Ken Kutaragi, le créateur de la toute première PlayStation, estime que l’ère des consoles touche peut-être à sa fin. Il parle d’un danger « bien réel » de voir l’âge des consoles de jeu arriver à son terme. Et quand on additionne ses propos à tout ce que Sony a annoncé ces derniers mois, le tableau devient assez clair : la console avec son lecteur, ses boîtes sur l’étagère et son hardware à renouveler tous les sept ans vit probablement ses dernières années. Pas demain matin, mais bien plus vite qu’on ne le pense.
Tout dans le réseau
Le contexte d’abord. Kutaragi s’exprimait lors d’un long entretien avec The Game Business à la conférence Game Republic New Horizons, et c’est en fin d’échange qu’on lui a demandé ce qu’il pensait de la situation actuelle de PlayStation et Xbox.
Sa réponse tient en un constat : les machines coûtent beaucoup trop cher. Il rappelle que la PS4 était passée d’une architecture console à une architecture PC pour simplifier le développement, mais que le PC est aujourd’hui devenu hors de prix. Pourquoi continuer dans cette direction ?
Sa solution, c’est le réseau. Kutaragi cite Gemini et les autres plateformes d’IA qui tournent côté serveur, pas sur la machine elle même. Pour lui, ces services pourraient évoluer au point de rendre la console inutile. Attention quand même : il a insisté sur le fait qu’il s’agit de son avis personnel, pas de celui de Sony.
Et ce n’est pas un coup de tête. Il rappelle qu’à l’époque de la PS1 puis de la PS2, quand on lui demandait la suite, il répondait déjà que tout allait fusionner dans le réseau.
Pourquoi la fin des consoles semble plus proche que jamais
Parce que Sony est déjà en train de démonter la console classique, pièce par pièce. Le premier morceau à tomber, c’est le disque. Sony Interactive Entertainment a annoncé qu’il cesserait de produire des éditions disque des nouveaux jeux PlayStation en janvier 2028, tous les nouveaux titres devenant uniquement téléchargeables. Janvier 2028, c’est dans à peine plus de deux ans.
Et les chiffres expliquent tout. Sur le dernier exercice, seulement 22 % des copies de jeux vendues sur PlayStation l’étaient sur disque, contre 49 % six ans plus tôt et 73 % neuf ans plus tôt. En revenus, c’est encore plus brutal : les ventes de disques ne représentaient que 5 % du chiffre d’affaires logiciel de Sony, qui atteignait 2 640 milliards de yens. Autant dire que le disque ne pèse plus rien dans les comptes.
Kutaragi valide d’ailleurs totalement ce choix. Il reconnaît que la décision a créé des frictions avec les passionnés, mais juge qu’il n’est pas économiquement raisonnable pour PlayStation de continuer à investir dans les disques. Pour lui, personne ne réclame de support physique sur un smartphone, parce que les gens ont le sentiment de garder leur contenu, et la nostalgie du disque serait donc une affaire de mentalité.
Apparemment, il a complètement oublié l’aspect revente, le prêt et la préservation du côté des joueurs. Et le plus ironique, c’est que Sony a lui-même plaidé au tribunal qu’aucun consommateur raisonnable ne pense posséder les jeux achetés sur le PlayStation Store, ces achats n’étant qu’une licence révocable. Difficile de parler de « mentalité » quand le constructeur dit lui-même que vous ne possédez rien.
Le prix du hardware, le vrai problème des consoles
Les consoles et les PC n’ont jamais été aussi chers, et rien n’indique que ça va s’arranger. Même la prochaine génération semble coincée : Bloomberg rapportait en février que Sony envisagerait de repousser sa prochaine console à 2028-2029, en évoquant une pénurie de RAM.
Résultat, une PS6 qui arriverait pile au moment où les disques disparaissent, avec un prix qui risque d’atteindre les 1200 euros. Le modèle console tel qu’on le connaît, celui d’une machine accessible qui baisse de prix avec le temps, est clairement à bout de souffle. Pour quelqu’un qui a lancé la PS3 à 600 euros, Kutaragi est bien placé pour savoir qu’un hardware trop cher, ça finit mal.
L’IA peut-elle vraiment remplacer les consoles d’ici 2029 ?
Début octobre, Kutaragi avait déjà lancé une prédiction folle. Il estime que l’IA en temps réel devrait être capable de générer du contenu à la vitesse des consoles actuelles vers 2028-2029, et qu’à ce moment-là, tout le contenu changera. Il voit même le marché exploser : le marché mondial du jeu, aujourd’hui à plus de 30 000 milliards de yens, pourrait grimper autour de 3 000 000 milliards de yens. Oui, cent fois plus.
On va dire que c’est de l’enthousiasme ou qu’on fait face ici à l’Elon Musk japonais qui veut hyper son marché sur du vent. Ben oui, il faut garder en tête que Kutaragi n’est pas un observateur neutre. Il est aujourd’hui CEO d’Ascent Robotics et président de Cyber AI Entertainment, deux boîtes tournées vers l’IA. Qu’il prédise un futur dominé par l’IA, ça n’a rien de très surprenant.
Alors, la PS6 sera la dernière ?
La PS6 sortira très probablement sous une forme plutôt classique. Mais il faut s’attendre à ce qu’il y ai plus de disques en 2028, du tout numérique, des machines de plus en plus chères et des constructeurs qui rêvent de cloud. La console qu’on a connue, celle qu’on branche, dans laquelle on glisse un jeu et qu’on garde trente ans chez soi est déjà en train de disparaître.
Kutaragi se trompe peut-être sur l’IA qui générerait nos jeux en temps réel d’ici 2029. Mais sur le fond, il y a fort à parier que la console de salon telle qu’on la connaît vit sa dernière génération.