Hormis les trente premières minutes alléchantes, nous n’avions pas eu la chance de visionner Resident Evil avant sa sortie. Nous étions donc plutôt ravis de nous réveiller ce matin avec des avis américains dithyrambiques parce que oui, contre vents et marées, nous étions convaincus que Zach Cregger pouvait réussir là où tant d’autres avaient échoué. Car entre la licence horrifique de Capcom et le cinéma, c’est une longue histoire de désamour. Paul W.S. Anderson en a pondu six films qui ont fini par ressembler à la franchise aussi bien que L’Odyssée de Nolan ressemble à 300 de Snyder. Johannes Roberts a voulu relancer la machine avec un Bienvenue à Raccoon City qui n’était qu’une succession de clins d’œil qu’il a appelé “film”. Et vous vous souvenez de la série Netflix ? Parce que nous, non. Il reste les métrages d’animation dont le principal intérêt est surtout de vendre des jeux et de faire du fan-service.
Tout ça pour dire que quand Cregger, qui s’est fait un nom dans le milieu avec Barbare et Évanouis, nous dit qu’il va faire sa propre adaptation, loin de l’idée de franchise et se recentrant davantage sur l’aspect survival horror qui représente l’essence du jeu, afin de lui rendre hommage. On a envie d’y croire. Pas de fan-service outrancier, pas de personnages iconiques risquant d’être saccagés à l’écran, juste un amour sincère pour l’univers, l’ambiance et la sensation que l’on ressent manette en mains. Ça, c’est la promesse.

Le synopsis lui-même prend bien soin de nous éloigner de nos attentes de fan : un coursier bientôt père est obligé de se rendre dans un endroit isolé pour livrer un colis prioritaire à l’hôpital de la ville. Une fois dans la région, il va devoir survivre face à des créatures mutantes. Un script qui omet volontairement beaucoup d’éléments, au point où ils ont été plusieurs à lever les boucliers en mode “ce n’est pas Resident Evil”. Il a ensuite fallu qu’un Raccoon City soit lâché dans une nouvelle vidéo pour en rassurer certains.
Enfin une adaptation plus vivante que morte
Entrons dans le vif du sujet : oui, ce Resident Evil est un Resident Evil jusqu’au bout des ongles. Cregger n’a pas menti durant toutes ses interviews et il est impossible de ne pas ressentir tout l’amour qu’il porte à la franchise de Capcom. Vous avez du Raccoon, vous avez de l’Umbrella, vous avez du virus mutant (une inspiration Resident Evil 4 assumée), le tout englobé dans une atmosphère survival horror où l’on tire régulièrement à la première personne, on compte les balles et on se tend à chaque nouvelle porte ouverte. D’ailleurs, le “monde” du film est lui-même construit comme un jeu vidéo avec des lieux fonctionnant comme des niveaux, quelques énigmes, et certaines séquences rappelant des cinématiques. Une adaptation qui n’hésite pas à tomber dans le méta avec un running gag sur les cadenas et un rappel constant “qu’on n’est pas dans un jeu vidéo”. Des éléments qui auraient pu être laborieux entre d’autres mains (coucou Johannes Roberts), mais qui participent ici à la diégèse du film.

Côté purement horrifique, le réalisateur-scénariste n’hésite pas à sortir des sentiers battus et à aller sur le terrain du mutant plutôt que du zombie des premiers volets vidéoludiques, ce qui est plutôt malin pour donner de la fraîcheur à cette nouvelle itération. Le bestiaire est impressionnant, avec des idées visuelles généreuses. Les jumpscares nous rappellent régulièrement que tout peut arriver à n’importe quel moment et le directeur de la photographie Dariusz Wolski gère parfaitement les zones d’ombre pour créer l’angoisse du moment. Par contre, niveau giclées de sang et tripes, certes on en a, mais le rendu est tellement numérique qu’il n’est pas spécialement effrayant.
L’incarnation du joueur
Concernant le problème soulevé par de nombreux “fans”, l’absence de “film avec Léon ouin ouin ouin” (on leur rappellera qu’il était dans Bienvenue à Raccoon City même si tout le monde aimerait l’oublier), Austin Abrams est clairement la force vive du long-métrage. L’acteur incarne un individu quelconque, perdu dans un monde qui le dépasse, et c’est la meilleure idée de ce Resident Evil. Après des années à revivre encore et encore le même complot, la même méchante corporation, et les enjeux qui vont avec, Zach Cregger nous ramène à notre statut de joueur : nous ne sommes pas Léon, Chris, Jill ou autre, nous sommes un PNJ qui n’a aucune idée de comment se servir d’une arme et encore moins de survivre à une apocalypse.

Quoi de plus vidéoludique que ça ? Bryan Hodukavich n’a rien d’invincible, il est maladroit, jure toutes les deux minutes et transpire la peur à chaque pas. Il n’est pas invincible, il est simplement humain et bien loin de pouvoir changer le monde en affrontant un Wesker en face à face. Ce n’est pas nous qui incarnons un héros, c’est lui qui nous incarne et non, nous ne serons jamais le personnage principal de Resident Evil.
Trop léger pour un Resident Evil ?
Autant d’éléments qui font de ce Resident Evil la meilleure adaptation du jeu à l’heure actuelle. Pour le coup, le pari est réussi. Toutefois, cela ne rend pas Resident Evil plus adaptable. Toutes les bonnes intentions du monde n’empêchent pas le long-métrage de prendre une mauvaise direction dans ce qu’il adapte. Car un survival horror, RE ou non, exige d’assumer cette tension, d’épouser cette peur. Or, Zach Cregger ne se trahira pas lui-même. Oui, le réalisateur ne manque pas de génie question mise en scène et sa gestion des plans donne un ton incroyable, mais, comme s’il n’assumait vraiment jamais, il est également adepte des ruptures de ton.

Il a beau avoir déclaré qu’il avait remonté le film après des projections test pour enlever beaucoup d’humour, il en reste un bon paquet. Bryan reste drôle malgré lui dans ses réactions et énormément de situations, même effrayantes, comportent des éléments loufoques (une expression, un plan, un dialogue) comme s’il ne fallait jamais prendre le film au sérieux. À l’image d’une scène, censée représenter le climax de l’émotion, qui s’achève sur une chute comique.
À partir de là, on a le sentiment de ne pas savoir sur quel pied danser avec cette adaptation : est-ce un film hommage ou presque un pastiche qui ne se prend pas au sérieux ? Dans les deux cas, le choix de Zach Cregger va forcément faire des heureux et des déçus. Ce Resident Evil ne fera pas l’unanimité, comme si personne n’avait encore trouvé la recette parfaite.