de livres sterling pour une vérification d’âge jugée insuffisante, plus 50 000 £ supplémentaires pour avoir ignoré une demande d’informations. Une autre entreprise a été condamnée à 1,35 million de livres pour des manquements similaires. À l’inverse, lorsqu’un opérateur coopère rapidement, comme Score Internet Group qui avait rattrapé son retard en mettant en place les vérifications requises, Ofcom a fermé le dossier sans pénalité.
Aujourd’hui, plus de la moitié des cent sites adultes les plus fréquentés au Royaume-Uni auraient déployé un système efficace de vérification d’âge. Les grandes plateformes sociales accessibles aux mineurs, de TikTok à Reddit en passant par Discord, Roblox ou Tinder, ont également dû s’y plier dans le cadre des protections enfants plus larges de l’Online Safety Act.
Vraiment efficace ?
Les premiers résultats sont là, mais l’efficacité reste le point de friction. Le VPN du suisse Proton aurait enregistré une hausse de sa demande de 1 800 % au moment de l’entrée en vigueur de la loi. L’objectif déclaré n’est pas d’éradiquer l’accès des mineurs au porno, mais de supprimer l’exposition passive : celle où le contenu arrive sans qu’on l’ait cherché, servie par des algorithmes à des utilisateurs dont l’âge n’a jamais été vérifié. Rappelons qu’en moyenne, les enfants britanniques rencontrent du contenu pornographique pour la première fois à 13 ans. Plus d’un quart avant 11 ans.
La France, de son côté, s’est armée de la loi SREN et de son article 12 sur la vérification d’âge pour les sites pornographiques, mais le dispositif peine à entrer dans une phase d’application concrète, l’Arcom restant loin derrière Ofcom en matière de jurisprudence.
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