Ça fait 21 ans que la même formule tourne. Depuis 2005, une poignée d’acteurs différents ont enfilé le nœud papillon, l’écharpe, le fez ou le blouson en cuir en fonction des époques. Après plus de dix saisons tournées, la question revient sans arrêt sur le tapis : pourquoi même chez Disney, la série de SF la plus ancienne de la télévision ne fait plus rêver les fans ?
Paul Magrs fait partie de ces auteurs qui ont maintenu le Docteur en vie, entre l’arrêt de la série en 1989 et son retour triomphal en 2005. Pendant ces Wilderness Years, le showrunner a gardé le cap, non sans difficultés. De quoi le convaincre d’une chose : le problème de Doctor Who ne vient pas de sa masse de continuité qui découragerait les nouveaux spectateurs, contrairement.
Le Docteur en a trop vu
Après soixante ans à écumer l’univers, le Docteur reconnaît désormais trop vite les menaces qu’il affronte. Un Dalek, des Autons, les Nestenes… plus rien ne le surprend, et c’est bien là tout le problème. Les intrigues deviennent de plus en plus méta, conscientes de leur propre passé, et obligées de composer avec plusieurs décennies de savoir accumulé. Le Seigneur du Temps en sait trop, et les spectateurs aussi.
Le retour de 2005 avait pourtant réglé cette équation intelligemment. Russell T. Davies avait allégé la continuité et utilisé la Guerre du Temps pour remettre les compteurs à zéro sans renier l’héritage de la série classique. Un reboot déguisé en simple suite, malin et redoutablement efficace à l’époque. Vingt et un ans plus tard, cet effet s’est largement usé. Revenu aux commandes pour l’ère Disney+, Davies a cette fois pris le chemin inverse et misé beaucoup plus lourdement sur le lore.
Le précédent du Timeless Child
L’époque Chris Chibnall illustre bien la situation. Après la révélation controversée du Timeless Child, pensée pour redonner de l’inconnu au personnage du Docteur en explorant une origine antérieure à tous les Seigneurs du Temps, le résultat n’a pas eu l’effet escompté. Au lieu de simplifier le lore de la série, elle a ajouté encore plus de mythologie, en déterrant d’anciennes pistes abandonnées sur la vraie nature du personnage.
La situation est épineuse, d’autant plus qu’elle retombe pile au moment où la BBC vient de placer Doctor Who en appel d’offres concurrentiel, ouvrant la porte à n’importe quelle maison de production indépendante pour proposer sa propre vision de la série. La chaîne a justifié la démarche en expliquant vouloir « sécuriser la prochaine phase du programme pour les générations futures », après le fiasco de l’ère Disney.
En creux, la décision confirme surtout que rien n’est acquis. L’épisode spécial de Noël a été annulé, et Russell T. Davies a quitté son poste de showrunner pour la seconde fois. Si le retour de Doctor Who semble inévitable, les conditions de cette résurrection sont encore floues.
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