Les tags “stepmom”, “stepsister” ou encore “stepbrother” font partie des plus consultées sur les plateformes pornographiques. Aux frontières du tabou de l’inceste, l’industrie a largement capitalisé sur le fantasme de l’interdit familial, en faisant du “step” un préfixe magique, capable de contourner l’interdit légal en supprimant les liens du sang, analyse Jade Vincent, co-créatrice du podcast N’importe Cul, spécialisé dans l’analyse de l’industrie pornographique : “Depuis plusieurs années, les sites ont fait le ménage sur leurs tags, dont le fameux “incest” qui est à présent radié de l’essentiel des sites X. Cependant, le “step” a fait son apparition comme substitut de l’inceste dans les années 2015, mettant en scène des milliers de vidéos entre beaux-pères, belles-mères, belles-filles, belles-sœurs ou beaux-frères“.
Jusqu’ici, le filon était non seulement légal, mais surtout extrêmement lucratif. C’était sans compter sur le gouvernement britannique. Celui qui avait déjà fait figure de précurseur dans la régulation de la pornographie, en interdisant en 2014 via l’Amusements With Prizes Act et les règles du BBFC (British Board of Film Classification), certaines pratiques comme l’urophilie, le fisting ou encore les pratiques BDSM laissant des traces visible sur le corps, vient d’étoffer son Online Safety Act, la grande loi britannique sur la sécurité en ligne qui oblige déjà les plateformes à prendre des mesures actives contre les contenus illégaux.
Pourquoi maintenant ?
La ministre en charge du dossier, Alex Davies-Jones, a été claire sur les motivations derrière cette décision. Selon elle, ce type de contenu contribue à normaliser les violences sexuelles intrafamiliales et peut être un facteur dans la banalisation des abus sur mineurs. Un rapport parlementaire publié en 2025, intitulé The Challenge of Regulating Online Pornography, avait d’ailleurs déjà sonné l’alarme : les contenus à thématique incestueuse, même simulés, figuraient parmi les plus rentables du marché pornographique en ligne, bénéficiant d’une mise en avant algorithmique massive.
Stop au faux-ceste
Depuis le 23 février 2026, le pays vient de passer un cap supplémentaire, en tirant un trait sur la zone grise du “faux inceste” dans la pornographie. Un amendement a été déposé au Parlement, rendant officiellement illégal le fait de posséder ou de publier de la pornographie représentant des relations sexuelles entre membres d’une famille, qu’elles soient réelles ou simulées. La nuance est importante : peu importe que les acteurs et les actrices concernés soient de la même famille (ce qui serait purement et simplement illégal dans ce cas-là). Si le contenu met en scène une dynamique incestueuse, il tombe désormais sous le coup de la loi.
Les sanctions prévues sont loin d’être symboliques. Tout Britannique en possession de ce type de contenu risque désormais jusqu’à deux ans de prison. Quant aux plateformes qui hébergent ce type de contenu le régulateur britannique des communications pourra infliger des amendes allant jusqu’à 18 millions de livres sterling ou 10 % du chiffre d’affaires mondial. Attendre un signalement ne suffira plus, les sites devront empêcher proactivement la diffusion de faux-ceste (terme souvent utilisé pour désigner les relations intrafamiliale sans lien de sang). Dans les cas les plus graves, les fournisseurs de paiement, les annonceurs et les opérateurs d’accès à Internet pourront être contraints de couper complètement les accès au site dans le pays.
Quelle application concrète pour les plateformes ?
Des millions de vidéos “step” sont hébergées sur les plateformes X. Comment distinguer, à l’échelle industrielle, une vidéo qui “simule” une dynamique incestueuse d’une autre qui ne le fait pas ? La modération manuelle est impossible. La modération automatisée largement imparfaite. Les plateformes vont devoir trouver des solutions, et vite, sous peine de tomber sous le coup de la loi. Reste que le texte ne concernera que les productions britannique, sans impacter les productions internationales.
Et après ?
Si l’interdiction des dynamiques incestueuses dans la pornographie britannique sonne comme une victoire, elle est loin d’être suffisante, explique Jade : “C‘est une bonne chose de ne plus banaliser par des jeux de rôle sexuels qui flirtent avec l’inceste, même poussés dans une mise en scène absurde, mais encore faudrait-il que ce choix soit généralisé. Rappelons que le tag “step” n’est pas le seul concerné par ce type de problématiques. On peut prendre par exemple les tags “teenage”, “barely legal” ou encore “young” qui exposent des actrices aux apparences juvéniles”.
Notons aussi que cette décision britannique intervient dans un contexte plus large de durcissement réglementaire en Europe. En France, la loi SREN (article 12) impose déjà aux producteurs de contenu pornographique d’afficher un message d’avertissement avant toute vidéo simulant un viol ou un inceste. Une directive très peu suivie dans la pratique.
Les producteurs mentionnés à l’article L. 132-23 du code de la propriété intellectuelle qui produisent des contenus à caractère pornographique simulant la commission d’un crime ou d’un délit mentionné au deuxième alinéa du présent article affichent un message avertissant l’utilisateur du caractère illégal des comportements ainsi représentés. Ce message, visible avant tout accès par voie électronique audit contenu puis pendant toute la durée de visionnage, est clair, lisible et compréhensible.
L’inceste simulé n’est pas un simple fantasme : il s’inscrit dans une dynamique de pouvoir, souvent asymétrique, qui met en scène des rapports d’autorité. L’impact sur les représentations surtout chez les plus jeunes, qui consomment du porno de plus en plus tôt mérite d’être pris au sérieux.
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