Pendant des années, Withings a gagné sa vie en vendant des balances, des montres et des tensiomètres réputés pour leur fiabilité et la précision de leurs données, en s’appuyant notamment sur des études cliniques. La société française est même devenue une référence en matière de santé connectée, forte de cette expérience bâtie depuis près de 20 ans. Les mesures accumulées dans son application, elles, n’étaient pas vraiment valorisées.
Mais en 20 ans, les technologies ont énormément évolué, avec l’arrivée de l’IA générative qui a changé la donne. Selon la marque, des services comme ChatGPT Health ou Bevel analysent gratuitement les données produites par ses appareils là où Withings n’en tire aucun profit et doit investir massivement dans la R&D. C’est pour cette raison que l’entreprise française va désormais contraindre ses nouveaux utilisateurs à souscrire à un abonnement à Withings+ pour envoyer leurs mesures dans Apple Santé, Google Health Connect ou encore Strava.
“Une décision dure à prendre”
“Il y a des décisions qui sont dures à prendre, c’est sûrement la plus dure”, a justifié Vincent Brand, chef de produit digital chez Withings à nos confrères de Numera. “On pense que c’est la meilleure pour la longévité de Withings. […] On évolue dans un monde où, pour nous et pas mal d’entreprises, la valeur a bougé. Ce qui faisait notre valeur hier, c’était le hardware, les études cliniques. Les gens achetaient des produits. Aujourd’hui, la valeur, c’est la donnée.”
Désormais, quiconque crée un compte Withings depuis le 13 octobre dernier devra passer par l’abonnement payant s’il veut profiter de la synchronisation automatique avec son app de santé préférée. En s’inscrivant, ils voient apparaître un écran d’abonnement au moment de relier l’app Withings à Apple Santé ou autre, leur forçant en quelque sorte la main. “Les comptes créés avant le 13 octobre 2026 ne seront jamais concernés par ce changement”, rassure la société sur sa page d’assistance. “Les personnes qui nous ont fait confiance il y a un an, cinq ans, dix ans ne sont pas impactées par ce changement de business model.”
Cette décision risque de faire énormément parler, surtout que Withings est considéré comme un acteur vendant des produits santé haut de gamme. La balance connectée la moins chère de la société coûte la bagatelle de 100 €, alors que de nombreuses sociétés chinoises proposent des balances intelligentes pour moins de 30 €. “C’est une question de survie, l’entreprise doit être robuste”, ajoute M. Brand.
Quid aux yeux de la loi ?
L’introduction d’une telle fonctionnalité payante soulève toutefois quelques questions, auxquelles le géant français de la santé numérique répond sans détour. Il a notamment été question de la légalité d’un tel processus. Les clients conserveront-ils un accès gratuit à leurs données, comme le prévoit la loi ? “L’exportation de données via CSV, PDF, Health Link, c’est gratuit. Tout ça, c’est la loi.” Rien n’oblige en revanche Withings a assurer, et surtout gratuitement, la synchronisation automatique vers Santé ou Health Connect.
Il est notamment question du prix des machines de Withings. La société propose des accessoires fiables et de qualité, mais qui sont loin d’être accessibles à toutes les bourses, surtout s’il faut passer par un abonnement à 9,99 € par mois ou 99,99 € par an. Elle a toutefois laissé entendre qu’elle pourrait baisser le prix de ses produits dans un avenir proche, et ce, pour rivaliser avec des outils chinois ou étrangers bien moins chers.