Cette amnésie touche la mémoire épisodique et rend impossible la création de souvenirs lors des toutes premières années de la vie. Rassurez-vous, c’est entièrement normal. Voici les mécanismes derrière notre impossibilité à former des souvenirs de nos premières expérience de vie.
La science du développement de la mémoire
Pour mieux comprendre l’amnésie infantile, il faut d’abord distinguer les différents types de mémoire qui se développent pendant notre petite enfance. On distingue principalement la mémoire déclarative (ou explicite) et la mémoire non déclarative (ou implicite). La mémoire déclarative concerne le stockage conscient de faits concrets, d’événements, de lieux ou d’expériences, et se divise en mémoire sémantique (connaissance générale sur l’environnement) et mémoire épisodique (souvenirs d’événements ou d’expériences personnelles). La mémoire non déclarative, quant à elle, est inconsciente et englobe les compétences acquises, nos habitudes et nos conditionnements.
Chez les nourrissons, la mémoire sémantique semble se développer avant la mémoire épisodique. C’est en utilisant cette forme de mémoire que, dès l’âge de six mois, les bébés peuvent manifester des formes précoces de mémoire déclarative en retenant des informations au sujet des événements impliquant des objets et des actions, même après un certain délai. Cependant, cette connaissance précoce des événements reste très rudimentaire, fragmentée et fortement dépendante des indices fournis aux bébés par les adultes. La capacité à se remémorer spontanément et à revivre des événements autobiographiques passés, caractéristique de la mémoire épisodique, n’est pas pleinement développée chez les très jeunes enfants.
Le Rôle de l’hippocampe
Si les nourrissons et les bébés ne parviennent pas à créer de souvenirs, c’est en partie parce que leur cerveau n’est pas suffisamment développé. Pour la formation des souvenirs déclaratifs, c’est-à-dire d’événements et d’expériences spécifiques, l’hippocampe joue un rôle central. Celui-ci est une structure cérébrale située dans le lobe temporal médian, et il est essentiel pour encoder, consolider et récupérer les souvenirs des événements vécus.
Chez les nourrissons, l’hippocampe continue de se développer de manière significative après la naissance. Plus précisément, le gyrus denté, une partie de l’hippocampe qui le connecte aux régions corticales du cerveau, n’atteint sa pleine maturité que bien après la naissance. Ce développement progressif de l’hippocampe est un facteur qui limite la formation des premiers souvenirs épisodiques, puisque cet organe continue à se développer jusqu’à l’âge d’environ 7 ans. C’est une des raisons pour lesquelles nos premiers souvenirs d’enfance apparaissent seulement entre l’âge de 3 et 6 ans.
L’amnésie infantile : un problème de récupération des souvenirs ?
Des recherches récentes suggèrent que l’hippocampe des nourrissons pourrait être actif plus tôt qu’on ne le pensait, et pourrait jouer un rôle dans l’encodage des souvenirs même chez les enfants de moins de deux ans. Une étude de Yale a montré que l’activité de l’hippocampe chez les nourrissons lorsqu’on leur présente une image pour la première fois était corrélée au temps passé à regarder ces mêmes images lors d’une deuxième présentation :
Pour cette étude, les chercheurs voulaient identifier un moyen robuste de tester la mémoire épisodique des nourrissons. L’équipe, dirigée par Tristan Yates, a utilisé une méthode consistant à montrer à des nourrissons âgés de quatre mois à deux ans l’image d’un nouveau visage, d’un nouvel objet ou d’une nouvelle scène. Ensuite, après que les bébés aient vu plusieurs autres images différentes, les chercheurs leur ont montré une image déjà vue à côté d’une nouvelle.
Selon les chercheurs, lorsque les bébés n’ont été exposés à un objet qu’une seule fois, on s’attend généralement à ce qu’ils le regardent plus longtemps lorsqu’ils le revoient. Dans ce type de tâche, si un bébé fixe davantage l’image déjà vue que celle qui lui est nouvelle, cela peut indiquer qu’il la reconnaît comme familière et qu’il est capable d’en créer un souvenir.
L’activité d’encodage la plus forte a été observée dans la partie postérieure de l’hippocampe, la même zone associée à la mémoire épisodique chez les adultes. Ces résultats étaient plus marqués chez les nourrissons de plus de 12 mois, contribuant à une compréhension plus complète du développement de l’hippocampe pour soutenir l’apprentissage et la mémoire.
Cette découverte indique que l’hippocampe pourrait être impliqué dans la formation de souvenirs épisodiques plus tôt dans le développement qu’on ne le croyait auparavant. Les souvenirs pourraient donc bien être formés très tôt dans la vie, et les chercheurs ignorent encore en grande partie pourquoi l’hippocampe ne conserve pas ces souvenirs précoces jusqu’à l’âge adulte.
Que dire à ceux qui se “souviennent” d’événements très précoces ?
Concernant les adultes qui affirment se souvenir d’événements très précoces, ces souvenirs sont généralement considérés comme trompeurs. Ils relèvent souvent de ce que l’on appelle le “roman familial”. En effet, la vie de famille est rythmée par des événements importants souvent racontés aux enfants au fil du temps. On a alors l’impression de s’en souvenir, mais cette impression vient surtout des récits de nos proches répétés plusieurs fois, qui influencent notre manière de reconstruire ces souvenirs.
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