Il aura fallu un voyage en Ukraine, des archives judiciaires new-yorkaises vieilles de 25 ans et des témoins oculaires dispersés aux quatre coins du monde pour arriver à ce que tout le milieu de l’art contemporain attendait depuis des décennies : le nom derrière le masque. Selon une enquête publiée le 13 mars 2026 par Reuters et intitulée In Search of Banksy, l’artiste le plus insaisissable de la planète s’appellerait Robin Gunningham. Né en 1973 à Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre, il aurait depuis changé son nom en David Jones pour brouiller les pistes.
Une arrestation à New York, une piste en Ukraine
Le premier pilier de l’enquête est presque romanesque. En septembre 2000, la police new-yorkaise interpelle un homme sur le toit d’un immeuble au 675 Hudson Street, en train de taguer un panneau publicitaire de Marc Jacobs. Les dommages dépassent 1 500 dollars, ce qui en fait une affaire pénale. L’homme est identifié comme Robin Gunningham.
Le second fil conducteur conduit les enquêteurs jusqu’en Ukraine. En 2022, Banksy confirmait lui-même sur Instagram avoir réalisé plusieurs fresques en soutien aux victimes de l’invasion russe, notamment dans le village de Horenka, près de Kyiv. Reuters s’est rendu sur place, a recueilli les témoignages d’habitants. Les registres d’immigration ukrainiens révèlent finalement qu’un certain “David Jones”, portant la date de naissance exacte de Robin Gunningham, a franchi la frontière polonaise le 28 octobre 2022.
La piste Robert Del Naja définitivement écartée
L’enquête tranche aussi une autre question qui agitait les spécialistes depuis des années : non, Banksy n’est pas Robert Del Naja. La rumeur était tenace, alimentée par les convictions politiques communes des deux hommes et par la passion du chanteur pour le graffiti. L’enquête relève également que Banksy était vraisemblablement présent à la vente Sotheby’s de 2018, lors du célèbre autodestruction de Girl With Balloon. L’homme aurait été aperçu dans le public portant des lunettes dissimulant une caméra, et collerait aux descriptions de Robin Gunningham.
Contre-attaque légale
Pas question pour le camp Banksy de valider quoi que ce soit. Son avocat, Mark Stephens, a écrit à Reuters pour réfuter les révélations de l’enquête. Stephens insiste également sur les risques que ferait peser une telle révélation, soulignant que l’artiste “a été la cible de comportements obsessionnels, menaçants et extrémistes“. Reuters, de son côté, a décidé de publier malgré tout, estimant que “le public a un intérêt profond à comprendre l’identité d’une figure dont l’influence sur la culture, l’industrie de l’art et le débat politique international est aussi profonde et durable”.
La question désormais est moins de savoir qui est Banksy que de savoir si cette révélation changera quoi que ce soit à la valeur de son oeuvre et à sa portée subversive. Un artiste dont le pouvoir reposait en partie sur son invisibilité peut-il continuer à parler “au nom de ceux qui ne peuvent pas parler” ?
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