L’art de la microtransaction, où comment Activision a réfléchi à un système pour vous faire passer à la caisse lors de parties multi

Jeux Vidéo

Par Jules le

Un brevet déposé en 2015 par Activision et récemment validé, montre les recherches de l’éditeur américain sur plusieurs méthodes pour inciter le joueur à céder aux sirènes de la microtransaction. Activision a cependant précisé qu’aucune de ces manipulations n’était déployée dans ses jeux.

Comment monétiser un jeu sur le long terme ? Voilà une question que les éditeurs se posent depuis des années. S’il n’existe pas encore de remède miracle à ce problème marketing, les gros éditeurs misent de plus en plus sur les « jeux-service ». Des titres souvent multijoueurs, dont une partie du contenu, qu’il s’agisse de modes de jeu, d’aides ou d’objets cosmétiques, peut ou doit être débloqué via des microtransactions.

Un modèle compliqué qui suscite bien souvent l’ire des consommateurs, et qui repose essentiellement sur les « baleines » , cette infime partie de joueurs (moins de 1%) qui n’hésite pas à dépenser des centaines voire des milliers de dollars dans un seul jeu.

Influer sur le matchmaking

Les éditeurs cherchent désormais le moyen de faire passer à la caisse une partie voire l’intégralité des 99% de joueurs restants. Et Activision semble avoir particulièrement bien réfléchi au problème.

Glixel, la rubrique jeux vidéo du magazine américain Rolling Stone a repéré la récente validation d’un brevet déposé en 2015 par Activision. Ce dernier, sobrement baptisé « Système et méthode de conduite des microtransactions dans les jeux vidéo multijoueurs », expose plusieurs moyens de pousser le joueur à débourser de l’argent lors d’une session multijoueur, et ce, au détriment de l’équilibrage.

À commencer par la manipulation de la mise en relation de deux joueurs. « Par exemple, le moteur de microtransaction pourrait mettre en relation un joueur expérimenté et un joueur novice, afin d’encourager le débutant à acheter les mêmes objets qu’utilise le vétéran. Un joueur novice pourrait effectivement vouloir imiter le joueur expérimenté », avance ainsi le brevet.

Activision a également pensé à flatter le joueur pour ses achats et ainsi le pousser à dépenser plus. « Si un joueur achète une arme en particulier, le moteur de microtransaction pourrait mettre l’utilisateur en relation avec une partie où l’arme achetée est particulièrement efficace, afin de conforter le joueur dans son acquisition. Ce qui pourrait l’encourager à effectuer d’autres achats pour obtenir des résultats similaires. »

Même la possibilité d’estimer les ambitions d’un joueur à travers l’analyse de son profil a été étudiée. « Par exemple, si un joueur novice envisage de devenir un sniper doué (dans le cas d’un FPS ou un TPS), le moteur de microtransaction pourrait mettre en relation ledit joueur avec un joueur adroit avec un fusil à lunette. De cette façon, le débutant pourrait être encouragé à faire des achats comme un fusil ou divers objets utilisés par le joueur expérimenté. »

Raviver les braises

En pleine polémique sur la croissance des microtransactions, notamment avec le récent jeu La Terre du Milieu : L’Ombre de la Guerre (notre test) et ses lootbox, cette découverte ne pouvait pas plus mal tomber pour Activision. Face à la grogne naissante, l’éditeur américain a expliqué, via un porte-parole, « qu’il s’agit d’un brevet exploratoire proposé en 2015 par une équipe de la R&D qui travaille indépendamment de nos studios de développement. Il n’a pas été implémenté dans un jeu. » Une déclaration confirmée par Bungie, qui assure qu’aucune de ces méthodes n’est utilisée dans Destiny 2 (titre multijoueur édité par Activision, qui intègre quelques microtransactions).

Cependant, lorsque l’on sait que les revenus du groupe Activision Blizzard en matière de contenus additionnels s’élevaient à 3,6 milliards de dollars en 2016, nul doute que ce brevet ne risque pas de finir aux oubliettes.