Sous les océans, à des milliers de mètres de profondeur, repose le véritable système nerveux de notre civilisation numérique : 570 câbles en fibre optique qui transportent jusqu’à 99 % des données intercontinentales mondiales. Et depuis 18 mois, ils sont endommagés à une fréquence historiquement sans précédent. Certes, la guerre se joue principalement sur Terre, mais rompre les moyens de communication de l’ennemi est particulièrement stratégique.
L’AUKUS vient de décider de riposter avec des drones. Cette alliance de défense trilatérale regroupant les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie a officialisé le 30 mai dernier son projet de véhicules sous-marins sans pilote dont la mission sera de protéger les câbles sous-marins des actes de sabotage. Ces véhicules, appelés dans le jargon des Unmanned Undersea Vehicles, pourraient débarquer dès 2027.
Pour ces trois pays, ce projet est désormais considéré comme prioritaire, dans un contexte où tous les moyens sont bons pour saper les moyens stratégiques de l’ennemi. Plusieurs pays sont d’ailleurs dans le viseur de l’AUKUS. Le Royaume-Uni avait notamment suivi trois sous-marins russes qui menaient des opérations de surveillance clandestine près de câbles dans l’Atlantique Nord en avril 2026. De plus, depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, de nombreux câbles et gazoducs ont été endommagés en mer Baltique, heureusement sans grande conséquence pour l’Europe.
Mais la Russie n’est pas le seul acteur étatique dont l’AUKUS se méfie. La Chine est notamment soupçonnée de coupures dans le détroit de Taïwan et de cartographier les vulnérabilités des réseaux mondiaux, tandis que l’Iran se renseignerait de plus en plus sur la position des câbles occidentaux. Le Détroit d’Ormuz est d’ailleurs considéré comme un point névralgique mondial puisqu’il abrite une demi-douzaine de câbles qui font transiter une majorité du trafic internet mondial. La Mer Rouge est également considérée comme une zone à haut risque.
Quelle capacité pour ces drones ?
Les UUV développés pour le projet d’AUKUS seront dotés de capteurs et de systèmes d’armes de pointe. Ils auront notamment pour mission de surveiller et de participer au renseignement général en patrouillant dans les zones à haut risque. On parle de milliers de kilomètres de câbles et de pipelines qui pourront être facilement surveillés. Ils pourront également participer à des opérations logistiques en milieu contesté.
Mais l’autre mission principale de ces drones sera l’élimination de toute menace susceptible d’en vouloir à ces câbles. L’UUV sera ainsi équipé d’un système de neutralisation de menaces ennemies, mais également des mines susceptibles de menacer l’intégrité des câbles. “Les véhicules seront hautement adaptables et soutiendront les opérations sous-marines tout en maintenant notre avantage collectif dans le domaine maritime”, pointe Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense.
L’importance des câbles sous-marins
Si le premier câble sous-marin transatlantique a été déployé en 1858 pour la transmission des signaux en morse, ce n’est qu’à partir de 1988 que la révolution a eu lieu avec le déploiement des câbles TAT-8 pour la fibre optique. Aujourd’hui, sans ces câbles sous-marins, ce serait des continents entiers qui seraient presque privés d’internet.
“Presque”, car couper les câbles entre l’Europe et les Etats-Unis n’empêchera pas un Français d’accéder à un site allemand ou espagnol hébergé en Europe. En revanche, tous les sites hébergés par des services cloud américains, comme AWS ou Google Azure, et les plateformes comme Netflix et YouTube seraient inaccessibles pour les européens.
Chaque paiement international, chaque transaction transfrontalière exécutée en millisecondes, chaque flux de données entre les entreprises britanniques et les marchés étrangers : tout transite par les fonds marins. – Liz Lloyd, ministre britannique des Télécommunications
Ce sont environ 570 câbles sous-marins qui transportent entre 95 % et 99 % des télécommunications intercontinentales mondiales, les satellites ayant une capacité de traitement bien plus limitée. Ces câbles acheminent chaque paiement international, chaque transaction financière, chaque flux de données entre continents. En détruisant ces câbles, les conséquences économiques mondiales seraient massives. L’Australie a, par exemple, tout intérêt à protéger ces câbles : 99% des communications de l’île dépendent d’une quinzaine de câbles.
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