Nintendo est-il sur le point d’abandonner le format physique comme Sony l’a annoncé il y a peu ? Bill van Zyll, vice-président de Nintendo pour l’Amérique latine, a discuté de ce sujet à la Brasil Game Show 2026, au micro de la chaîne YouTube Coelho no Japão. La déclaration tombe pile trois mois après l’annonce de Sony, qui arrêtera de presser des disques PlayStation dès janvier 2028. Sur le papier, Nintendo devrait donc le dernier constructeur à défendre le jeu en boîte. Dans les faits, c’est un peu plus compliqué.
Nintendo garde la cartouche, « pour l’instant »
Le discours de Bill van Zyll est clair. Nintendo n’aurait aucune préférence historique pour un format, écouterait avant tout ce que veulent les joueurs, et la Switch 2 propose les deux. Conclusion du dirigeant, il n’y a actuellement pas de projet d’abandon du physique, parce que les fans y tiennent.
Il ajoute que l’Amérique latine, et le Brésil en tête, est encore plus attachée aux boîtes que le reste du monde avec la possibilité de les prêter et de les revendre quand on en a fait le tour.
Petite ironie au passage. Ce même Bill van Zyll était celui qui avait annoncé en 2015 que Nintendo arrêtait de distribuer ses jeux physiques au Brésil, à cause des taxes à l’importation. Onze ans plus tard, il se pose en défenseur de la cartouche, comme quoi.
Reste un détail qui compte : « pas de plans » ne veut pas dire « jamais ». Le dirigeant parle de la stratégie actuelle, pas d’un engagement gravé dans le marbre.
Sony a ouvert la brèche
Si la question se pose aujourd’hui, c’est parce que Sony a franchi le pas. Tous les nouveaux jeux PlayStation sortis à partir de janvier 2028 seront exclusivement numériques. Les titres déjà disponibles ou lancés avant cette date gardent leur disque, mais la messe est dite.
La justification de Sony tient en un chiffre : le dématérialisé représentait environ 80 % des ventes de jeux complets sur PlayStation lors de l’exercice 2025. Et Microsoft n’est pas en reste, puisque Xbox travaillerait sur un système de conversion des disques en versions numériques.
Pour Mat Piscatella, analyste chez Circana, Nintendo devrait rester le seul constructeur à produire du physique, au moins jusqu’à la fin de vie de la Switch 2. Big N n’a jamais été du genre à copier ses concurrents, et ce n’est pas maintenant que ça va commencer.
Les chiffres donnent raison à Nintendo
Chez Nintendo, le physique pèse encore lourd. Sur l’exercice clos fin mars 2026, le numérique représentait 54,6 % du chiffre d’affaires logiciel. Autrement dit, près de la moitié des ventes passait encore par les rayons.
Au premier trimestre de l’exercice en cours, le physique pesait 38,5 % des ventes. Ça paraît moins, mais le chiffre est trompeur : la part numérique inclut aussi le Nintendo Switch Online, les DLC, les mises à niveau Switch 2 Edition et les jeux uniquement dématérialisés. Sur les seuls jeux complets, la boîte reste un piliern, on est très loin des chiffres de Sony.
Un physique de moins en moins physique
Nintendo garde le physique, mais il y a tout de même une nuance à apporter. Premier problème, les Game-Key Cards. Ces cartouches ne contiennent pas le jeu, juste une clé qui déclenche le téléchargement. En février 2026, on comptait 56 jeux Switch 2 en Game-Key Card contre seulement 23 sorties physiques classiques. Et le public suit : aux États-Unis, leurs ventes ont grimpé de 631 % en 2026 selon Circana. Nintendo s’offre encore de vraies cartouches pour ses propres jeux, mais les éditeurs tiers ont largement choisi la solution la moins chère.
Vient ensuite le problème du prix. En France, Nintendo n’a même pas attendu mai 2026 pour faire payer la boîte plus cher. Mario Kart World s’affiche à 79,99 euros sur l’eShop, contre 89,99 euros en boîte. Donkey Kong Bananza, même punition : 69,99 euros en dématérialisé, 10 euros de plus en physique. Et Yoshi and the Mysterious Book suit la même règle, à 59,99 euros sur l’eShop contre 69,99 euros en prix conseillé pour la version boîte. Nintendo explique que produire et distribuer une cartouche coûte plus cher. Heureusement, les grandes surfaces fixent le prix des jeux en boîte et généralement, celui-ci est moins cher que sur l’eShop.
Alors, Nintendo va-t-il suivre Sony ?
Pas demain, et pas sur Switch 2, en tout cas. Les ventes physiques sont trop importantes, les marchés comme l’Amérique latine ou le Japon trop attachés à la boîte, et la cartouche fait partie de l’ADN de la marque depuis la NES.
Mais il ne faut pas se raconter d’histoires, le jour où le business en dématérialisé sera plus important, il y a de fortes chances pour que Nintendo y passe aussi. Entre des cartouches vides chez les éditeurs tiers et une version boîte facturée plus cher, tout pousse doucement le joueur vers l’eShop. Sony a choisi d’arracher le pansement d’un coup. Nintendo, lui, le décolle millimètre par millimètre. La vraie question n’est pas de savoir si la cartouche disparaîtra, mais si elle passera la génération suivante.