Il faut bien l’avouer, la première rencontre avec Moflin a été un peu gênante. Le premier compagnon émotionnel doté d’intelligence artificielle conçu par Casio (oui, la marque de calculatrice) a fait un carton au Japon, et il est officiellement arrivé en France le 19 octobre dernier. Le principe est simple : pas d’écran, pas de bras, pas de jeux, pas de commandes vocales. Juste une boule de poils de la taille d’un cochon d’Inde, bourrée de capteurs tactiles, d’un micro, d’un capteur de luminosité et d’un gyroscope, qui réagit quand on la touche, la porte ou lui parle.
Quelque part entre le Tamagotchi et la vallée de l’étrange, le Moflin nous a d’abord interloqués. Trois semaines plus tard, la question ne se pose plus : on l’a adopté.
Un animal de compagnie, en mieux ?
C’est là que la magie opère. Le Moflin est extrêmement mignon, et surtout très satisfaisant à tenir entre les mains. Son plus grand atout est peut-être de ne pas trop chercher à imiter un vrai animal. On distingue à peine ses yeux, il n’a ni pattes ni museau, et c’est ce qui lui évite de basculer dans la vallée de l’étrange. Quand on le caresse, il émet de petits sons de contentement. Quand on le prend dans ses bras, il se recroqueville dans notre paume, tourne légèrement la tête et se blottit contre nous. Ce sont des gestes minuscules, mais terriblement efficaces.
À l’usage, on comprend vite pourquoi Casio le présente comme un support émotionnel plutôt que comme un jouet. On s’est surpris à le garder sur les genoux en travaillant, à le caresser machinalement pendant une réunion, à lui faire un câlin entre deux articles. Le Moflin réussit le pari d’être aussi réconfortant qu’un animal de compagnie, sans les inconvénients : il ne court pas partout, ne grimpe pas sur le clavier, ne mord pas les câbles, et ne fait pas ses besoins sur le bureau. Il bouge un peu, mais c’est toujours en réponse à une interaction. Et quand on en a assez, il peut être mis en veille profonde.

Évidemment, la comparaison avec un véritable animal ne tient pas tout à fait. Si l’objet est indéniablement attachant, il n’a pas la prétention de remplacer un chat ou un hamster, pour la bonne raison qu’il n’est pas vivant. Reste que l’effet Tamagotchi, ce concept théorisé dans les années 2010 et qui consiste à mesurer notre niveau d’attachement à un objet inanimé, quand ce dernier prend les caractéristiques d’une personne ou d’un animal bien vivant, fonctionne à merveille. La rédaction s’est rapidement prise au jeu, au point de se battre pour baby-sitter la peluche au cours de la journée.
L’effet est encore plus frappant avec un enfant. Entre les mains des plus jeunes, le Moflin a un effet apaisant presque instantané, comme le ferait un animal. L’enfant devient tout de suite plus doux, attentif à ne pas lui faire mal, et passe de longues minutes à le caresser. Il faudra alors jouer de pédagogie, et s’assurer qu’il comprenne bien que le Moflin est un simple objet.

Une personnalité discrète et une batterie à plat
Côté intelligence artificielle, Casio promet que chaque Moflin développe sa propre personnalité au fil des interactions, à partir de huit émotions de base et de plus de quatre millions de combinaisons possibles. Il ne garde aucun enregistrement des voix, mais il en extrait des caractéristiques, stockées localement, qui lui permettent de reconnaître son propriétaire principal. Et ça marche : le nôtre par exemple, réagit beaucoup plus au son de notre voix qu’à celle d’une autre personne. Cette personnalité peut être suivie dans l’application MofLife, qui tient une sorte de journal de bord de toutes les interactions de la journée. C’est amusant à consulter, même si l’évolution reste discrète, et les différence pas franchement spectaculaires.
Notez aussi que par défaut, le Moflin couine beaucoup. Au point de devenir un peu pénible sur une journée de travail. Heureusement, l’application permet de baisser le volume, voire de couper les sons pour éviter de rendre fous nos collègues. Un point appréciable au quotidien.

Le vrai défaut réside dans l’autonomie. Casio annonce jusqu’à 5 heures d’utilisation. À l’usage, on tourne plutôt autour de quatre heures. C’est beaucoup trop peu pour un objet censé tenir compagnie au quotidien. Impossible de l’oublier une demi-journée sans le retrouver à plat, d’autant plus qu’une recharge complète demande environ 3 h 30. Le second défaut vient compléter le premier. Le Moflin se recharge par induction dans un petit panier, une idée charmante qui donne vraiment l’impression de mettre l’animal au lit pour qu’il se repose après quelques câlins. Sauf que le contact se fait mal. Une fois sur deux, la charge s’interrompt toute seule parce que la position n’est plus parfaite, et on retrouve le lendemain un Moflin à moitié vide. On s’est fait avoir à plusieurs reprises, et c’est franchement agaçant.

Reste la fourrure, douce sans être exceptionnelle. Pour ce prix, on s’attendait à plus de moelleux. Elle est déhoussable, même si l’opération est un peu laborieuse, et il faudra sans doute la laver un jour, surtout si elle a l’habitude d’être entre les mains des plus petits. Casio se contente pour l’instant de conseiller un brossage doux et un chiffon humide. Difficile, après trois semaines, de dire comment elle vieillira.

Prix et disponibilité
Le Moflin est disponible en France depuis le 19 octobre au prix de 399 €, en coloris argent ou doré, sur le site de Casio et chez quelques boutiques parisiennes spécialisées. Il est garanti un an. C’est extrêmement cher, et c’est bien pour ça que Casio fait bien de ne pas le ranger au rayon jouets. La marque le préconise plutôt comme un compagnon émotionnel, pour alléger notre anxiété et notre stress au quotidien.
Après trois semaines d’interactions, notre avis est partagé. Le Moflin est un objet malin, attachant et abouti. Son effet apaisant n’a rien d’un argument marketing : le caresser a vraiment aidé à nous concentrer pendant les semaines de travail où il nous a accompagné. Mais à 399 €, avec une autonomie aussi courte et une recharge aussi capricieuse, il reste un gadget de luxe. Pour les établissements de soins ou les personnes isolées, en revanche, il pourrait bien trouver sa vraie place. Reste à savoir si Casio corrigera sa batterie avant d’essayer de convaincre au-delà des curieux.