On a vu défiler les marques ces trois dernières années. Beaucoup ont disparu aussi vite qu’elles étaient apparues. Navee, au contraire, progresse, affinant à chaque itération la proposition marketing de ses produits. La marque a verrouillé sa gamme autour de quatre familles (G, ST, GT, XT) et empile désormais les références sous la barre des 700 €, là où Segway-Ninebot et Xiaomi se croyaient tranquilles. La GT5 Max est leur tentative de mettre une fiche technique de gamme supérieure dans une trottinette vendue 549 €. Mais les promesses papier ne font pas un produit. Donc c’est parti pour un essai et bonne et dûe forme.

Déballage et premier contact : sérieux, brut, daté
Le carton est dense et la machine arrive quasiment montée : il reste à fixer le guidon avec quatre vis et la clé Allen fournie. Compter cinq minutes. Dans la boîte, le strict nécessaire : chargeur, visserie, manuel. Pas de support smartphone, pas d’antivol. Mais à 549 euros, ne soyons pas trop exigeant.
Sur la balance, la GT5 Max affiche 24,3 kg, soit 500 g de moins que les 24,8 kg annoncés. Bonne surprise, mais on reste dans la moyenne haute du segment 10 pouces. C’est à prendre ne compte pour qui n’a pas d’ascenseur.

Le design ne fait pas dans la nouveauté du tout. Il est aux antipodes de la XT5 Pro. Tout est gris, angulaire. Seules les suspensions, couleur platine, dénotent.
La finition reste sérieuse, malgré beaucoup de plastique. Cadre en acier traité (qualité « automobile » selon Navee), guidon noir mat, deck plat. C’est sérieux, c’est solide, mais ça ne fait pas vibrer la rétine.
Les Xiaomi récentes et les Ninebot ont pris une longueur d’avance esthétique et matériel. Surtout Ninebot qui a incorporé du magnésium dans ses structures. Détail révélateur du niveau de finition : une fois pliée, la potence ne s’aligne pas parfaitement avec le deck. Rien de grave, rien qui gêne au transport, mais le genre de petit décalage qu’on retrouvait dans les anciennes trottinettes de cette gamme et qui ne se fait plus depuis un moment.
Le deck mesure 53 cm de long exploitables, 19,5 cm de large, et culmine à 19 cm du sol. Le guidon se trouve à 102 cm au-dessus du plancher. Autrement dit, la GT5 Max est calibrée pour des adultes de 1,60 m à 1,90 m. Le large deck conviendra à toutes les pointures, mêmes celles des basketteurs. Mais il faut composer sans kicktail. Dommage, sur les trottinettes urbaines, c’est devenu un repère pour caler le pied appui.

Poste de pilotage : tout est là, sauf l’écran
Phare 4W à détection automatique, clignotants intégrés au guidon, feux stop arrière 2W qui s’activent à la décélération. Du classique.
L’écran LED central, lui, est, comme souvent, la fausse note. Il affiche la vitesse, le mode de conduite, l’état Bluetooth et une jauge à barres pour la batterie. C’est tout. Pas de pourcentage précis, pas d’autonomie restante en kilomètres, pas même l’heure. Tout passe par l’app NAVEE pour avoir l’info précise, ce qui implique d’investir dans un support smartphone. Rien de grave.
Les poignées de frein font partie des pièces qui sentent le tarif d’appel. Plastique fin, levée un peu vague. Rien de bloquant, mais il faut bien faire quelques économies. Petite manipulation à prévoir à la livraison : un demi-tour de serrage des freins à l’avant (tambour) comme à l’arrière (disque mécanique). Trente secondes de clé, et le freinage prend vingt pour cent d’efficacité.
Une puissance de 1638 W en crête à ce prix
Sous le capot, un moteur arrière de 700 W de puissance nominale capable de pousser jusqu’à 1638 W en pic. Sur le terrain, ça se traduit par une accélération nette : 4 secondes pour atteindre les 25 km/h batterie pleine, et 5,6 secondes une fois la batterie redescendue à 50 %. La GT5 Max est plus puissante et coupleuse que la XT5 Pro. C’est franchement bluffant.

Surtout que la puissance tient sur la durée, même à 20% de batterie restante. La puissance reste d’ailleurs pleine jusqu’à 10 % de charge restante, là où une grande partie des concurrentes brident dès qu’on passe sous la barre des 30 %. C’est l’un des très bons points de cette machine.

La pente maximale annoncée est de 28 %. Confirmé sur les rampes de parking souterrain et les côtes de banlieue sud : avec un rider de 100 kg et un sac à dos chargé, la GT5 Max monte sans saccade et sans surchauffe perceptible du 15%, mais pas du 28%. Et ce, même sous une canicule de mai.
La précision du contrôleur est correcte sans être chirurgicale. Les accélérations sont vives et le déclenchement de la gâchette demande une demi-seconde d’adaptation, mais on s’y habitue.

Suspensions hydrauliques : la vraie surprise
C’est sans doute le poste où la GT5 Max s’offre l’écart le plus net avec la concurrence à 549 €. Fourche hydraulique à l’avant, amortisseur à cylindre à l’arrière. Pas un simple bras oscillant comme sur la GT5 Pro, mais un vrai amortisseur dédié. Sur pavés humides, rails de tram, raccords d’asphalte parisiens, la différence est mesurable au niveau des bras et des genoux. On peut descendre un trottoir standard sans relever le guidon, sous réserve que le deck ne frotte pas (ce qui n’est pas simple avec du 10 pouces). C’est ce confort-là qui transforme une trottinette en moyen de transport quotidien plutôt qu’en gadget.
Les pneus tubeless de 10 pouces font le reste. Bonne maniabilité, peu de vibrations à 25 km/h, comportement sain en virage. Toutefois, la GT5 Max reste plus sensible aux nids-de-poule profonds qu’une 11 ou 12 pouces (qui équipe la Navee XT5 Pro). Mais les suspensions aident à les dompter.

Freinage : trois systèmes différents pour un bon résultat
Tambour à l’avant, disque mécanique à l’arrière, EABS régénératif sur le moteur. Tout ceci abouti à une distance de 3,9 mètres pour s’arrêter depuis 25 km/h sur sol sec, avec le rider à 100 kg. C’est court. Très court. La plupart des trottinettes du segment se situent entre 4,5 et 5,5 mètres. Mais j’avais pris soin de bien régler les freins à la réception.
La dose se module bien, sans blocage ni tirage. Le tambour avant n’a pas la finesse d’un disque hydraulique, mais sa progressivité est honnête. À l’arrière, le disque mécanique mord franchement. Combiné à la récupération d’énergie réglable sur trois niveaux via l’app, on dispose d’un freinage à la fois sécurisant et économe pour l’autonomie.
Pour les utilisateurs qui débutent : commencez avec la récupération réglée sur « faible ». Sur « fort », la décélération moteur est suffisamment marquée pour surprendre. Mais une fois qu’on a pris le pli, on en joue aisément, récupérant quelques mètres d’autonomie dans la foulée.
Autonomie : il faut arrêter d’annoncer 90 km !
Navee annonce 90 km à 15 km/h, 70 km à 20 km/h, 65 km à 25 km/h. Conditions : 75 kg sur le deck, sol plat, 25 °C, vitesse stabilisée. Bref, le scénario de laboratoire. Sur le terrain, avec 100 kg de rider, mode sport (25 km/h), parcours mixte avec relances et faux plats, la GT5 Max a tenu 28,7 km. Soit moins de la moitié de la valeur catalogue.
Faisons les comptes. Avec 596,7 Wh de batterie utiles et 28,7 km parcourus, on est à 20,8 Wh/km. C’est élevé, mais cohérent avec une charge utile lourde, des relances permanentes et un mode sport. Avec un rider de 75 kg dans les mêmes conditions, on viserait plus probablement 35 à 40 km. Mais les 65 km annoncés à 25 km/h ? Au mieux par temps calme avec un ado de 55 kg dessus. Les 90 km à 15 km/h : oubliez. Personne ne fait ça.
Cela dit, et c’est l’information importante, la GT5 Max ne triche pas. La puissance reste pleine jusqu’en fin de cycle. Le problème n’est pas la machine, c’est l’étiquette commerciale. Navee gagnerait à communiquer sur des fourchettes réalistes : ses concurrents le font de plus en plus. D’autant que 30 km à 549€, c’est un bon ratio.

Côté recharge, 5 à 6 heures pour faire le plein avec le chargeur standard. Pas de fast charge embarquée, ce qui devient une anomalie en 2026 sur le segment des 500-600 € (car ça implique l’achat d’un chargeur rapide qui rapporte des sous). C’est dommage, mais cinq heures ne sont pas non plus la pire valeur du marché : certaines machines tournent à sept ou huit heures.
Une application classique mais efficace, surtout pour iOS
L’application NAVEE est très correcte et surtout complète. Données temps réel, verrouillage moteur à distance, réglage de la régénération sur trois niveaux, déverrouillage par proximité (le scooter se déverrouille quand le smartphone connecté approche). C’est fonctionnel, l’ergonomie n’a rien d’hostile, au contraire, tout est simple et accessible.
Le vrai argument différenciant, c’est l’intégration Apple Find My. La GT5 Max est trackée dans l’app « Localiser » d’Apple, même éteinte, exactement comme un AirTag. Pour les utilisateurs iPhone, c’est rassurant : en cas de vol, le scooter ressurgit dès qu’il passe à portée d’un appareil Apple du réseau Find My. Mais, du coup, les utilisateurs Android sont laissés de côté pour cette fonction. Si la sécurité antivol est en haut de votre liste et que vous êtes sous Android, le verrouillage moteur via app sera votre seule ligne de défense logicielle. Un antivol classique reste indispensable.
L’IPX5 fait le job urbain : pluie battante et flaques sans dommage, pas d’immersion. C’est la norme du segment.
Au quotidien : les petits défauts qui méritent d’être dits

Quelques irritants pour clore le portrait. La béquille est trop courte : sur sol incliné ou pavé inégal, la trottinette se cale mal et finit parfois par basculer si on ne la pose pas franchement à plat. Détail, mais on s’en aperçoit dix fois par jour. La potence pliée n’est pas parfaitement alignée avec le deck, comme déjà mentionné. Les poignées de frein sont en plastique et manquent de consistance. L’écran ne donne aucune information utile sur l’autonomie restante.
Aucun de ces points ne disqualifie la machine. Ils dessinent simplement la frontière entre une trottinette à 549 € et une trottinette à 800 ou 900 €. La GT5 Max est costaude : aucune casse, aucun jeu apparu après plusieurs centaines de kilomètres en conditions urbaines normales. La construction est solide, ce qui, ajouté à la puissance et à l’autonomie, en fait véritablement un bon choix.
Pour l’intermodal, en revanche, ses 24,3 kg sont un vrai sujet. Métro, RER, escaliers : c’est lourd. Sur ce terrain, une trottinette plus compacte et plus légère (sous les 18 kg) gardera la main. Mais la GT5 Max se veut être un véhicule à part entière et pas simplement un EDPM intermodal. Cela dit, ça reste gérable dans les trains et RER.
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