Le 21 octobre, et pour la première fois depuis juillet 2002, le taux auquel la France emprunte sur dix ans a dépassé les 5 %, avant de grimper à 5,14 % le lendemain. En parallèle, la dette publique a atteint 3 595,5 milliards d’euros fin juin, soit 119 % du PIB selon l’Insee. La dette est devenue le premier poste de dépenses de l’État, devant l’éducation ou la défense. De quoi donner une (pas si) nouvelle idée aux élus.
Un livret bloqué dix ans pour rembourser la dette
Rembourser la dette en épargnant, c’est ce que propose le groupe centriste LIOT avec ce qu’il a baptisé le « Livret D ». Débattu à l’Assemblée nationale le 28 octobre, le texte est porté par le député de la Marne Charles de Courson, qui le présente comme un grand emprunt national. Le principe tient en quelques chiffres : un taux fixe de 3,5 % par an, des intérêts totalement exonérés d’impôt, un dépôt minimum de 1 000 € et un plafond de 60 000 € par personne. En échange, l’argent reste bloqué dix ans et sert à financer la dette de l’État.
Les Français épargnent beaucoup, au point que 500 milliards d’euros dorment sur les comptes bancaires. Plutôt que d’aller chercher de l’argent à taux fort sur les marchés, l’État irait le chercher chez ses propres citoyens, pour moins cher. Côté épargnant, la comparaison avec le Livret A est flatteuse. Le placement préféré des Français ne rapporte plus qu’1,7 % depuis le 1er août. Le Livret D ferait plus du double. Sur le papier, c’est le meilleur placement sans risque du marché.
Un bon plan… ou pas
Sauf que la comparaison avec le Livret A est un peu trompeuse. Une OAT à dix ans rapporte aujourd’hui autour de 5 % brut. Une fois la flat tax passée, il reste environ 3,4 % net. Autrement dit, le Livret D offrirait à peu près le même rendement qu’une OAT classique, mais avec une contrainte de taille : une OAT peut se revendre à tout moment (au prix du marché), quand le Livret D enferme l’épargne pour dix ans.
L’avantage réel pour l’épargnant tient donc surtout à la simplicité. Pas de compte-titres, pas de cours qui fluctue, et un taux garanti, qui fait office de pari sur l’avenir.
L’idée n’a rien d’inédit. En 2023, la Belgique avait lancé un bon d’État à un an rémunéré 3,3 % brut, avec une fiscalité allégée : les ménages y avaient placé 21,9 milliards d’euros en une dizaine de jours, un record qui avait poussé les banques à relever leurs propres taux.