Les années 80, c’est un peu comme ton ex qui vient frapper à ta porte alors que tu as refait ta vie. Ça nous rappelle de bons souvenirs, mais on n’a pas non plus envie de déjeuner avec chaque lundi. Sauf qu’Hollywood aime ton ex et que les studios ont décidé – bien aidé par un public qui en redemande – d’essorer ta nostalgie jusqu’à plus soif. C’est donc avec une grande fatigue qu’on a accueilli la nouvelle d’un Top Gun 2 alors que Jurassic World, Star Wars version Disney, S.O.S. Fantômes, etc. s’étaient déjà bien employés à broyer / caresser dans le sens du poil (selon les goûts) notre enfance. Et c’est là que Top Gun : Maverick vient nous réveiller à vitesse Mach 1.8. Pourquoi ? Comment ? On a envie de dire que tout est dans le titre.

Pilote d’essai toujours aussi insubordonné, Peter « Maverick » Mitchell se voit confier une mission là où tout a commencé : à l’école Top Gun où l’on forme les meilleurs pilotes de l’armée de l’air américaine. Sur place, il va devoir enseigner à la plus prometteuse génération comment réussir une mission a priori impossible. Parmi eux, le lieutenant Bradley « Rooster » Bradshaw, le fils de son défunt coéquipier Goose. Maverick va devoir affronter ses démons s’il veut que tous reviennent vivants.

Un synopsis basique pour nous justifier que 36 ans après avoir défié l’autorité, emballé la fille, tuer des méchants et montrer à ses camarades qui était le patron, Tom Cruise revient défier l’autorité, emballer la fille, tué des méchants et montrer à ses camarades qui est toujours le patron. Sur le papier, on vous l’accorde, l’idée ne semble avoir aucune saveur et pourtant, c’est ce qui fait de Top Gun : Maverick une suite bien meilleure que l’original.
C’est dans les vieux pots…
Au risque de se faire quelques ennemis, on peut s’avouer que Top Gun premier du nom ne tient pas tant du culte que du plaisir coupable de voir le regretté Tony Scott jouer, avec la subtilité pachydermique qu’on lui connaissait et qu’on appréciait, la carte du patriotisme américain en mettant en scène des gros avions et des amitiés viriles cryptogay. On aime Top Gun parce qu’il permet volontairement qu’on s’en amuse et si Hot Shots ! est une parodie aussi exceptionnelle, c’est parce que le matériau de base était une invitation à la moquerie.

On craignait dès lors que Top Gun : Maverick dénature le côté nanar de son modèle en ne gardant que le nom, la star et l’amour du drapeau américain. Il en est rien. Au contraire, cette suite a décidé de ne presque rien changer et le prouve dès l’introduction sur une bande son désormais bien connue, suivie d’un Tom Cruise dépoussiérant les vestiges d’une époque qu’on pensait révolue. Romance inutile, rivalités masculines et torses nus sur la plage, Maverick est un Top Gun jusqu’au bout des ongles. À ceci près qu’il est beaucoup mieux.

Loin de s’embarrasser d’un prétexte fallacieux pour relancer la machine, le long-métrage n’a qu’une ambition et elle l’affiche dans ces premières minutes (juste après un faux raccord jour / nuit) : à une époque où on remplace les pilotes par des drones, ces derniers n’ont pas dit leur dernier mot. Difficile d’y voir autre chose qu’un message adressé à Hollywood par l’une des ultimes stars d’action à l’ancienne : remballez vos fonds verts et vos doublures numériques, ici on préfère quand ça sent vraiment le kérosène.

L’ensemble de Top Gun : Maverick transpire cette envie de ressusciter les films d’action où les effets n’étaient pas entièrement travaillés en post-production, notamment en plaçant son casting à bord de véritables F-18 (pilotés par des militaires). Un goût pour le réel qui se ressent immédiatement sur les visages et sur les séquences de vols où la caméra de Joseph Kosinski parvient à nous filer une adrénaline qu’on n’avait pas ressenti depuis bien longtemps. Si on pouvait se moquer de Top Gun, la version Maverick pose son affiche à côté de la définition de grand spectacle.
Un monument à la gloire de Tom Cruise
Pour les allergiques à Tom Cruise, Top Gun : Maverick risque d’être compliqué à visionner. Si le film se veut le représentant d’un certain cinéma, il est également (surtout ?) une publicité de deux heures pour celui dont la légende remplace désormais la réalité. Du nom de son personnage dans le titre jusqu’à une affiche seul en scène, le métrage est le symbole de ce que représente Tom Cruise aux yeux de Tom Cruise.

En 86, l’acteur monte, mais ne connaît pas encore la gloire populaire et il partage l’affiche avec sa partenaire Kelly McGillis. En 2022, l’homme, qui va fêter ses 60 ans, repousse constamment ses limites physiques en réalisant ses propres cascades et affiche toujours cette gueule d’éternel séducteur au sourire colgate (dont on peut se moquer sans parvenir à y résister).
Et si Tom Cruise a toujours su se raconter à travers sa filmographie, jamais un film n’aura porté l’exercice d’auto-contemplation à un tel paroxysme. Tout y est à son service avec une béatitude assumée. Que le problème soit militaire, personnel, sentimental, Maverick est la solution parce que Tom Cruise peut tout, pour tout le monde. Comment l’imaginer chez Marvel alors qu’au-delà d’un dégoût pour le fond vert, la star se voit déjà comme un super-héros ?

Le pire, c’est que cette glorification n’a rien d’usante et participe à la réussite d’un film puisqu’elle se présente comme un miroir de cette envie de redonner ses ailes à un certain cinéma. Là où sa génération passent la main, succombant à l’âge où aux nouvelles manières de faire, l’acteur continue de s’envoler comme s’il était le dernier de son espèce.