Chronique du WE : Kinect, plus ultra, plus tard

Chronique

Par Lâm le

Kinect, Kinect, Kinect…

C’est évidemment l’évènement vidéoludique de cette fin d’année qui nous vient tout droit de chez Microsoft et la curiosité opère. Cette vision du motion gaming est certainement la plus couillu et la plus risquée de la part du géant américain et rien que pour cela, Microsoft mérite d’être salué. (encore ?)

Pourtant, les questions restent. Je veux dire : les questions qui étaient là depuis le début n’ont pas disparu. Lorsque j’ai testé Kinect l’année dernière à l’E3, il s’appelait encore « Project Natal ». Et comme pas mal d’observateurs, j’ai été bluffé (par la technologie, par les possibilités), déçu (par le lag, par les premières démos) puis intrigué (par le sentiment que l’on a encore rien vu, c’est certain).

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En ce mois de Novembre, Kinect est enfin dispo. Nous l’avons revu à l’E3 de cette année, puis testé en version définitive. Et les avis ne changent pas trop : dans sa forme actuelle, Kinect déçoit un peu mais donne le vertige sur ses possibilités…

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//FAIRE LE DEUIL DES VIEUX FANTASMES

Saviez-vous que Kinect est à la base une technologie commandée pour l’armée israélienne ? Qu’Apple a eu l’opportunité de s’en emparer, avant que Microsoft ne saute dessus ? Toutes ces anecdotes ne sont pas gratuites : la technologie hardware et software derrière sont clairement impressionnantes, pour un accessoire à 150 euros. Mais le soucis, c’est que Microsoft n’a pas (encore) pensé plus loin que le bout de son nez, côté jeux.
Ces derniers attendus, traditionnels, peu inspirés et peu novateurs, déçoivent. A quoi bon posséder une technologie monstrueuse et innovante, si c’est pour singer ce que fait le concurrent, 3 ans après le concurrent ? (mon jugement est le même pour Sony et son Move). Kinect, c’est du motion Gaming, mais cela ne signifie pas qu’il excelle et pêche là où on l’attend…

La plus grande déception de Kinect vient de ces vieux fantasmes tenaces liés à la spacialisation et l’entrée en jeu du corps. Ainsi, on nous vend souvent des jeux de combat avec ce pitch toujours survendu : « vous pourrez mettre de vrais coups et entrer dans le jeu ! » Que nenni. L’essence de la violence n’est pas tant dans le mouvement que dans l’impact. Frapper dans le vide montre très vite ses limites et si l’on n’est pas un petit vieux tout nerveux, c’est compliqué

De manière moins tranchée mais tout aussi réelle, les jeux de sport montrent les limites du modèle « rien d’autre que vous » du Kinect. Pour jouer au tennis, il est tout simplement plus naturel de tenir un objet en main, de ressentir des vibrations lors de la frappe. C’est ici que les approches de Nintendo et Sony ont plus leur carte à jouer et Kinect semble marquer un pas en arrière dans l’expérience. Pas étonnant que Sony axe une partie de sa communication Move sur le fait qu’il y a des boutons et un objet physique.

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//LA BOITE DE PANDORE

Que reste-t-il à Kinect alors, puisque les jeux de sport et d’action sont les mamelles actuelles du motion gaming ? Oh, plein de choses. Dance Central est un premier signe et montre bien la puissance de Kinect (comparez donc sa reconnaissance de mouvement à celle demandée dans un Just Dance sur Wii) tout comme sa pertinence : ici, il est bien plus naturel de ne gérer aucun autre controleur que son corps.

Voici donc le premier challenge de Kinect : ne pas tenter d’adapter tout type de jeu à sa nature, mais bien comprendre là où ça passe et là où ça casse. Un premier pas sera alors franchi pour asseoir l’accessoire. Une gamme de jeu vraiment appropriée est un minimum à mon sens, mais ce n’est pas ce qui m’excite le plus. Car maintenant, j’attends les Kinect hacks.

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes, pourraient devenir passionnantes. Car les bidouilleurs, les artistes et même les game designers (dingue) ont flairé le terrain de jeu énorme qui se cache dans ce petit boitier plein de capteurs. Et je les suis totalement.
Je pense que Kinect est le plus gros potentiel technologique de ces dernières années, après 2007, année du motion gaming made in Nintendo et du tactile made in Apple… Deux technologies « déjà connues », dont personne ne pouvait comprendre la portée à leur annonce et qui ont explosé, redéfini les limites du jeu et plus encore.

Sous l’impulsion de la société Adafruit (spécialisée dans le bidouillage Open source et dirigée par des pontes de la communauté MAKE comme Philip Torrone), une course au reverse engineering, hack et à l’ouverture des pilotes de Kinect a débuté et déjà bien avancé. Depuis quelques jours, on voit déjà des dizaines de modifications, d’expérimentations et de déviations de l’appareil magique de Microsoft, qui laissent augurer du meilleur.

Interactive Puppet Prototype with Xbox Kinect from Theo Watson on Vimeo.

//LES LIMITES DE NOTRE IMAGINATION

A froid comme cela, si je vous demandai ce que nous pourrions faire d’un Kinect débridé, il vous serait très difficile de me proposer des projets pertinents, novateurs et originaux.

Posons donc ses principales technologies :

– Reconnaissance précise du corps (placement, articulations)
– Reconnaissance faciale
– Reconnaissance vocale
– Se branche sur divers plate-formes (PC, Xbox…)

On sent que les possibilités sont infinies, mais la sensation (avérée) de n’en gratter que la surface est frustante. J’ai pensé hier soir à quelques applications qui me botteraient :

  • – Un Glee interactif. On matte un épisode et intégré aux phases de chant, un karaoké sans micro, jouable à plusieurs
  • – Un jeu vidéo de hacking basé sur nos fantasmes SF des années 80 / 90. On affronterait un autre joueur en ligne. Un en défense de système, l’autre essayant de s’y engouffrer avec plein d’interfaces visuels, de blocs à déplacer, d’instructions vocales à votre console, comme dans les meilleurs oeuvres de CyberPunk !
  • – Non, pas de sexe. Aucun retour « physique » = encore un faux fantasme lié au Kinect (et quel fantasme).
  • – Branché sur un voiture radiocommandé ou un équivalent d’AR Drone, Kinect pourrait drastiquement augmenter les possibilités de réalité augmentée, de reconnaissance d’environnement.
  • – Un outil de présentation surpuissant : vous êtes filmés par Kinect et les gens qui reçoivent la transmission peuvent vous voir bouger des objets, changer des graphiques à l’écran.
  • – Dans le jeu vidéo, une manière totalement différente de penser HUD et commandes. Me taper des délires de pilote de robot géant japonais plongé dans un interface totale ? Oui.
  • – De la projection holographique simplifiée, en jouant sur les capteurs de profondeur de l’appareil.
  • – Des installations artistiques où les visiteurs seraient reprojetés avec des textures, des apparences différentes en temps réel.
  • – etc.

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//LICORNE QUI SOMMEILLE RECHERCHE CAVALIERS A LA HAUTEUR

Et ce « etc. » compte car je suis persuadé que rien n’a encore été fait, notamment sur les expériences collectives. Je me rappelle avoir douté, à la sortie de l’iPad, sur ce qu’il pourrait apporter de plus par rapport à un iPhone en terme d’expérience de jeu. Et j’ai lu l’interview d’un développeur indépendant qui m’a fait mentir en une phrase « avec sa taille, l’écran de l’iPad peut devenir le nouveau jeu de plateaux à plusieurs, un jeu de société dont nous pourrions redéfinir les règles et les limites« .

Kinect, c’est la même chose : une créature magique, encore bridée et sous-exploitée. Une créature dont le potentiel appelle naturellement créatifs, artistes et inventeurs… Et développeurs de jeu, évidemment. Cela n’arrive pas tous les jours dans le monde des accessoires de consoles de jeu.

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Update : Evidemment, Microsoft, après la protestation de rigueur, fait bien de laisser les bidouilleurs trouver le concept qui tue pour Kinect

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“Les Chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.”