Comme nous vous l’annonçions il y a pile huit jours, la sonde MMX (Martian Moons eXploration) de la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency) s’est arrachée à la gravité terrestre avec succès. Le lanceur H3 a décollé depuis le complexe de lancement Yoshinobu du centre spatial de Tanegashima, au sud-ouest du Japon, hier, lundi 19 octobre à 21 h 41 heure française. Sur place, il était 4 h 41 du matin ; l’obscurité régnait sur le pas de tir et des milliers de personnes s’étaient levées pour suivre l’événement en direct.
La mission est portée par cinq agences spatiales différentes : la JAXA, la NASA, l’ESA (European Space Agency), le CNES (Centre national d’études spatiales) et le DLR (Centre aérospatial allemand – Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt) a été approuvé en février 2020, et son coût total est estimé à 578 millions de dollars. Pour rappel, celle-ci vise à se poser sur Phobos, la plus grande des deux lunes de Mars à l’aide du rover franco-allemand Idefix, et à y prélever des échantillons pour les rapporter sur Terre en 2031. « C’est une chance unique dans une vie. Nous participons à la première mission de retour d’échantillons depuis le système martien », a déclaré Markus Grebenstein, responsable du rover Idefix au Centre aérospatial allemand (DLR).
🚀ロケット見えた?
本日早朝、火星衛星探査機(MMX)をH3ロケットで打ち上げました。打上げの様子はYouTubeでもご覧いただけます。
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たくさんの応援ありがとうございました!— JAXA(宇宙航空研究開発機構) (@JAXA_jp) October 20, 2026
Le H3 réussit son baptême interplanétaire avec MMX
Il s’agissait du dixième tir pour le lanceur H3 (développé par la JAXA et Mitsubishi Heavy Industries), mais de son tout premier voyage interplanétaire. Pour l’occasion, il se présentait dans sa variante la plus puissante (H3-24L), qui bénéficie de 12 142 kN de poussée totale, combinant ses deux moteurs LE-9 à hydrogène et oxygène liquides et quatre boosters à propergol solide fixés autour du corps central. La sonde MMX, qui pèse près de 4 500 kg au total (dont 1 900 kg de propergol destiné à ses propres manœuvres une fois dans l’espace), était confinée sous un carénage de 5,27 mètres de diamètre au sommet du lanceur, haut de 63 mètres.
La séquence d’ascension s’est enchaînée sans accroc au-dessus du Pacifique : les quatre boosters, à sec après deux minutes de poussée, se sont décrochés deux par deux du corps central ; le carénage protégeant la sonde s’est ouvert environ 80 secondes après, et le premier étage a achevé sa combustion à cinq minutes de vol.
Le second étage a alors allumé son unique propulseur pour placer MMX en orbite d’attente à quelques centaines de kilomètres d’altitude. Une heure et quatre minutes après le décollage, il a rallumé son moteur pour délivrer six minutes et demie de poussée pour propulser MMX à environ 39 000 km/h. À cette vitesse, la sonde a pu échapper à la gravité terrestre et s’est engagée sur sa trajectoire interplanétaire.
La séparation entre MMX et le H3 a été confirmée à 71 minutes de vol ; la sonde a déployé ses panneaux solaires et entamé son transit de dix mois vers Mars. Dans la salle de contrôle de Tanegashima, les équipes de la JAXA, ont laissé éclater leur soulagement. « Il y a énormément d’adrénaline, d’excitation et de stupéfaction », a réagi Tom Statler, astrophysicien à la NASA et membre de l’équipe scientifique de la mission.
Phobos et Deimos : dix grammes pour déterminer leur origine
MMX vole désormais de ses propres ailes et devrait atteindre l’orbite de Mars en août 2027, si tout se passe comme prévu. Elle larguera ensuite Idefix à la surface de Phobos fin 2028 ou début 2029 et se posera elle-même à sa surface à deux reprises, pour y collecter au moins 10 grammes de régolithe. Une fois les prélèvements terminés, MMX survolera plusieurs fois Deimos (la seconde lune de Mars, plus petite) puis quittera le système martien en novembre 2030.
Elle entamera alors un transit retour d’un an vers la Terre, au terme duquel elle larguera sa capsule d’échantillons au-dessus de l’Australie en 2031. Celle-ci se posera dans la zone interdite de Woomera une immense zone militaire et spatiale située dans le désert d’Australie-Méridionale, à environ 450 km au nord-nord-ouest d’Adélaïde, le même site qui avait accueilli les échantillons de l’astéroïde Ryugu rapportés par la sonde Hayabusa2 en décembre 2020. Une fois au sol, les dix grammes de régolithe de Phobos seront répartis entre les agences partenaires pour analyse, dont 15 % sont déjà réservés pour la NASA. À terme, les travaux conduits sur les échantillons permettront aux chercheurs de trancher définitivement sur l’origine de Phobos et Deimos et d’enfin savoir si ces deux corps célestes sont les vestiges d’un impact géant qui a frappé Mars ou des astéroïdes capturés par la gravité de la planète rouge. Un débat qui n’a toujours pas trouvé réponse depuis leur découverte en août 1877 par l’astronome américain Asaph Hall, depuis l’Observatoire naval des États-Unis à Washington.