La crise sanitaire aura lourdement impacté l’industrie cinématographique. En plus de retarder le développement de nombreux projets, le Covid-19 a aussi forcé les salles obscures à garder portes closes pendant plusieurs mois. Les cinémas sont restés fermés pendant 162 jours en 2020 et 138 jours en 2021. Mais alors que la situation s’améliore à travers le globe, la reprise est plus compliquée que prévue pour le 7e art. Selon une étude du CNC, la fréquentation des cinémas en 2021 est en berne de 55 % par rapport à l’année 2019.
2019 était une année très prolifique pour le cinéma. Avant la crise sanitaire ne frappe de plein fouet l’Hexagone, le CNC indiquait qu’il s’agissait du deuxième niveau le plus haut observé ces cinq dernières années. 213,02 millions d’entrées ont été vendues. En 2021, seulement 95,5 millions de spectateurs se sont rendus dans les salles obscures.
L’année a néanmoins été marquée par plusieurs temps forts, à commencer par la Fête du Cinéma, les vacances scolaires d’octobre et décembre ainsi que les sorties de Spider-Man : No Way Home et Mourir peut attendre. Cela n’a néanmoins pas suffi à retrouver le niveau post-covid. Quelles sont les raisons de ce désamour des Français pour le grand écran ?
Une perte d’habitude
Pour beaucoup, la diminution des visites dans les cinémas français est une conséquence directe des fermetures consécutives en 2020 et 2021. Pour les personnes de 60 et plus, c’est la perte d’habitude qui est la cause principale de ce désamour pour le grand écran. En effet, 51 % des spectateurs seniors interrogés avancent cet argument. Chez les 35-59 ans, ils ne sont que 33 % a indiquer avoir perdu l’habitude, contre seulement 31 % chez les 15-34 ans.
Les conséquences de cette perte d’habitude sont nombreuses selon le CNC. En effet, la bande-annonce au cinéma représente encore la principale source d’information sur les films pour plus de 50 % des spectateurs. L’ouverture de la publicité au cinéma ne pallie que partiellement à cette moindre fréquentation des salles selon Vertigo et le CNC. Un cercle vicieux dont il est encore difficile de s’extraire, surtout en région parisienne où les spectateurs déclarent à 40 % aller moins souvent au cinéma.
Le prix du billet en cause ?
Alors que l’inflation frappe de plein fouet les consommateurs dans l’Hexagone, le prix du billet de cinéma pèse lourd sur le budget. Critique récurrente chez les spectateurs, le tarif des places de cinéma a augmenté ces dernières années. En avril 2021, le prix moyen d’une place de cinéma était de 6,69 euros, un tarif qui peut varier du simple au triple selon la région et les réductions pratiquées. En 2020, le prix moyen selon le CNC était de 6,63 euros. Au cours des dix dernières années, il a augmenté de 4,7 %.
Pour 36 % des spectateurs déclarant aller moins souvent au cinéma, c’est le budget alloué à ce loisir qui pèse le plus lourd dans la balance. Ce sont principalement les spectateurs âgés entre 35 et 60 ans qui trouvent le billet trop cher. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas en région parisienne que l’on se plaint le plus du prix du billet. (33 % contre 37 % pour les autres régions).
Une offre moins alléchante
Le programme des sorties pourrait-il aussi expliquer cette baisse de la fréquentation ? L’offre a été plus éclatée ces derniers mois, les blockbusters étant moins nombreux qu’à l’accoutumée. Néanmoins, Spider-Man : Far From Home a relancé les choses avec d’excellents résultats au box-office. Depuis le mois de janvier, c’est d’ailleurs un peu l’embouteillage dans les salles obscures. Chez Marvel, deux longs-métrages très attendus ont été dévoilés au public. Doctor Strange in the Multiverse of Madness ne sera d’ailleurs pas le seul film de la maison des idées à débarquer sur nos écrans cette année. On devrait en effet retrouver Thor pour un quatrième volet de ses aventures, alors que Black Panther 2 sans Chadwick Boseman débarquera en novembre.
On attend aussi la sortie d’Avatar 2, de plusieurs films d’animation comme Buzz l’Éclair ou encore des métrages DC Comics comme Black Adam. The Batman avait d’ailleurs fait forte impression auprès du public à sa sortie en mars dernier. Cela ne suffit pas pour certains spectateurs, qui indiquent ne trouver aucun film à leur goût. C’est particulièrement vrai chez les 60 et plus (30 %). Les 3-14 ans ne sont pas en reste avec 24 %. Il faut dire qu’à l’heure où Disney boude les salles de cinéma en France, l’offre côté animation est plus restreinte.
Les plateformes SVOD à blâmer ?
Disney annonçait en début de semaine que son film de Noël, rendez-vous crucial pour les cinémas, ne serait finalement pas projeté dans les salles obscures françaises. Dans son bras de fer avec le CNC, au sujet de la Chronologie des Médias, la firme a finalement décidé de serrer la vis pour obtenir gain de cause.
Résultat: ces productions familiales se retrouvent presque systématiquement sur les plateformes SVOD. C’était déjà le cas pour une bonne partie des films Pixar. Cette stratégie aura forcément un impact sur la fréquentation des salles à la fin de l’année, mais la présence des services SVOD se fait déjà ressentir selon le CNC.
Chez les spectateurs déclarant aller moins souvent ou plus du tout au cinéma, la préférence pour d’autres supports représente tout de même 26 %. Parmi eux, 35 % sont abonnés à des offres SVOD. C’est principalement le cas chez les 15-34 ans (36 %).
L’essor des offres du genre n’est pas nouveau, mais les confinements ont largement accéléré les choses. À la fin de l’année 2021, 10,5 millions de Français étaient abonnés à Netflix, contre seulement 5,9 au début de l’année 2019. Même son de cloche pour Amazon Prime Video, qui affiche désormais 6,1 millions d’abonnés sur le territoire (1,3 en 2019).
Le CNC et Médiamétrie temporisent en revanche, si le 1er confinement s’est traduit par l’explosion du nombre de SVODistes quotidien, la réouverture des cinémas a ralenti le phénomène. L’étude précise en revanche que l’instauration du passe sanitaire et du passe vaccinal semble avoir impacté positivement le marché de la SVOD.
L’évaluation des succès sur les différentes plateformes étant encore opaque, difficile de savoir si certaines sorties auront impacté négativement les cinémas. D’autant plus que parmi les abonnés Netflix, Disney+ ou Prime Video, ce sont globalement plutôt les séries qui obtiennent leurs faveurs. Elle représente ainsi le 1er type de programme regardé en vidéo à la demande. Seulement 20 % de la durée de visionnage mensuelle est captée par le cinéma. Des chiffres en nette progression par rapport à l’année passée, où les séries représentaient 73 % (septembre) des contenus vus sur 31 jours.
Reste à voir si l’année 2022 signera le retour du public au cinéma. Comme on le disait plus haut, de nombreux blockbusters sont attendus. Certains ont déjà cartonné, à l’instar de Top Gun : Maverick qui a créé la surprise en détrônant le Chevalier Noir de DC.