Le 4 décembre 2025, à l’Assemblée nationale, tout s’est joué à trois voix. L’année dernière, les députés enterraient un article du budget de la Sécurité sociale censé imposer le Nutri-Score sur tous les emballages alimentaires du pays. Dix mois plus tard, le revoilà.
Le Nutri-Score revient sur le tapis
Bien connue des consommateurs, cette échelle de A à E, qui va du vert foncé au rouge, est censée résumer la qualité nutritionnelle d’un produit à partir de sa composition pour 100 g. Près de neuf ans après sa reconnaissance officielle, le Nutri-Score reste facultatif en France. Chaque marque décide seule si elle l’affiche ou non.
Cette semaine, le dossier a refait surface sur deux fronts. Le 7 octobre, la commission des affaires sociales devait se pencher sur une pétition citoyenne réclamant l’affichage obligatoire, déposée en novembre 2025 par des spécialistes. À l’époque, elle avait dépassé les 100 000 signatures, seuil qui permettait de lui ouvrir les portes de la commission. En parallèle, la députée socialiste Sandrine Runel, rapporteure de la pétition, avait déposé deux amendements au projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027.
Le premier rend le logo obligatoire sur les emballages, sous peine d’une amende reversée à l’Assurance maladie. Le second, plus contraignant, l’impose sur toutes les publicités alimentaires. Les produits sous AOP, AOC ou IGP en seraient toutefois exemptés, histoire de ne pas rouvrir la guerre du fromage et de la charcuterie qui avait animé le Sénat l’an dernier. Les deux textes seront discutés juste après l’article qui crée une « taxe sucre », calquée sur la taxe soda.
Les marques ne sont pas ravies
Sur le papier, le Nutri-Score a tout gagné. Selon Santé publique France, sa notoriété atteignait 99 % en 2025. D’après NielsenIQ, 63 % des consommateurs déclarent y prêter attention en 2026, contre 14 % en 2019. Et 94 % des Français se disent favorables à son affichage obligatoire, rappelle l’exposé des motifs de la proposition de loi déposée par Sandrine Runel en mars.
Dans les rayons, la réalité est nettement plus timide. D’après les données NielsenIQ reprises par la Fondation Jean-Jaurès, seuls 41,3 % des références alimentaires affichaient le logo en 2026, contre 38,7 % en 2024. Moins de trois points gagnés en deux ans.
Pire, certains font carrément marche arrière. Selon un pointage de l’UFC-Que Choisir réalisé à partir des listes de Santé publique France, 86 entreprises ont retiré le Nutri-Score d’au moins une de leurs marques entre 2025 et 2026. Cette vague de départs suit l’arrivée du nouvel algorithme, officialisé en France en mars 2025 et plus sévère avec les produits sucrés, les boissons lactées et les édulcorants.
Le dispositif semble pourtant porter ses fruits. Selon l’UFC-Que Choisir, la part de céréales du petit-déjeuner classées A, B ou C est passée de 8 à 38 % en sept ans. Un affichage visible pousse vraisemblablement les marques à reformuler leurs recettes, et donc à revoir des chaînes de production entières.
L’autre levier est juridique. La ministre de la Santé d’alors, Stéphanie Rist, s’était opposée aux amendements de 2025 au motif qu’ils contreviendraient au droit européen. Une lecture contestée par Serge Hercberg, qui brandit l’article 36 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui autorise des dérogations à la libre circulation des marchandises pour protéger la santé publique.