Plus de 600.000 œuvres d’art et objets culturels, appartenant surtout à des familles juives, ont été volés par les nazis avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. La majorité a été identifiée, mais environ 100.000 œuvres resteraient encore à restituer, plus de quatre-vingts ans après les faits.
Une enquête entre archives et bases de données
On pourrait imaginer qu’il suffit de chercher dans une grande base mondiale. Dans la réalité, c’est beaucoup moins simple. Les informations sont éparpillées entre musées, archives nationales, bases indépendantes, catalogues de ventes numérisés et documents administratifs, souvent dans plusieurs langues et formats. Chaque institution a son vocabulaire, ses champs de recherche, ses habitudes.
Il n’existe pas de registre central indiquant où elles se trouvent. Il faut d’abord localiser l’objet, puis prouver qu’il a été volé, avant de reconstruire l’histoire d’une famille et de sa collection à partir de traces parfois très minces.
Les choses bougent malgré tout. Aux États-Unis, la loi Holocaust Expropriated Art Recovery Act cherche à lever certains obstacles juridiques rencontrés par les ayants droit. En France, le musée d’Orsay a ouvert une galerie permanente consacrée à des œuvres susceptibles d’avoir été spoliées, signées notamment Degas, Rodin ou Renoir.
C’est là qu’entre en scène AI Provenance Assistant, un outil développé par des chercheurs de l’université de Santa Clara. Leur idée est simple : pouvoir interroger des archives très techniques avec des phrases ordinaires. Pour l’instant, l’outil travaille surtout sur la base du Jeu de Paume, à Paris. Pendant la guerre, les nazis y ont entreposé des dizaines de milliers d’œuvres pillées, en tenant des registres détaillés. Cette base contient environ 30.000 œuvres, mais elle demande de savoir quoi chercher et comment le formuler.
Avec l’assistant, une question comme « Quelles œuvres appartenaient à Hugo Simon ? » fait remonter plus de 70 résultats liés à ce collectionneur juif, dont des œuvres de Picasso et de Canaletto. L’IA peut aussi tenir compte de variantes de noms, de traductions ou de termes proches. Elle transforme une question écrite en langage naturel en recherche exploitable par la base.
Les chercheurs veulent désormais connecter davantage d’archives et aider à repérer des œuvres dont le parcours paraît suspect, même si elles n’ont pas encore été officiellement identifiées comme spoliées. L’IA ne fera pas le travail des historiens, des juristes ou des familles, mais elle pourrait leur faire gagner du temps, et dans ce type de dossiers, c’est déjà beaucoup.