Chroniques du WE : Google de la Recherche à la Reconnaissance

Chronique

Par Lâm le

Comme toute grande marque qui se respecte, Google possède sa conférence développeurs dédiée, I/O. L’occasion de présenter les avancées maison, de créer du networking et bien sûr, d’envoyer des messages forts.

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Le plein d’annonces officielles, de messages officieux et d’objectifs en filigranes. On profite de cette chronique pour vous expliquer en quoi Google va faire mal, mais aussi pourquoi Google n’est pas encore assez bien armé pour aller chercher certains concurrents…

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IO LES MECS

Le programme de ces journées fût abondant en annonces maison, dont voici un petit récapitulatif :

Froyo
Pas de surprise de ce côté-là. Android 2.2 aka Froyo évolue plus en terme de performances que de features, pour rester dans le peloton de tête, dans une année 2010 qui s’annonce chaude (WinMo 7, Web OS sauce HP, iPhone OS 4). Petites piques à Apple, avec le support de Flash 10.1 et le streaming d’iTune de manière totalement légale.

Chrome Web Store
Petite surprise, un appstore intégré dans un navigateur. L’approche paraît un peu étrange, quand la mode actuelle dicte des logiciels dédiés (Steam, iTunes, Spotify). Disponible de manière integrée dans Chrome le navigateur, puis Chrome l’OS, ce store symbolisera la stratégie du tout web apps prônée par Google. Il reste cependant beaucoup de questions autour : comment acheter, consommer, partager, synchroniser toutes ces apps ? Combien de devices pourront y accéder ?

WebM
Moins surprenant, mais tout de même bien gros, le nouveau format vidéo WebM, basé sur le codec VP8. Ce dernier, autant soutenu par Mozilla et Opera que par Adobe, devrait amorcer un standard ouvert de vidéo, que tout le monde réclamait depuis quelques temps. Évidemment, c’est le H264 qui est en ligne de mire, codec supporté par Apple et Microsoft. À lire, cet excellente synthèse du cas WebM/VP8.

Wave et Buzz
Les deux dernières expériences de la marque sont enfin accessibles pour tous. Vu le flou dans lequel on tombe quand on s’y essaye, on ne va pas vraiment s’attarder sur ces points…

Google TV
Sûrement LA grosse annonce de cette édition 2010 d’I/O : la prise d’assaut de l’écran historique par Google. Alors que beaucoup se sont cassé les dents sur ce mythe de « smartTV » (qui a dit Apple TV ?), le géant de Mountain View y arrive avec la même approche que pour Androïd : une solution ouverte, destinée à apporter un maximum de contenus quelque soit leur source, et ce, sous une bannière d’une recherche unique.

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//DON’T BE EVIL, BE RICH

Derrière toutes ces annonces, quels messages voyons-nous ? Des classiques, et des nouveaux.

Évidemment, Google reste sur ses bases, à savoir lancer une flopée de produits, gratuits et basés sur des standards ouverts. Et le pire, c’est qu’ils marchent : Gmail, Docs, Search, Maps, Android font clairement partie des meilleurs de leur genre et la marque ne va pas s’arrêter là. Mais qu’est-ce qui fait courir Google, hors de son gentil mantra « Don’t be Evil » ? L’argent, évidemment.

À force de s’attarder sur ses multiples facettes, on en vient à trop souvent prendre à la légère que Google est d’abord une régie publicitaire. La plus grande du monde. Et que cette régie a constamment besoin de nouvelles surfaces d’affichage pour diffuser plus, gagner plus.
Un ami travaillant chez Google France m’avait il y a quelques temps exposé le plan d’une simplicité désarmante, puisque purement mécanique :

« Nous, on fait plein de bons produits gratuits pour une raison unique : que les gens aillent toujours plus sur le net. Ils auront alors plus de chance de tomber sur nos pubs. »

Un marché pour le moment accepté par les utilisateurs, quand on voit le succès d’Android ou de Youtube. Et puis, ce modèle vaut largement un autre, plus fermé et plus payant… D’où l’activité toujours grandissante de Google depuis quelques années, dépassant celle du simple moteur de recherche : Un webstore, un OS pour smartphone, un OS mobile, la télé… L’expansion nécessaire du terrain de jeu de Google est en marche depuis des années, mais la conférence de cette année l’a clairement annoncé. Au-delà de ces confirmations, Google a également déterré la hache de guerre contre Apple.

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//LA TENTATION DE CROQUER LA POMME

Si évidemment Android est un concurrent naturel d’iPhone, les deux entreprises avaient tenté jusque-là de garder un sourire de façade. « Oui, nous sommes deux sociétés tentaculaires et donc forcément, nos activités se chevauchent un peu, hein… » Mais le point de rupture que tout le monde voyait arriver et introduit avec le retrait de Schmidt du conseil d’Apple, est arrivé. Comme dans une vieille Keynote d’Apple au temps de l’anti Microsoft / Intel le plus radical, les piques et attaques anti Pomme ont complètement rythmé I/O. Du comparatif Froyo / iPhone OS à la critique ouverte d’Apple par Vic Gundotra (ponte chez Google) en passant par le copinage affiché avec Adobe, rien ne fût épargné.

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Un des slides de la keynote Froyo. Et méchant clin d’oeil à la légendaire pub « 1984 » d’Apple…

Et bien sûr, il suffit de regarder chaque annonce de Google cette année : un produit Apple se trouve dans le chemin. Et on ne vous parle parle du book et music store qui arrivent à grands pas… C’est désormais clair : Les deux sociétés, chacune à leur manière, veulent créer un écosystème global servant leur intérêt : hardware pour Apple, publicitaire pour Google.

Dans cette guerre désormais ouverte, Google semble posséder des armes redoutables : trésorerie infinie, excellente côte auprès des partenaires et des développeurs, image de plus en plus sulfureuse et critiquée d’Apple. Alors, Google peut-il passer du statut de géant discret à celui d’étendard industrialo-culturel ? Pas si sûr.

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//LA GRANDE MUETTE

Car le grand problème de Google, c’est son absence chronique de personnalité ou de charisme. Alors avant que vous ne dégainiez vos fourches, gardez bien à l’esprit que je parle de reconnaissance de masse, de grand public. Chez les geeks et les power users, Google est déjà omniprésent, mais nous ne sommes pas leur cible première, puisque les pubs, nous les évitons bien plus que les autres. D’où cet objectif clair de rentrer dans le grand marché de masse. Un domaine dans lequel Apple et Microsoft sont aujourd’hui largement introduits, via l’iPod ou Windows.

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Sexy en Diable…

Mais regardez Google. Search mis à part, la plupart des produits de la marque restent obscurs pour le grand public, lorsqu’ils sont maison (on ne parlera donc pas de rachats tels que Youtube, Blogger ou Picasa par exemple). Gmail, superbe client webmail pour les utilisateurs avancés, reste largement derrière Yahoo et Hotmail. Docs, Reader restent des produits longtemps sous le sceau du « beta », jamais vraiment vendus ou médiatisés hors des sphères enthousiastes.

Et l’on peut ajouter Buzz et Wave, dont les échecs relatifs montrent une certaine limitation dans la logique « laboratoire à ciel ouvert » de Google, qui passe pour le plus grand nombre pour une boîte à l’identité floue. Demandez simplement autour de vous ce que fait Google : la grande majorité des gens vous diront que c’est un moteur de recherche, point barre. Une frange vous parlera de la régie pub et une frange encore plus fine vous parlera des centaines de facettes de cette boîte, et auront compris sa logique.

En déclarant la guerre à Apple et en se jetant dans la grande bataille des networks pour télévision, le géant pourrait soudainement paraître lilliputien, de par son manque d’identité et d’image. Allez vendre à un client lambda de Darty le concept de Google TV… Car il faut ajouter que Google ne vend jamais de produit fini, mais plutôt des bases de produits. Android et bientôt Google TV en sont des symboles, puisque des plates-formes gratuites, ouvertes et pas très sexy en-soi, que chaque partenaire aura l’occasion de « pimper ». Une approche ouverte et intéressante, mais le grand public cherche lui à acheter en toute confiance et sans trop réfléchir. Le succès des produits Apple auprès du grand public tient également à ce qui nous hérisse les cheveux : des produits finis, fermés et léchés. Que demande de plus le peuple, après des années de technocratie aride ? Dans cette tendance, les labels « labs » et « beta » de Google font plus peur à leur nouvelle cible qu’autre chose ! Pour le grand public, une Google TV devrait être un objet, pas un protocole.

Pourtant, c’est ici que la bataille se joue. Google est toujours une régie publicitaire. Qui doit diffuser ses messages sur un maximum d’écrans possibles. Sur le web, c’est gagné. Sur les téléphones, l’avancée est bonne. Mais Eric Schmidt ne s’en cache pas : avec ses 4 milliards de téléspectateurs dans le monde et son marché de 70 milliards de dollars en publicité, la télé reste l’eldorado de Google. Une terre promise pas encore vraiment en vue, tant je pense que Google manque de cette étincelle pour se faire complètement comprendre du grand public, au-delà de son domaine initial d’expertise. On rajoutera à ce challenge celui de faire comprendre et de vendre le concept de « Smart TV », quand beaucoup s’y sont déjà cassé les dents, Apple compris.

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//I’M FEELING LUCKY, BUT SEXY ?

L’année 2010 est-elle celle de l’émancipation pour Google ? Sans doute. Le géant veut et doit s’étendre continuellement, quitte à marcher de plus en plus fort sur les plates-bandes de ses anciens partenaires. Ses armes : un capital sympathie et une flopée de produits de haut niveau, open et gratuits. Ses faiblesses ? Un manque d’identité et un côté « en travaux » qui ne l’aident pas à créer une image sexy et rassurante auprès du grand public. Il suffit de regarder l’icono et le nom des produits de la marque : aucune cohérence ne les lie.

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On attendra également la réaction des acteurs traditionnels du contenu télé et lorsque l’on voit comment tout Google et Apple et autres acteurs voulant muer des nouvelles technologies au média global luttent avec les producteurs de contenus (télé, musique, livre, etc.), ce n’est pas gagné d’avance. Don’t be evil – but don’t be transparent either.

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“Les chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas necessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.”

(Crédits images : divers et TechCrunch.com)