C’est une enquête de la cellule investigation de France Info publiée le 28 février 2025 qui vient remettre sur le tapis, l’épineuse question du Nutri-score. La Commission européenne aurait renoncé à rendre la notation obligatoire dans l’ensemble des 27 pays membres. Cette décision, révélée par des documents internes obtenus par l’ONG Foodwatch, marque un tournant dans une bataille qui oppose depuis plusieurs années partisans de la transparence nutritionnelle et lobbies agroalimentaires.
Pas de Nutri-Score obligatoire en Europe
Créé en France en 2017, le Nutri-Score s’est rapidement imposé comme une référence en matière d’étiquetage nutritionnel. Ce système, fondé sur cinq lettres (de A à E) associées à cinq couleurs (du vert au rouge), permet d’évaluer en un coup d’œil la qualité nutritionnelle d’un produit alimentaire. Sa force réside dans sa simplicité d’utilisation pour le grand public, autant que dans sa légitimité nutritionnelle. Près de 150 études attestent de ses bénéfices pour la santé publique. Actuellement, sept pays européens ont adopté ce logo nutritionnel : la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, l’Espagne, et la Suisse (hors UE). En France, il figure désormais sur 60% des produits vendus en supermarché, mais son utilisation reste volontaire pour les marques.
En mai 2020, dans le cadre de son Pacte vert, la Commission européenne avait dévoilé sa stratégie “Farm to fork” (“de la ferme à la fourchette”). Ce plan ambitieux prévoyait notamment la création, à l’horizon fin 2022, d’un logo nutritionnel harmonisé et obligatoire sur le devant des emballages dans toute l’Union européenne. Le Nutri-Score faisait figure de favori, étant le seul logo répondant à tous les critères formulés par la Commission.
En octobre 2021, les députés européens approuvaient dans son principe l’idée d’un logo nutritionnel obligatoire. Mais depuis, la Commission n’a formulé aucune proposition législative concrète. Selon les documents révélés par Radio France, la Commission a finalement décidé que “la proposition de l’UE ne copie/collera aucun système existant“, sonnant, de facto, l’abandon du Nutri-Score comme standard européen obligatoire.
L’Italie contre le Nutri-Score
La principale opposition au Nutri-Score est venue d’Italie, avec la Première ministre Giorgia Meloni. Issue du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, elle a qualifié le Nutri-Score de “folie” qui nuirait aux produits locaux fabriqués dans le pays. Cette résistance italienne s’est traduite par une intense campagne de lobbying auprès des institutions européennes. D’après les documents obtenus par l’ONG Foodwatch, la Commission aurait tenu “17 réunions avec des opposants au Nutri-Score ou des intérêts commerciaux et seulement deux avec la société civile“.
Parmi les arguments avancés par les opposants italiens, on trouve l’idée que le Nutri-Score défavoriserait les produits traditionnels italiens comme les fromages ou charcuteries. Un argument réfuté par les scientifiques qui soulignent que la notation dépend uniquement des teneurs en sel et en acides gras saturés, indépendamment de l’origine du produit.
Reste que malgré le revers italien, le Nutri-Score continue de gagner du terrain. Selon les informations de Radio France, la Finlande souhaite l’adopter, de même que les Émirats arabes unis, où 61% des adultes sont en surpoids. Ce dernier envisagerait même de le rendre obligatoire. En France toutefois, le système fait face à de nouveaux défis. En septembre 2024, Danone, l’un des plus fervents soutiens du Nutri-Score, a annoncé retirer de ses yaourts à boire Actimel, Danonino, Hi-Pro et Activia du système de notation. Cette décision faisait suite à l’adoption en 2023 d’un nouvel algorithme plus strict, qui a notamment reclassé les yaourts à boire dans la catégorie des boissons, leur attribuant des notes D ou E en raison de leur forte teneur en sucre.
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