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Les œuvres d’art les plus dérangeantes du siècle ? Des chiens-robots à tête de Musk et Zuckerberg « défèquent » des images générées par IA

Franchement, il y a des jours où on se dit qu’on aimerait ne pas avoir d’yeux ou de connexion internet.

Beeple ou Beeple Crap (de son vrai nom Mike Winkelmann), est un artiste numérique américain, pape autoproclamé des NFTs quand elles avaient encore le vent en poupe. Il vient de dévoiler, à Miami, une installation pour le moins originale : six chiens-robots affublés de visages hyperréalistes d’Elon Musk, de Pablo Picasso, de Mark Zuckerberg, ou de Jeff Bezos, qui « défèquent » des Polaroids générés par IA. Si vous avez bien attaché votre harnais anti-malaise, vous pouvez voir à quoi elle ressemble, dans la vidéo YouTube ci-dessous (9:23, si vous voulez vous épargner les autres artistes).

Des œuvres qui se veulent critiques sur les milliardaires de la tech et leur mainmise, créées par un artiste devenu multi-millionnaire grâce aux mêmes milliardaires : les convictions, c’est tellement surfait !

Art comptant pour rien : Beeple se prend pour le Che Guevara des NFTs

À Art Basel Miami, l’un des temples mondiaux du marché de l’art, les visiteurs ont dû se frotter les yeux, puis certainement les essuyer après avoir pleuré un bon coup. « Regular Animals », tel était le nom du ring transformé par Beeple en chenil dystopique : six chiens humanoïdes couleur chair, chacun coiffé d’un masque photoréaliste des gourous de la tech ou autres artistes (Beeple inclus), se redressent régulièrement sur leurs pattes arrière pour expulser, par l’arrière une image générée par IA. Un petit écran LED, planté en plein milieu du dos du robot, s’allume alors avec l’inscription « POOP MODE ». Le raffinement, on vous dit.

Les robots intègrent plusieurs caméras qui photographient en continu l’environnement. Ces données servent ensuite à générer (via un modèle d’IA non spécifié) les mystérieux Polaroids que les chiens évacuent. Beeple appelle ces images des « souvenirs », et explique dans le texte accompagnant son exposition : « Et si l’acte de regarder une œuvre n’était plus à sens unique, mais un échange où elle nous observe, apprend de nous et se souvient de nous ? »

Au total, 1 028 photos ont été capturées, selon le New York Post, dont 256 transformés en NFT certifiés, chacun étiqueté « Excrement Sample ».

Une présentation assez grotesque qui, sous couvert de réflexion sur la mémoire numérique, ressemble surtout à une gigantesque caricature de l’autorité culturelle que Beeple prétend dénoncer : un artiste plein au as qui se la joue le révolutionnaire avec des robots hors de prix (nous y reviendrons) faits de plastique et de métaux rares. La subversion a parfois le portefeuille bien lourd.

Zuckerberg
C’est glauque, mais certains crieront au génie. © Beeple

Une caricature vide de sens

Avec ses chiens Beeple chercherait à dénoncer le fait que les images auxquelles nous sommes exposés ne sont plus l’œuvre d’artistes, mais de quelques « architectes du réel ». Ces technos-milliardaires (grâce à qui il est devenu riche, rappelons-le) : « Il fut un temps où nous voyions le monde à travers les yeux des artistes. Aujourd’hui, ce sont Mark Zuckerberg et Elon qui façonnent ce que nous percevons », déclare-t-il au New York Post. C’est ce qu’on appelle cracher dans la soupe.

Les réactions du public ont été variées : sur Instagram, certains ont hurlé au cauchemar, d’autres semblaient plutôt médusés ou pantois. D’autres ont été convaincus par la prestation, un utilisateur du réseau avouant même : « J’en veux un ». Pas de chance : tous les chiens sont déjà vendus, 100 000 dollars pièce, probablement à des collectionneurs qui hésitent encore à les montrer dans leur salon ou à les enfermer très loin de leurs enfants.

Si satire il y a, elle s’épuise avant même de commencer : au fond, Beeple ne dénonce rien du tout puisqu’il reproduit servilement la logique des élites qu’il prétend pointer du doigt. Exhiber et spéculer ; une critique molle qui adopte les même pourtours de ce qu’elle prétend combattre n’en est plus une. La seule chose réellement subversive ici, c’est l’idée qu’un artiste multimillionnaire continue de se déguiser en rebelle alors qu’il alimente exactement le système qu’il prétend dynamiter. Ce qui est bien dommage d’ailleurs, Beeple n’est pas dénué de talent, loin de là ; sauf que dans le cas présent, il le dissout dans un bain de pseudo-dissidence qui n’inquiètera absolument personne. Encore moins les grosses têtes de la Silicon Valley qu’il voulait mettre dans son viseur.

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