L’idée peut sembler complètement absurde au premier abord, mais derrière ce mélange inattendu entre fabrication et cryptomonnaie se cache une logique technique assez maligne.
Le projet, baptisé Proof of Print, repose sur un principe simple : utiliser la chaleur générée par les puces de minage pour alimenter le plateau chauffant de l’imprimante. Autrement dit, au lieu de gaspiller l’énergie thermique produite par les ASIC, ces puces spécialisées utilisées pour miner du Bitcoin, la machine la recycle directement pour maintenir la bonne température d’impression.
Miner du Bitcoin pour chauffer l’imprimante
Dans une imprimante 3D classique, le plateau doit être chauffé pour que le plastique fondu adhère correctement et pour éviter les déformations pendant l’impression. Cette chaleur est généralement produite par une résistance électrique dédiée.
Dans ce prototype, cette fonction est assurée par des ASIC de minage. Les puces produisent de la chaleur en calculant les hash nécessaires au réseau Bitcoin, et cette chaleur est récupérée pour maintenir le plateau autour de 75 à 80 °C, une température courante pour l’impression de certains filaments.
Le système ajuste même automatiquement la puissance des puces, si le plateau refroidit, les ASIC accélèrent leur cadence de calcul pour produire plus de chaleur, et si la température est atteinte, ils ralentissent. La machine ne mine donc pas au maximum de ses capacités, mais plutôt en fonction des besoins thermiques de l’imprimante.
Une imprimante inspirée du monde open source
Le prototype repose sur une base d’imprimante open source de type Voron, largement utilisée dans les communautés de makers. L’ingénieur derrière le projet, Andy “PizzAndy” Prokopyk, a profondément modifié la structure, notamment sur l’axe vertical et sur le plateau lui-même, qui sert désormais de dissipateur thermique pour les puces.
À l’intérieur de la machine, on trouve quatre puces ASIC BM1362 issues d’un petit mineur de Bitcoin. Dans cette configuration, l’imprimante peut atteindre environ 500 GH/s, un taux de calcul modeste dans l’univers du minage, mais suffisant pour illustrer le concept. En pratique, la puissance varie en permanence, lorsque le plateau chauffe, les puces tournent plus vite, puis ralentissent une fois la température stabilisée.
Une idée pensée pour les fermes d’impression
Le projet n’est pas vraiment destiné aux particuliers qui impriment quelques pièces le week-end. L’idée vise plutôt les fermes d’impression 3D, ces ateliers où des dizaines de machines tournent 24 heures sur 24 pour produire des objets. Dans ce contexte, chaque machine consomme déjà de l’électricité pour chauffer son plateau. Si cette énergie peut en plus générer un peu de Bitcoin, l’exploitation devient légèrement plus rentable. C’est exactement la logique derrière ce prototype, transformer une dépense énergétique inévitable en source de revenus, même modeste.
Pour l’instant, tout cela reste au stade du prototype, car plusieurs défis devront être relevés avant d’envisager une version commerciale : fiabilité, intégration logicielle, coût des composants ou encore maintenance. Sans oublier la rentabilité du minage de Bitcoin, qui dépend fortement du prix de la cryptomonnaie et de la difficulté du réseau.
Mais l’idée illustre une tendance intéressante dans le monde du hardware, réutiliser la chaleur générée par les calculs informatiques. On voit déjà des projets de radiateurs domestiques, de chauffe-eau ou même de systèmes de chauffage urbain alimentés par des serveurs. Et si demain les imprimantes 3D se mettaient aussi à miner des cryptos pendant qu’elles travaillent, ce ne serait finalement qu’une étape de plus dans cette logique d’optimisation énergétique.
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