De nombreux êtres humains souffrent de maladies qui les forcent à s’injecter régulièrement différents types de médicaments pour rester en bonne santé. L’Américain Tim Friede est également coutumier de ce geste — mais pour des raisons très différentes : depuis une vingtaine d’années, il s’injecte régulièrement… du venin de serpent. Une démarche décidément surprenante, mais dont les résultats, assez spectaculaires, pourraient bénéficier à toute l’humanité.
L’intéressé a toujours été fasciné par ces reptiles, notamment les plus dangereux, qu’il collectionne depuis son adolescence. Pour lui, les pythons et couleuvres que l’on retrouve généralement dans les vivariums des particuliers n’ont que très peu d’intérêt. À la place de ces serpents relativement inoffensifs pour les humains, il privilégie les cobras, mambas, vipères, taïpans et autres espèces hautement venimeuses, dont la morsure peut être fatale.
Une question de vie ou de mort
Il a donc vite réalisé qu’il devait absolument trouver une stratégie pour éviter qu’un petit accident ne se transforme un jour en véritable tragédie. C’est ainsi qu’il a décidé de s’exposer directement à ces substances mortelles. Son but : forcer son organisme à développer une forme d’immunité, un peu à la manière d’un vaccin. Depuis bientôt vingt ans, il s’administre donc régulièrement des doses substantielles de venin — soit en se l’injectant sous forme diluée, soit en se laissant directement mordre par un de ses protégés aux crocs acérés.
Ces agressions récurrentes ont eu pour effet de stimuler son système immunitaire à un niveau assez spectaculaire. Au fil du temps, son corps a appris à produire des anticorps spécialisés dans la réponse contre ces agents toxiques, lui permettant de survivre à des morsures qui auraient probablement été fatales pour n’importe quel autre humain.
À l’origine, cette pratique curieuse n’avait qu’un seul objectif : limiter les risques associés à son hobby préféré. Mais ce que Friede ignorait à l’époque, c’est qu’il avait en fait lancé un processus qui, à terme, pourrait sauver des milliers de personnes aux quatre coins de la planète.
Un antivenin à large spectre
Un jour, il a été contacté par Jacob Glanville, PDG de Centivax, une entreprise spécialisée dans les biotechnologies qui développe notamment des antivenins. Friede a accepté de laisser les ingénieurs de la firme collecter ses anticorps survitaminés — sans doute uniques au monde — pour développer un sérum antivenin extrêmement performant.
Et les résultats ont été tout bonnement spectaculaires : après la première phase de tests, les chercheurs ont observé que ce cocktail était capable de protéger des souris contre le venin de 19 espèces de serpents, toutes classées parmi les plus dangereuses du monde.
Si ce résultat est si exceptionnel, c’est parce que les antivenins à large spectre sont rares et se limitent généralement à une grosse dizaine d’espèces au maximum. La grande majorité des antivenins connus ne fonctionnent qu’avec une espèce précise. Or, le fait que le système immunitaire de Friede ait été régulièrement exposé à un grand nombre d’espèces variées semble avoir rendu ses anticorps incroyablement polyvalents, d’où la versatilité de ce produit.
L’antivenin universel, Graal de la toxinologie
Et le plus intéressant, c’est qu’il ne s’agit peut-être que d’un début. Selon Centivax, ces travaux préliminaires pourraient bien ouvrir la voie au véritable Saint Graal de la toxinologie moderne : un antivenin universel, capable de protéger une personne contre la quasi-totalité des serpents les plus dangereux du monde.
Cela pourrait sembler presque anecdotique, sachant que les serpents ne constituent pas vraiment une menace de premier plan dans nos contrées. Mais un tel produit pourrait être absolument salvateur dans des pays où ces animaux sont une préoccupation de tous les instants. On pense par exemple à l’Australie, qui regorge d’espèces plus venimeuses les unes que les autres — dont le fameux taïpan du désert, qui produit le venin le plus puissant jamais enregistré chez un serpent.

Mais c’est encore plus vrai en Inde, en Amérique latine ou en Afrique subsaharienne, par exemple. Dans ces régions, les serpents dangereux ne se contentent pas d’être nombreux — ils sont aussi notoirement agressifs et diversifiés. On se retrouve donc avec un grand nombre de morsures potentiellement mortelles qui sont souvent difficiles à identifier, compliquant encore la prise en charge.
Pour couronner le tout, il existe plusieurs facteurs socio-économiques qui pèsent lourd dans la balance. Les populations rurales, par exemple, ont tendance à travailler sans chaussures, et sont donc encore plus exposées aux morsures. Tout sauf idéal quand les hôpitaux les plus proches sont parfois situés à plusieurs heures du lieu de l’accident, et qu’ils n’auront peut-être même pas accès au bon antivenin par manque de moyens.
Vous l’aurez compris : concevoir un antivenin quasiment universel serait un immense pas en avant dans la prise en charge de ce problème de santé publique qui coûte la vie à plus de 100 000 personnes chaque année. Il sera donc très intéressant de suivre les retombées de ces travaux potentiellement révolutionnaires, qui ont émergé d’une histoire particulièrement insolite.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.