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Cette clim nécessite 5 fois moins d’électricité : mais où est la contrepartie ?

Une startup française fait beaucoup parler d’elle avec une climatisation qui consomme cinq fois moins d’électricité qu’un appareil classique, sans unité extérieure ni gaz réfrigérant. Mais alors, où est le hic ?

Quand on vous a signalé que les prochains étés seraient les plus chauds que la terre a jamais connus, on ne pensait pas si bien dire. Cette année, la canicule a commencé dès le mois de mai, et la France suffoque. Autant dire que la course aux climatiseurs est en cours, de quoi s’intéresser aujourd’hui à des solutions les moins énergivores possibles. Caeli Energie, c’est une jeune startup grenobloise fondée en 2019, issue de la recherche du CNRS, qui a mis au point un « climatiseur » d’un genre nouveau. Pas de compresseur, pas de gaz polluant, pas d’unité extérieure qui grille le voisin. Sur le papier, c’est la révolution climatique qu’on attendait tous. Mais avant de sortir la carte bleue, il y a quelques points à regarder de près.

C’est quoi exactement le Caeli One ?

Le système de Caeli Energie repose sur un principe appelé refroidissement adiabatique. En clair, il exploite l’évaporation de l’eau pour extraire la chaleur de l’air ambiant, un peu comme la transpiration chez nous. L’appareil affiche un coefficient de performance de 16, contre environ 3 pour une climatisation traditionnelle. Oui pour 1 watt consommé, il produit 16 watts de froid, ce qui est vraiment performant énergétiquement parlant. Sa consommation électrique oscille entre 30 et 80 watts selon le mode et donc pas beaucoup plus qu’une ampoule, là où un climatiseur classique en avale entre 1 500 et 2 500. La différence est folle, et vu l’augmentation régulière de la facture d’électricité des Français, c’est une excellente nouvelle ici.

L’appareil ne nécessite pas d’unité extérieure, ce qui est idéal pour une installation discrète. Il est entièrement fabriqué à Grenoble avec des matériaux largement recyclés, dont les coques sont issues de bouteilles plastiques. Difficile de trouver à redire sur ces aspects.

Alors, où est le hic avec le Caeli One ?

Comme toute solution, le Caeli One présente forcément des inconvénients, mais au moins, la startup a le mérite d’en parler ouvertement.

Le premier, c’est l’eau. Pour fonctionner, le système doit être raccordé à l’eau courante et il en consomme entre 0,5 et 2 litres par heure selon les conditions extérieures. En pleine canicule, avec huit heures de fonctionnement quotidien, on peut donc atteindre 16 litres par jour. C’est le revers direct de la médaille : on économise de l’électricité, mais on consomme de l’eau. Et c’est là que le timing pose problème puisque les périodes de forte chaleur sont précisément celles où les nappes phréatiques sont au plus bas, où les restrictions d’eau se multiplient dans les communes françaises, et où les appels à la sobriété hydrique se font les plus pressants. Autrement dit, le système a sa plus grande consommation d’eau exactement au moment où cette ressource est la plus précieuse.

Le deuxième point, c’est l’humidité. Le refroidissement adiabatique fonctionne très bien dans les zones à climat sec, mais il atteint ses limites lorsque l’air est déjà saturé en humidité. En été, lors d’épisodes orageux ou dans certaines régions naturellement humides, l’efficacité du système chute. Ce n’est pas un défaut caché, c’est une contrainte physique inhérente à la technologie.

Troisième bémol et il est de taille, le logement doit répondre à des conditions bien précises pour que l’appareil soit vraiment efficace. Il faut une pièce entre 15 et 30 m², avec obligatoirement un mur donnant sur l’extérieur pour l’évacuation de l’air. Pas de raccordement à l’eau courante possible dans la pièce visée ? L’installation devient impossible. Vous vivez dans un appartement avec une exposition défavorable ou des pièces en enfilade ? La solution ne sera pas adaptée. Ce n’est donc pas un produit universel que l’on pose n’importe où, contrairement à un split mural classique dont l’installation reste certes plus lourde, mais dont les contraintes d’usage sont bien moindres une fois en place.

Enfin, le prix. Comptez entre 2 500 et 3 000 euros pour l’achat et la pose. C’est dans la fourchette d’une climatisation classique, voire légèrement au-dessus pour certaines configurations, même si les économies sur la facture d’électricité sont supposées compenser sur la durée.

Pas une solution miracle, mais une proposition différente

Caeli Energie
© Caeli Energie 

Caeli Energie ne prétend pas avoir inventé la climatisation parfaite et c’est ce qui rend le projet crédible. La startup est transparente sur les conditions d’utilisation idéales et sur les limites de sa technologie. Pour une maison individuelle en zone tempérée, des pièces à rafraîchir ponctuellement et un profil de consommation raisonnable, l’appareil a clairement du sens.

La contrepartie, elle existe, mais elle est connue et documentée. Ce n’est pas tant une arnaque qu’un choix d’arbitrage : moins d’électricité, plus d’eau, un périmètre d’usage plus restreint qu’une clim classique, et des contraintes d’installation à ne pas négliger. À chacun de décider si ce compromis lui convient.

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