Censure sur Youtube : la justice donne raison à Dieudonné contre l’UEJF

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Par Elodie le

Dans l’une de ses vidéos, Dieudonné appelait à « résister » à Manuel Valls, s’en prenant à lui suite à un discours dans lequel il proclamait que les juifs de France était « à l’avant-garde de la République ». Saisi en référé par l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) qui réclamait la suppression de la vidéo de Youtube, le Tribunal de Grande Instance de Paris a refusé d’exercer cette censure.

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capture d’écran – Youtube

Début avril, Dieudonné publiait une vidéo faisant suite à la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre – rebaptisé pour l’occasion El Blancos – et dénonçait son discours prononcé quelques jours plus tôt, le 19 mars, au Trocadéro. Ce passage en particulier dans lequel le Premier ministre s’adresse aux juifs de France :

Soyez fiers d’être Français, soyez fiers d’être Juifs, Soyez fiers d’être Juifs et Français, Soyez fiers de le proclamer au monde, les Juifs de France sont plus que jamais des Français à l’avant-garde de la République et de nos valeurs.

Dieudonné avait alors vivement réagi : J’ai envie de m’adresser évidemment à l’arrière-garde de la République que nous sommes, toute la merdasse, la chair à canon, la chair à consommation […]. À vous, non juifs de France […] Nous ne sommes pas cette avant-garde, vous êtes tolérés, vous êtes là pour servir l’avant-garde ». Il appelait alors à « résister ».

Précédemment, l’UEJF, tout comme le CRIF, avait déjà demandé à Youtube de faire en sorte que les vidéos de Dieudonné soient moins mises en avant sur sa plateforme, comme le précise Numerama. « La popularité des thèses de Dieudonné dans l’espace public est avant tout causée par la propagation virale dont bénéficient ses vidéos, pourtant illégales« , justifiait alors l’association.

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Cette fois-ci, l’UEJF a directement saisi le Tribunal de Grande Instance en référé afin de stopper la diffusion de cette vidéo, vue plus de 2 millions de fois, l’estimant susceptible de constituer un délit de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard des Juifs. Fait assez rare, le parquet s’était associé à cette demande, comme le souligne Le Parisien.

En sus du retrait de la vidéo, l’UEJF réclamait 50 000€ de dommages et intérêts à reverser au Mémorial de la Shoah et l’obtention du texte du prochain spectacle de Dieudonné que l’humoriste avait intitulé dans sa vidéo : « Incitation à la haine ».

Las, vendredi dernier, le TGI a débouté l’UEJF. Le tribunal, tout en estimant que les propos incriminés « pouvaient légitimement heurter et choquer », a jugé qu’ils visaient « principalement à stigmatiser et jeter le discrédit sur Manuel Valls, et à dénoncer le statut privilégié que le ministre de l’Intérieur reconnaîtrait aux juifs de France ».
Le juge rappelant par ailleurs leur querelle ancienne : « les prises de position [de Manuel Valls] hostiles au défendeur [Dieudonné] et les mesures mises en œuvre à son encontre sont de notoriété publique ».

Concernant la demande ayant trait au prochain spectacle de Dieudonné, le juge estime « qu’en l’état les associations ne justifient pas, au vu de la teneur de la seule annonce faite par [Dieudonné] de son prochain spectacle, d’un motif suffisamment légitime pour procéder à une mesure aussi restrictive de la liberté d’expression ».

Sacha Reingewirtz, président de l’UEJF, a estimé « impossible de le laisser s’abriter derrière la liberté d’expression alors qu’il est le principal propagateur de haine ». L’avocat des associations, Me Stéphane Lilti, a annoncé vouloir interjeter appel.

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