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« Bismillah c’est les ténèbres » : que veut dire cette expression popularisée par les manifs étudiantes ?

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Née d’une capture Snapchat attribuée à des policiers qui imitaient (mal) le langage des jeunes, l’expression s’affiche désormais sur les pancartes étudiantes.

Environ 400 lycées affichaient portes closes ce 2 octobre, avec 900 actions recensées en quelques jours. Depuis le 18 septembre, la colère lycéenne ne retombe pas. Assez logiquement, c’est sur les réseaux sociaux que la rébellion s’organise. C’est justement là qu’est né son slogan le plus improbable.

Bismillah c’est les ténèbres

Tout part d’une capture d’écran publiée sur les réseaux sociaux début octobre. On y voit une conversation Snapchat dans laquelle des comptes, présentés comme ceux de policiers, tentent de s’infiltrer dans un groupe lié aux blocus en se faisant passer pour des lycéens. Pour paraître crédibles, ils empilent sans grand succès ce qu’ils imaginent être le vocabulaire des jeunes. Parmi les phrases envoyées, une a particulièrement marqué les esprits : « Bismillah c’est les ténèbres ».

« Bismillah » signifie « au nom de Dieu » en arabe. C’est une formule que l’on prononce traditionnellement avant d’entreprendre quelque chose. Dans le langage courant elle peut aussi se traduire par un « on y va ». « C’est les ténèbres », de son côté, est une expression d’argot pour dire que la situation est catastrophique. Mises bout à bout, sans contexte, les deux formules donnent une phrase qui ne veut pas dire grand-chose.

Évidemment, la ruse policière n’a pas pris. La capture a circulé à toute vitesse sur X, TikTok et Instagram, et les lycéens se sont appropriés la phrase pour tourner l’opération en dérision. En quelques jours, elle a rejoint les pancartes des rassemblements. Le slogan a même franchi la frontière. Le vendredi 9 octobre, il s’affichait sur plusieurs pancartes à Bruxelles, lors de la manifestation nationale organisée par le syndicat FGTB contre les mesures budgétaires du gouvernement fédéral, qui a réuni entre 30 000 et 50 000 personnes. La députée et ancienne coprésidente d’Ecolo, Rajae Maouane, a notamment été aperçue avec une pancarte « Bismillah c’est les ténèbres ». Côté belge, la phrase a perdu une partie de son sens premier : elle ne vise plus une infiltration précise, mais sert de clin d’œil de solidarité avec les lycéens français.

Une surveillance légale, mais controversée

L’épisode soulève aussi une question moins drôle : celle de la surveillance des groupes de discussion. En France, la loi autorise depuis plusieurs années les enquêteurs à participer à des échanges en ligne sous pseudonyme pour certaines infractions. Rien d’illégal en soi, donc, si l’opération était encadrée. Mais l’opération rappelle que ces messageries, aussi éphémères soient-elles, ne sont jamais vraiment des espaces privés.

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