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L’Arcom ordonne aux opérateurs français de bloquer 35 sites pro-russes

Le gendarme de l’audiovisuel français frappe fort en demandant le blocage et le déréférencement de dizaines de sites liés à des médias russes. Orange, Free, SFR et Bouygues sont en première ligne.

On pensait que le sujet était réglé depuis 2022 et l’interdiction de RT France sur le territoire européen. Quatre ans plus tard, force est de constater l’Arcom vient de (re)passer à l’offensive en ordonnant le blocage de 35 sites web et le déréférencement de quatre plateformes de streaming permettant d’accéder à des contenus de médias russes visés par les sanctions européennes. La décision, annoncée le 26 février 2026, concerne directement les quatre grands fournisseurs d’accès à internet français, mais aussi les moteurs de recherche et les gestionnaires de noms de domaine. Concrètement, une fois la mesure appliquée, ces sites n’apparaitront plus dans les résultats de Google et leur consultation directe depuis un navigateur sera bloquée sur le territoire français.

Pourquoi ce blocage ?

Pour bien comprendre cette décision, il faut remonter à mars 2022. L’invasion de l’Ukraine par la Russie pousse l’Union européenne à interdire la diffusion de plusieurs médias d’État russes, dont Russia Today et Sputnik, sur l’ensemble de son territoire. En France, les chaînes sont coupées des bouquets des opérateurs et retirées des moteurs de recherche. Depuis, c’est un jeu du chat et de la souris qui se joue entre les régulateurs européens et les éditeurs de contenu pro-russes, qui multiplient les noms de domaine pour échapper à la censure, et contourner les blocages mis en place.

L’Arcom ne découvre pas le problème. Il s’agit en réalité de sa troisième salve de mesures en moins d’un an. En mars 2025, l’autorité avait d’abord mis en demeure l’opérateur Eutelsat de cesser la diffusion des chaînes STS et Kanal 5, toutes deux contrôlées par le groupe russe JSC National Media Group, dont les avoirs ont été gelés par l’UE. En juillet 2025, 19 sites de médias russes et trois plateformes de streaming avaient déjà fait l’objet de mesures de blocage. Cette nouvelle vague porte donc à plus de 50 le nombre total de sites visés en un an.

Pourquoi ça ne sert (presque) à rien ?

L’Arcom agit conformément à la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, ainsi que des règlements européens qui ont prononcé plusieurs sanctions contre la Russie. L’autorité dit vouloir utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher la diffusion en France de médias russes sanctionnés, tout en bloquant les tentatives de récidives. Sur le papier, l’idée est belle, mais dans les faits, ce n’est pas aussi simple. Les fournisseurs d’accès (Orange, Free, SFR, Bouygues Telecom) doivent bloquer l’accès aux sites au niveau de leurs serveurs DNS. Les fournisseurs de systèmes de résolution de noms de domaine sont également sollicités, de même que les moteurs de recherche, à qui l’on demande de retirer ces pages de leurs index.

Même avec la participation des fournisseurs, l’efficacité de ces mesures reste sujette à débat. Comme pour les sites de téléchargement illégal et les plateformes pornographiques, les internautes peuvent toujours accéder aux URLs bannis en utilisant un VPN ou un DNS alternatif. En parallèle, la prolifération de nouveaux domaines rend le travail de blocage quasi-impossible. Chaque vague de restrictions entraîne mécaniquement la création de nouveaux miroirs, dans un cycle que les autorités peinent à endiguer.

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