C’était censé être la parade ultime contre le déferlement de la fast-fashion venue de Chine. Le 1er mars 2026, une taxe de 2€ par catégorie d’articles entrait en vigueur en France sur tous les colis importés hors Union européenne d’une valeur inférieure à 150€. En ciblant Shein, Temu ou encore AliExpress, le gouvernement tablait sur 500 millions d’euros de recettes annuelles et un rééquilibrage de la concurrence avec le commerce local. C’était bien mal connaître les capacités d’adaptation des géants chinois.
Contournement express
En moins de 24 heures, les grandes plateformes avaient revu leur organisation. Les avions cargo qui atterrissaient quotidiennement à Roissy-Charles-de-Gaulle ont pris d’autres destinations, préférant des pays qui n’appliquent pas (encore) cette taxe. Les colis n’avaient ensuite plus qu’à être acheminés par camion jusqu’en France, en passant librement la frontière à la faveur de l’espace Schengen.
Les conséquences ont été immédiates. Le groupe ADP, qui gère les aéroports parisiens a annoncé la perte d’une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires depuis l’entrée en vigueur de la taxe, soit environ un tiers de l’activité sur certaines plateformes. Selon l’Union TLF (transports et logistique de France), cette réorganisation aurait aussi conduit à une augmentation massive de la fréquentation des axes routiers, principalement dans le nord de la France.
Si Shein et consorts ont su réagir aussi vite, c’est parce qu’ils avaient pris leurs précaution bien avant l’application officielle du texte. La plateforme a inauguré en décembre 2025 un entrepôt de 740 000 m² en Pologne, soit l’équivalent de cent terrains de football. Une fois les marchandises dédouanées sur le sol européen à moindre coût, elles circulent librement vers la France
L’Europe riposte, mais c’est trop tard
C’est dans ce contexte tendu que le gouvernement a signé, le 23 mars 2026, un arrêté conjoint du ministre du Commerce Serge Papin et du ministre des Comptes publics David Amiel, afin d’éteindre les pouvoirs des agents des douanes sur le territoire. Concrètement, la mesure permet désormais à la douane française d’intervenir pour contrôler des colis issus du e-commerce même s’ils ont déjà été dédouanés dans un autre État membre. Jouets non conformes aux normes européennes, équipements de protection défectueux, machines hors standard : autant de produits qui entraient jusque-là sans possibilité de vérification dès lors qu’ils avaient obtenu l’approbation d’un pays voisin. Cette décision ne règle pas le problème de fond, mais permet d’éviter la prolifération de marchandises dangereuse.
Rappelons aussi que l’Europe semble prendre exemple sur le modèle Français. À partir du 1er juillet 2026, un droit de douane forfaitaire de 3€ par colis s’appliquera dans l’ensemble de l’Union, s’ajoutant à la taxe nationale française pour atteindre un total de 5€. En novembre 2026, une taxe harmonisée européenne de 2€ se substituera au dispositif français, avec pour ambition de fermer définitivement la porte aux contournements entre États membres. Shein n’est donc pas totalement sortie d’affaires.
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