Shigeru Miyamoto va recevoir l’Ordre de la Culture du Japon des mains de l’empereur Naruhito, et c’est la toute première fois qu’un créateur de jeux vidéo décroche cette distinction. Le même jour, à Paris, Eiji Aonuma recevait ses insignes de Chevalier des Arts et des Lettres au ministère de la Culture, un titre que Miyamoto porte lui-même depuis 2006.
Miyamoto, premier créateur de jeux dans l’Ordre de la Culture
Vendredi, le gouvernement japonais a dévoilé ses huit lauréats 2026 de l’Ordre de la Culture. À 73 ans, le créateur de Mario et de Link pour ne citer qu’eux devient le premier représentant de l’industrie du jeu vidéo à recevoir cette distinction créée en 1937, qui récompense les contributions exceptionnelles à la culture japonaise.
La remise aura lieu le 3 novembre, jour de la Fête de la Culture au Japon. C’est l’empereur Naruhito en personne qui lui remettra la décoration au Palais impérial de Tokyo. Oui, le Japon a toujours un empereur, et non, il n’a aucun pouvoir politique, mais c’est bien lui qui décore chaque année la crème de la crème du pays.
Il ne faut pas confondre avec la distinction que Miyamoto avait reçue en 2019, celle de Personne de mérite culturel. L’Ordre de la Culture est la marche du dessus, et c’est elle qui n’avait jamais été accordée au jeu vidéo. Pendant des décennies, le Japon a exporté Mario, Zelda et Pokémon aux quatre coins du globe sans vraiment considérer tout ça comme de la culture avec un grand C. L’État vient officiellement de changer d’avis, et pas qu’un peu.
Aonuma rejoint enfin Miyamoto chez les chevaliers
Eiji Aonuma, réalisateur des derniers Zelda, est devenu ce matin au Ministère de la Culture Chevalier des Arts et des Lettres
Il a conclu son discours en français pour son épouse, présente dans la salle : "Merci de m'avoir suivi jusqu'ici, continuons l'aventure ensemble" ♥️ pic.twitter.com/6Z0MbeyQGT
— Chloé Woitier ☕ (@W_Chloe) October 23, 2026
Pendant ce temps, à Paris, c’était au tour d’Eiji Aonuma de passer sous les projecteurs. Le producteur de la série Zelda a reçu vendredi matin les insignes de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. Petite subtilité : la distinction lui avait été attribuée dès novembre 2023 par Rima Abdul-Malak, alors ministre de la Culture, en marge de la Paris Games Week. Sauf que personne n’avait jamais fixé de date pour la cérémonie. Il aura donc fallu presque trois ans pour qu’il reparte avec sa médaille.
C’est finalement Catherine Pégard, l’actuelle ministre, qui la lui a remise. Elle a salué un conteur qui laisse toujours de la place à l’imagination du joueur, ce qui résume plutôt bien Breath of the Wild et Tears of the Kingdom. Pour l’homme qui a réalisé Majora’s Mask, The Wind Waker et Twilight Princess avant de prendre les rênes de toute la série, c’est clairement mérité.
Le moment qui a fait fondre tout le monde, c’est la fin de son discours. Aonuma l’a conclu en français, en s’adressant à son épouse présente dans la salle, pour la remercier de l’avoir suivi jusqu’ici et lui proposer de continuer l’aventure ensemble.
La France avait vingt ans d’avance
Avec cette cérémonie, Aonuma rejoint son mentor dans l’ordre. Miyamoto y était entré dès 2006, aux côtés de Michel Ancel (Rayman) et Frédérick Raynal (Alone in the Dark) : ils étaient alors les tout premiers créateurs de jeux vidéo distingués par la France. Plus récemment, en février, c’est l’équipe de Clair Obscur Expedition 33 qui y a fait son entrée.
Le Japon, lui, aura mis vingt ans de plus pour accorder sa plus haute reconnaissance culturelle à un créateur de jeux. Mieux vaut tard que jamais, surtout quand le premier de la liste s’appelle Miyamoto et que ça tombe l’année où Zelda souffle ses 40 bougies. Entre le créateur de la saga et l’homme qui la porte depuis des années, Hyrule peut désormais compter sur deux chevaliers en chair et en os.