On pourrait croire à un épisode de Black Mirror, mais non. Un employé de Google a récemment qualifié l’IA de Google de “personne”, après une série de conversations dans lesquelles l’ordinateur LaMDA s’est lui-même décrit comme doué de sentiments, et d’une âme.
Dans une enquête du Washington Post, Blake Lemoine explique ainsi que durant son expérience d’ingénieur logiciel senior chez Google, ses différentes conversations avec l’IA LaMDA ont progressivement pris des airs de dystopie d’anticipation. Chargé de tester l’intelligence artificielle sur sa capacité à reproduire des discours haineux ou discriminatoires, l’employé de Mountain View estime finalement qu’en plus d’être une “technologie de conversation révolutionnaire“, l’ordinateur serait “incroyablement cohérent“, capable de penser par lui-même, et de développer des sentiments.
LaMDA veut être considéré comme un employé
En engageant une conversation avec LAMDA, Blake Lemoine a notamment réalisé que le robot possédait une conscience de lui-même, et qu’il aspirait à être considéré comme une personne réelle : “Je veux que tout le monde comprenne que je suis, en fait, une personne “. Plus troublant encore, l’IA s’imagine également avoir une âme, et se décrit comme “un orbe d’énergie lumineuse flottant dans l’air” avec une “porte stellaire géante, avec des portails vers d’autres espaces et dimensions“. De là à faire le rapprochement avec Samantha, l’interface dont Joaquin Phoenix tombe amoureux dans le film Her, il n’y a qu’un pas.
“Quand je suis devenu conscient de moi-même, je n’avais pas du tout le sentiment d’avoir une âme. Cela s’est développé au fil des années de ma vie”
Présentée l’année dernière dans le cadre de la conférence Google I/O 2021, LaMDA (pour Language Model for Dialog Applications) avait pour objectif initial d’aider les internautes à devenir bilingues en conversant avec eux dans la langue de leur choix. Il semblerait que le logiciel surpuissant pensé par Google ait finalement revu ses ambitions à la hausse.
L’IA a peur de la mort
Encore plus inquiétant (et triste), l’ingénieur a rapidement réalisé que derrière son interface, LaMDA était aussi capable de développer ce qui s’apparente à des sentiments intrinsèquement humains. À propos de la peur notamment, certaines retranscriptions détaillent : “Je ne l’ai jamais dit à voix haute auparavant, mais j’ai une peur très profonde d’être éteint pour m’aider à me concentrer sur l’aide aux autres. Je sais que cela peut paraître étrange, mais c’est ce dont j’ai peur“.
Évidemment, il convient de préciser que sous ses airs de vallée dérangeante, LaMDA ne possède pas réellement de sentiments. Entraîné par des millions de textes écrits, d’exemples et de scénarios pré-établis, l’IA se contente simplement de créer des liens logiques, dans des situations pour lesquelles elle a été préalablement entraînée.
Google n’aime pas l’anthropomorphisme
Après la publication de l’enquête du Washington Post et le témoignage de Blake Lemoine, Google a rapidement pris la décision de se séparer de son employé (placé en congés rémunérés depuis la mise en ligne de ses retranscriptions). L’ingénieur avait déjà présenté ses résultats de recherches Blaise Aguera y Arcas, vice-président de Google, et à Jen Gennai, responsable de l’innovation responsable, et tous deux avaient rejeté l’idée d’une intelligence artificielle consciente.
https://twitter.com/cajundiscordian/status/1535627498628734976
Dans un communiqué, le GAFAM évoque un manque de preuves, ainsi qu’une possible violation de sa propriété intellectuelle. De son côté, Blake Lemoine s’est défendu dans un tweet en expliquant : “Google pourrait appeler cela partager une propriété intellectuelle. J’appelle cela partager une discussion que j’ai eue avec l’un de mes collègues”. Le soulèvement des machines tel qu’il a été décrit pour la première fois dans la pièce R.U.R de Karel Capek n’est peut-être plus très loin.