Les satellites ont beau filer au-dessus de nos têtes, ils restent confrontés à un problème très terre à terre : l’énergie. La majorité d’entre eux s’appuient sur des panneaux solaires et des batteries. Une solution éprouvée, mais pas parfaite. Le soleil n’est pas toujours disponible, les batteries vieillissent, et certaines missions aimeraient bien éviter de regarder leur jauge d’autonomie toutes les cinq minutes.
Le solaire, c’est bien quand il y a du soleil
City Labs pense avoir une partie de la réponse. Cette entreprise basée en Floride a placé en orbite BOHR, pour « Betavoltaic Orbital High-Reliability », à bord de la mission Transporter-17 de SpaceX. Ce covoiturage spatial emportait 81 satellites, dont ce petit cubesat présenté comme le premier satellite nucléaire commercial jamais lancé.
Attention toutefois à ne pas imaginer un satellite entièrement propulsé par l’atome. BOHR reste alimenté par des panneaux solaires pour ses opérations générales. La technologie NanoTritium de City Labs sert ici à faire tourner une charge utile de démonstration. Il s’agit d’un instrument chargé de prouver que cette source d’énergie peut fonctionner même quand le soleil n’est pas de la partie.

Peter Cabauy, le patron de City Labs, parle d’une « étape historique pour l’énergie nucléaire commerciale dans l’espace ». Selon lui, BOHR montre que des systèmes nucléaires « sûrs, compacts et approuvés par les régulateurs » peuvent désormais être envisagés pour des déploiements commerciaux réguliers.
La technologie de City Labs repose sur le tritium, aussi appelé hydrogène-3, un isotope radioactif de l’hydrogène. En se désintégrant, il émet des particules bêta, qui peuvent être converties directement en électricité grâce à un semi-conducteur. C’est le principe des générateurs bêtavoltaïques. L’intérêt est simple : contrairement à une batterie classique qui stocke une quantité limitée d’énergie, un système bêtavoltaïque produit un faible courant de manière continue. Ce n’est pas fait pour alimenter une ville, mais pour des instruments nécessitant une petite quantité d’énergie pendant très longtemps, l’idée devient intéressante.
La mission BOHR sert aussi de test grandeur nature. City Labs affirme qu’il s’agit de la première mission nucléaire commerciale à avoir suivi la procédure d’autorisation de la Federal Aviation Administration pour ce type de lancement. L’autorisation a été obtenue en septembre 2025. « L’innovation ici n’est pas seulement dans la technologie. Elle est dans la partie réglementaire », a résumé Peter Cabauy auprès de Payload.
Les engins nucléaires dans l’espace ne sont pas nouveaux. La NASA utilise depuis longtemps des systèmes au plutonium pour ses missions lointaines, notamment les rovers martiens Curiosity et Perseverance, les sondes Voyager ou New Horizons. La différence, ici, c’est le cadre commercial et la miniaturisation.
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