Un plongeur avalé tout cru par un cachalot, qui se bastonne avec un calamar géant avant de se lier d’amitié avec une petite méduse. Non, vous ne rêvez pas. C’est le pitch du nouveau projet de la 20th Century Fox. Porté par Austin Abrams et Josh Brolin, Englouti veut faire trembler les claustrophobes, les thalassophobes et tout ce qu’il y a entre les deux. Pas question ici d’une proposition purement horrifique, mais d’un thriller tendu sur fond de réflexion sur la parentalité.
De quoi ça parle ?
Au large de la côte californienne, Jay part à la recherche de la dépouille de son père disparu un an plus tôt. Alors qu’il sonde les profondeurs marines, le jeune plongeur se retrouve soudainement avalé par un énorme cachalot. Dans l’estomac du mammifère marin, il doit se débattre avec un calamar, trouver la porte de sortie… le tout avec à peine une heure d’oxygène. Le compte à rebours est lancé et les leçons de vies transmises par son père pourraient être la clé de la survie.

Horreur viscérale
Qu’on se le dise tout de suite, les espaces confinés, c’est pas vraiment notre came. L’autrice de ces lignes préfère éviter les ascenseurs de peur de s’y retrouver coincée. Les fonds marins ? Pas plus envie de les explorer que ça. Brian Duffield s’attaque donc à des peurs très ancrées et presque universelles pour construire son long-métrage à la frontière entre le thriller, l’épouvante et le drame. Il a un peu plus d’une heure et demie pour nous faire passer l’envie d’aller barboter. Pari réussi ?
Dès que les hostilités sont lancées et que Jay rencontre l’énorme cétacé, sa caméra s’attache à construire une ambiance claustrophobe à souhait. Chacun de ses plans manque d’air, se concentre sur les détails du visage du héros et des entrailles du cachalot. Il s’amuse des déformations de son objectif pour renforcer la peur lancinante.

La réalisation est particulièrement efficace, parvenant à matérialiser un environnement que l’on ne pouvait jusqu’ici que se contenter d’imaginer : l’intérieur d’un cachalot. Les scènes avec le calamar sont maitrisées, Duffield parvient à faire coexister son héros, le mollusque et ses décors.
Un important travail sur le son accentue cette sensation d’enfermement. Il amplifie chaque blessure infligée à Jay et flirte avec l’insoutenable à certains moments. Englouti, sans être radicalement horrifique, joue avec le gore épidermique et organique. Les scènes les plus choquantes du roman prennent vie.
Les seules respirations dans cette proposition étouffante se trouvent du côté des flashbacks mettant en scène Jay et son paternel campé par Josh Brolin. Encore que. Avec un montage alterné particulièrement efficace, Englouti dépeint une relation père-fils aussi compliquée qu’elle est utile au protagoniste.

Ces interactions déclenchent une nouvelle étape dans ce survival horror qui n’est pas sans rappeler les jeux vidéo du genre. Jay trouve un item, tente un truc… et échoue. Une mécanique qui fonctionne particulièrement bien sur la première heure, qui relance l’intérêt et qui permet à Englouti de se démarquer du tout venant des propositions du genre. Mais derrière cette histoire de survie en milieu très hostile, se cache surtout une réflexion sur la paternité.
Les dents du père
Le film de Brian Duffield, comme le roman de Daniel Kraus, interroge le deuil et la manière dont il construit un fils. De bien des manières, Jay doit échapper au cachalot comme il doit échapper à l’ombre de son père qui plane. Mitt Gardiner est violent, dur et ne comprend pas la sensibilité de son fils. Une scène se démarque particulièrement, dont l’intensité est mise en lumière par l’impeccable jeu d’Austin Abrams et Josh Brolin. Les deux acteurs ont déjà partagé l’écran à trois reprises, leur complicité est évidente.
Le plus jeune des deux s’illustre en particulier, son succès récent n’est pas volé. Avec peu de dialogue, il fait vivre Jay dans toute sa contradiction. Le personnage principal est rongé par la culpabilité, autant qu’il déteste la manière dont son paternel lui a enseigné les choses. À ce jeu-là, le film est assez malin. Il permet à Brolin de lâcher les chevaux, après avoir montré sa fin au travers d’une ouverture sobre, mais forte.

Cétacé !
Sauf que voilà, ce procédé presque philosophique, qui consiste à faire du cachalot une réincarnation de son père, montre ses limites à l’approche du grand final. Le thriller nerveux bascule vers drame et peine à faire coexister ces deux approches. Englouti devient alors une proposition trop bavarde, qui avale toute subtilité pour construire sa conclusion.
La peur cède la place au pathos. L’approche viscérale de Brian Duffield, coscénariste et réalisateur, se dilue tandis que le film devient soudainement didactique. Ce qu’il suggérait jusqu’ici, le long-métrage finit par l’expliquer par les dialogues. Le silence, assourdissant dans la première moitié, est remplacé par d’interminables laïus sur l’amour filial et le deuil.
Au bout du compte, on n’attend moins que Jay sorte du cachalot pour le soulagement de le voir survivre que pour celui d’enfin échapper à ces discussions larmoyantes. On garde donc un film, qui, dans sa majorité, est un tour de force technique et narratif et on met sous le tapis le final raté. La pilule est moins dure à avaler parce qu’on a pris un plaisir certain à découvrir comment Jay allait s’en sortir.