Critique

[Critique] The Passenger

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Henri le

Liam Neeson dans un film d’action, qui l’eut cru ? À peu près tout le monde depuis dix ans. Lancé à toute vitesse sur les rails d’un train de banlieue, The Passenger arrive t-il vraiment à tirer son épingle du jeu ?

Vieillir n’est pas toujours une chose facile à Hollywood. À 65 ans, Liam Neeson semble pourtant plus occupé que jamais. Pragmatique face aux desiderata des studios, le natif d’Irlande du Nord s’est reconverti depuis dix ans dans le film d’action de série B, en s’offrant des parenthèses plus raffinées (Silence, Le territoire des Loups…).

Malgré son âge, son imposante carrure et ses talents d’acteur ont fait de lui un des durs à cuire les plus connus des États-Unis. Une retraite anticipée que l’intéressé semble apprécier, au grand dam des cinéphiles qui l’ont connu à travers des rôles bien plus marquants.

Comme lors des précédentes collaborations entre l’acteur et le réalisateur Jaume Collet-Serra, les jalons scénaristiques de The Passenger gravitent encore autour d’une conspiration. Derrière un message assez poussif de crise économique, le long-métrage narre l’histoire d’un ancien policier devenu courtier en assurance. Fraichement licencié, il emprunte le train de banlieue qu’il utilise depuis des années pour rentrer chez lui.

Une mystérieuse femme lui indique alors qu’il peut gagner une forte somme s’il identifie et élimine quelqu’un dans le train avant le terminus, en lui faisant comprendre qu’il a tout intérêt a le faire. Commence alors une course contre la montre particulièrement mouvementée, au milieu de profils bien différents les uns des autres.

Si les thrillers en haute altitude ont pullulé durant les années 90, le train fait son grand retour comme en témoignent Snowpiercer ou le récent Dernier train pour Busan. Habitué des montages énergiques, Collet-Serra arrive plutôt bien à retranscrire la promiscuité et l’aspect claustrophobique que peut revêtir la machine. L’espagnol s’amuse ainsi à zoomer de rame en rame ou à nous faire assister à une scène via le poinçonnement d’un billet de train.

Même constat pour les combats, qui offrent des scènes habilement chorégraphiées dans un espace pourtant réduit. On retrouve donc la mise en scène efficace de Non-Stop (qu’il a réalisé en 2014) qui, sans sortir de sa plastique de série B, sert proprement le récit. Mais contrairement à ce dernier, le scénario se perd à trop vouloir nous étonner.

Visiblement habité par la volonté de se différencier des films précédents, Collet-Serra opère des retournements de situation toutes les vingt minutes. Un moyen bien connu de tenir le public en haleine jusqu’à la révélation finale, quitte à sérieusement entacher la crédibilité de l’ensemble. Mais à la manière de son train de banlieue, il a bien du mal à raccrocher les wagons. Cette cohabitation forcée avec des suspects potentiels suggérait des dialogues tendus, mais les personnages secondaires manquent cruellement de profondeur.

Le réalisateur utilise donc de grosses ficelles complotistes pour garder son film sur les rails jusqu’à une scène finale dégoulinante de bons sentiments. On se dit que le film aurait finalement gagné à être plus simple, comme les ténors du film d’action « à haute vitesse » de l’époque (Speed, Les ailes de l’enfer…). C’est d’autant plus dommage que Liam Neeson reste convaincant de bout en bout de la ligne.

Même s’il est bien exécuté, The Passenger ressemble beaucoup trop à un patchwork des précédents films de Collet-Serra. On a ainsi l’impression d’assister à un remake jumelé de Non-Stop, Night Run et Sans identité. Mais contrairement à ces derniers, la trame faussement alambiquée donne lieu à des retournements de situation qui entament la crédibilité du récit… Et nous laissent à quai. On se contentera donc de quelques scènes d’action enlevées, porté par un Liam Neeson devenu une franchise à lui tout seul.