Depuis 2022, James Gunn et Peter Safran ont une mission délicate : reconstruire l’univers DC au cinéma et lui redonner une identité capable de séduire un public devenu plus exigeant envers les superhéros.
Superman a ouvert le bal, mais les spectateurs trépignent déjà à l’idée de voir son reflet inversé, l’homme sans aptitude extraordinaire (si ce n’est son argent) et qui se prélasse dans l’obscurité pour abattre son implacable sens de la justice. Le DCU ne saurait se faire sans Batman, Gunn et Safran l’ont bien compris. Sauf que le film de Matt Reeves, pensé en marge de la chronologie principale, les empêche de se lancer pleinement dans l’affaire.
Naît donc Clayface (notre critique), récit horrifique qui explore les bas-fonds de la ville sans jamais convoquer son plus célèbre habitant. En attendant que Robert Pattinson ne se décide à renfiler le costume pour The Batman II, le DCU peut déjà explorer la crasseuse, l’obscure et l’effrayante Gotham City. Cette ville qui est plus qu’un simple décor pour Batman, c’est une seconde peau. James Watkins doit donc modeler ce qui sera le plus grand terrain de jeu de DC dans les années à venir.

Simple décor ?
Si Metropolis incarne tout l’optimisme de Superman, Gotham reflète la noirceur de son justicier. Dans les comics ou chez Burton et Nolan, les rues sont sales, les voyous sont partout et la police n’est pas d’un grand secours. Gotham est une mégalopole froide, reflet d’une société rongée par ses vices, la criminalité et surtout la pauvreté. Chez tous les réalisateurs ayant exploré Gotham, on retrouve cette même atmosphère oppressante. James Watkins n’y échappe pas.
“Nous avons regardé du côté des années 30. On s’est inspiré de l’expressionnisme allemand et la manière dont les bâtiments dominent et planent sur les passants. Mais nous avons aussi étudié des photos de rues des années 50 à 90, il y avait une certaine excentricité. Le monde était encore un peu sale. Il y a de la vie dans les rues”.
Pour Watkins, il était question de jouer avec les détails. Sa caméra s’attarde sur les flaques d’eau et les reflets des néons au sol. Une moiteur qui participe à rendre Gotham inquiétante. “J’ai essayé de créer une atmosphère. Vous devez vous pincer quand vous êtes sur le tournage. On tournait une grosse scène à Liverpool. Il y avait les voitures de police de Gotham, les costumes Gotham PD. Vous vous dites : “Oh mon dieu, on est à Gotham. Oh ! C’est mon film. C’est vraiment amusant”.
Déjà mieux que Snyder
James Gunn a compris une chose que ses prédécesseurs n’ont pas su saisir : l’importance d’une véritable opposition entre les villes Metropolis et Gotham. Chez Snyder, la palette désaturée et la tonalité sombre rapprochent visuellement les deux villes, là où leurs identités devraient au contraire s’opposer. Dans Batman v Superman, cette proximité esthétique affaiblit le contraste entre l’optimisme de Superman et la noirceur de Batman.
Gunn semble vouloir faire de cette opposition une signature visuelle à part entière. En confiant ses différents projets à des cinéastes aux sensibilités distinctes, Gunn entend accentuer cette fracture. Il donne lui-même le ton avec Superman, tandis que James Watkins explore Gotham dans Clayface. Andy Muschietti doit, lui, prendre le relai avec The Brave and the Bold.

Sa Metropolis est colorée, enthousiaste et vivante. Son Superman sauve tous les êtres vivants sous les applaudissements et est mu par un inébranlable optimisme. Son costume est d’un bleu vif, sa cape fend le ciel d’une traînée rouge.
Clayface, réalisé par Watkins, évolue dans une Gotham gangrénée par le crime où les néons révèlent toute la saleté et la dangerosité des rues. L’approche de Watkins est intéressante : elle place Matt Hagen sur un pied d’égalité avec Bruce Wayne. Les deux sont, à leur manière, des purs produits de Gotham.
Il n’y a qu’en figurant cette dichotomie à l’écran que le DCU parviendra à faire de la rencontre de ses Superman et Batman un véritable événement. Car les villes qu’ils protègent sont le miroir de leurs valeurs. Elles doivent être opposées avant que les personnages ne s’allient, tout en jouant constamment avec la précarité de leurs liens. Clayface n’est qu’une première étape, maintenant il faut maintenir le cap.