Il aura suffi de 0,2 point. Après six mois passés à voir les Français rogner sur leurs économies, le produit d’épargne le plus populaire du pays repasse enfin dans le vert. Deux mois de suite, même. Une bonne nouvelle de prime abord. Sauf qu’à y regarder de plus près, ce retour en grâce et les chiffres qui l’accompagnent ne sont toujours pas suffisants pour vous empêcher de perdre de l’argent.
Un (petit) rebond qui ne sert à rien
Selon les chiffres publiés le 23 septembre par la Caisse des dépôts, le Livret A a enregistré en août une collecte nette (somme des dépôts moins les retraits) de 460 millions d’euros. C’est le meilleur score depuis décembre 2025, après un premier retour timide dans le positif en juillet, à 80 millions d’euros. Ses cousins suivent le mouvement : le LDDS (Livret de développement durable et solidaire) récolte 80 millions d’euros et le LEP (Livret d’épargne populaire) 60 millions, après respectivement quatre et cinq mois dans le rouge.
L’explication n’est pas difficile à trouver. Depuis le 1er août, le taux du Livret A est passé de 1,5 % à 1,7 %. C’est la première revalorisation depuis 2023. Pas étonnant donc que les Français se remettent à y placer leur épargne du quotidien. Quand le rendement grimpe, la collecte suit.
Sauf que ce rebond reste léger. Sur les dix dernières années, un mois d’août rapportait en moyenne 1,8 milliard d’euros au Livret A, soit près de quatre fois plus. Le premier semestre 2026 restera d’ailleurs comme le pire pour le Livret A depuis près de vingt ans. Il faut dire que le placement préféré des Françaises et des Français revient de loin. Après deux ans de plateau à 3 %, son taux a dégringolé à 2,4 % en février 2025, puis à 1,7 % en août 2025, avant de toucher le fond à 1,5 % en février dernier. La hausse actuelle ne fait donc que ramener le livret à son niveau d’il y a un an. Pas franchement de quoi sabrer le champagne.
1,7 % de rendement pour 2,4 % d’inflation
D’autant plus que le vrai problème se trouve ailleurs : en août, l’Insee a mesuré une inflation de 2,4 % sur un an, contre 2,1 % en juillet. En cause, les prix de l’énergie, qui s’envolent de 16,7 % sur un an dans le sillage du conflit au Moyen-Orient et des perturbations du détroit d’Ormuz. Face à cela, un Livret A à 1,7 % offre un rendement négatif : l’argent qui dort dessus rapporte des intérêts, mais perd du pouvoir d’achat.
Concrètement, pour un livret rempli à son plafond de 22 950 €, la hausse du taux représente environ 46 € d’intérêts supplémentaires sur une année pleine (390 € au lieu de 344 €). Si l’inflation se maintenait à 2,4 %, le livret plein perdrait malgré tout l’équivalent d’environ 160 € de pouvoir d’achat sur un an. De quoi expliquer pourquoi le Livret A, malgré sa simplicité d’usage certaine, ne fait plus rêver les épargnants.
Une France de plus en plus précaire
Réduire la désaffection pour le Livret A à une simple question de taux serait naïf. Si les Français retirent de l’argent de leur livret, sans en replacer ensuite, c’est aussi parce qu’ils en ont besoin. Le pouvoir d’achat a reculé de 0,6 % au deuxième trimestre selon l’Insee, et le taux d’épargne est retombé à 17,2 %. Le LEP, réservé aux ménages modestes et pourtant rémunéré à 2,5 %, cumule 420 millions d’euros de retraits depuis janvier. Peu importe le taux affiché, les Françaises et les Français ont simplement du mal à terminer le mois sans ponctionner leur épargne.
Le taux du Livret A est révisé tous les six mois, en prenant compte l’inflation et les taux interbancaires de la zone euro. Si les prix de l’énergie continuent de grimper cet automne, la mécanique pourrait jouer en faveur des épargnants au 1er février 2027. Encore faudra-t-il qu’il leur reste quelque chose à placer.