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Critique Superman : James Gunn signe-t-il le film de superhéros ultime ?

Un genre devenu moribond, un nouvel univers obligé de faire ses preuves, une concurrence qui ne fera aucun cadeau… Des obstacles que devait survoler Superman pour convaincre. Et avec la manière ?

Le nouvel opus de Jurassic World dévore actuellement les billets verts, Les 4 Fantastiques arrive en s’appuyant sur l’expérience Marvel et sur l’aura de Pedro Pascal. Et au milieu, Superman renaît de ses cendres au sein d’un tout nouvel univers qui n’attend que le Kryptonien pour entamer son expansion entre les mains de James Gunn et Peter Safran. Beaucoup de responsabilités pour un seul homme, même si celui-ci est super.

Pourtant, le moment n’a jamais semblé aussi opportun. Avec un MCU aux portes du désespoir, obligé de ramener ses anciennes têtes et de compter sur ses Avengers pour retrouver de la prestance au box-office, beaucoup – dont la majorité de notre rédaction – pense qu’une ère peut s’ouvrir pour les superhéros DC, après l’échec de leur précédent essai entre les mains de Snyder. Faut-il encore que la première pierre à l’édifice soit bien posée.

Actif depuis quelques années, Superman entend accomplir sa mission d’aider l’humanité en agissant aux quatre coins du monde. Sauf que cela entraîne des répercussions sur le plan de la diplomatie internationale qui fragilise sa position de sauveur. Le génie milliardaire Lex Luthor y voit une faille à exploiter pour se débarrasser définitivement du Kryptonien. Superman va devoir compter sur toute l’aide disponible et surtout sur l’amour de Lois Lane pour parvenir à rester fidèle à ce qu’il est.

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© Warner Bros

Le film sur les superhéros ultime ?

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le projet a rapidement abandonné le “Legacy” de son titre. Bien qu’il flirte avec le film de Richard Donner qui restera le Magnum Opus de l’encapé – du moins pour une génération -, ce Superman n’a de comparable qu’une vision idéaliste de son personnage.

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© Warner Bros

Pour le reste, James Gunn montre combien il demeure un grand amoureux des comics en signant non pas un film de superhéros, mais un film sur les superhéros. Ici, nous ne sommes pas invités à accueillir ces êtres fantastiques dans notre monde, avec cette touche de cynisme et d’humour, non, ce sont eux qui nous accueillent dans leur monde. Dès l’introduction, le scénariste et réalisateur nous entraîne dans une aventure de Superman, comme nous ouvririons un comics.

En deux trois phrases, le cinéaste nous rappelle ce que tout le monde connaît par cœur autour d’un bébé alien atterrissant à Smallville et pris en charge par les Kent avant d’entrer directement dans le cœur du récit, du personnage et du monde DC. Gunn ne nous prend pas par la main pour nous planter le contexte petit à petit et on comprend l’origine de ses déclarations autour d’un univers partagé différent de ce dont nous avons l’habitude sur grand écran. D’entrée de jeu, il installe les bases : cet univers est déjà formé, les métahumains coexistent avec la population et le futur DCU nous proposera simplement d’en suivre ses représentants.

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© Warner Bros

C’est tout le paradoxe de ce Superman, être la nouvelle porte d’entrée d’une franchise tout en assumant qu’elle ne nous a pas attendus pour naître. Ces protagonistes existaient bien avant nous et on ne fera que les accompagner dans des situations qui auront pour objectif de nous faire comprendre ce qu’ils représentent. Une façon d’alléger le long-métrage en surexposition et de provoquer des interactions bien plus naturelles.

Le film balaie ainsi notre crainte de voir un casting trop élargi faire de l’ombre à l’Homme d’acier. Au contraire, tout le monde fonctionne en symbiose pour donner à la fois de l’épaisseur à cet univers – il suffit d’une scène pour comprendre le lien unissant les autres membres Justice – et, surtout, cela vient renforcer ce qui fait de ce Superman un superhéros différent.

Un S qui symbolise l’espoir

Si Snyder avait pris le parti de jouer avec la figure divine de son Superman, Gunn réalise un film sur l’héroïsme dans sa forme la plus pure. Kal-El n’est pas un dieu, c’est un homme mettant ses capacités au service de l’humanité. Ses pouvoirs mis à part, il a toutes les forces et les faiblesses de ceux qu’il entend protéger, et ce qui le rend vraiment exceptionnel, c’est sa vision naïve du monde.

Le long-métrage ne se cache pas d’être politique, épousant la nature migratoire de son héros tout en pointant ostensiblement du doigt un certain conflit, ici bien évidemment réimaginé, mais-pas-trop-quand-même. Une représentation peut-être facile et peu subtile, néanmoins qui épouse le regard de son personnage.

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© Warner Bros

C’est parce qu’il fait des erreurs, très humaines, qu’on s’attache à lui. C’est parce qu’il pense d’abord aux autres qu’il fait du bien. On n’est pas devant quelqu’un de torturé qui va parvenir à trouver le bon en lui pour devenir une meilleure personne, il est déjà cette meilleure personne. Qu’est-ce qui rend Superman extraordinaire ? Ses pouvoirs ? Non, son incroyable gentillesse.

Gunn va questionner son héros sur les notions de pouvoir et de devoir, de justice et de morale, et il n’y a rien de plus doux que de le voir essayer de sauver tout le monde. Ce n’est pas un film de super, c’est un film de héros, coloré, optimiste, qui n’a pas peur d’assumer sa trop grande gentillesse. David Corenswet incarne un Clark Kent lumineux, même dans ses moments les plus dramatiques, qui nous pousse irrémédiablement à vouloir croire en lui. Et cela fait du bien.

Un film de son auteur qui n’a pas peur d’être clivant

Tout y est réfléchi et à sa juste place, y compris dans un casting sans aucune fausse note qu’on a très envie de retrouver rapidement. Rachel Brosnahan est une Lois Lane proactive et opiniâtre comme on l’aime, Nicholas Hoult un Lex Luthor superbement machiavélique, Nathan Fillion un Guy Gardner tête à claques… chacun participe, à sa manière, à l’amour qu’on porte à ce Superman.

James Gunn nous livre une proposition jusqu’au-boutiste qui va assurément diviser le public. Ce n’est pas le film qui convaincra les sceptiques, mais il est exactement ce que l’on pouvait imaginer entre les mains d’un cinéaste assumant chacun de ses choix, scénaristique ou graphique. Même l’humour est particulièrement bien dosé et bien placé. C’est une œuvre sincère, fidèle à son héros et à l’esprit des comics, y compris dans une mise en scène et des effets spéciaux qui peuvent dérouter.

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© Warner Bros

Car oui, il est facile de pester contre des scènes d’action manquant parfois d’inventivité, un Krypto un poil surexposé (on s’en doutait), et un scénario globalement léger. Et ce, dans un secteur concurrentiel. Tout ce qui l’empêchera peut-être d’être un film qui marquera son temps, comme ce fût le cas de son aîné de 1978. Mais ce n’est vraiment pas ce qui importe ici, tant on sent que l’intérêt de Gunn était ailleurs, dans celui de nous donner des étoiles dans les yeux à la vision d’un S sur une poitrine apparaissant à l’écran.

Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville, et surtout si vous n’aimez pas l’Homme d’acier, Gunn vous invite à aller vous faire… Au sein d’un genre à bout de souffle qui s’effondre film après film, le patron du DCU nous rappelle qu’il peut être bon de regarder à nouveau vers le haut.

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Notre avis

Tout le monde ne va pas aimer ce Superman et on peut le comprendre. Le film est le pur produit du style James Gunn tout en assumant sa dimension super-héroïque. Néanmoins, qu'on aime ou non, c'est indéniablement un film Superman, fidèle, généreux, et qui nous rappelle combien le personnage peut également être important comme figure de proue d'un optimisme qui ne devrait pas avoir peur de se cacher. Dans un monde bien grisâtre, il y a à nouveau du bleu dans le ciel.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 8 / 10

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